Archive for décembre 2012

Il est venu le temps des rééditions

21 décembre 2012

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2013 approche. Pour janvier/février, on attend les nouveaux Clarika, Alexandre Varlet et Albin de la Simone. Au cours de l’hiver, on devrait avoir un Sylvie Paquette tout neuf et un Jérémie Kisling!

Avant de parler du coffret Michel Rivard, on voudrait évoquer ceux qui mériteraient leur rétrospective (si possible exhaustive), eux qui l’auraient depuis longtemps s’ils étaient Français… Des choses injustement introuvables en cd, ou dans de mauvaises conditions. Tout le monde y gagnerait: les maisons de disques  et les artistes feraient de l’argent, les mélomanes, les historiens, les archivistes! On est en terre québécoise, alors permettez un:

rééditez-moi ça au plus criss! (note pour les lecteurs français, nombreux à passer par ici: le plus rapidement possible, s’il vous sied)

Harmonium, Plume Latraverse, Jim & Bertrand, Les Séguin, Octobre, Aut’Chose

OK? Libérez ces trésors! Marci.

En cette fin d’année faste en rééditions, nous voilà avec un joli coffret de Michel Rivard. Présenté sous forme de livre en carton (un peu comme le Richard Séguin, paru à la même enseigne récemment), il réunit ses sept albums originaux (1977-2006) ainsi que les réenregistrements symphoniques de 2008. Pas de suppléments, le chanteur n’en a pas voulu, dommage pour le public qui, lui, est en droit d’en réclamer.

Deux gros fascicules reprennent tous les textes des chansons écrits par Rivard, faisant l’impasse sur ceux de Maxime Le Forestier et Félix Leclerc. Les pochettes recto et verso sont reproduites, avec les crédits artistiques. L’auteur fait une présentation sommaire de chacun des albums dans un style un peu flou, «poétique», rappelant Philippe Delerm. On n’y apprend par contre presque rien, contrairement à la bio du coffret Séguin.

Son répertoire ratisse large. Les années 80 tartinées de claviers. On pourra préférer ses disques plus acoustiques (Le goût de l’eau; Confiance). Chacun devrait y trouver son compte. Rivard ne révolutionne pas le cours de la musique québécoise, il va son chemin tranquille en artisan, juste pour le plaisir d’aligner des chansons sympathiques, à fredonner.

Le boîtier s’appelle À ce jour…, pour bien souligner que la route se poursuit.

Michel Rivard, À ce jour… (8 cd; chez Spectra)

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Rebonds

18 décembre 2012

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Pour ouvrir des fenêtres. Par curiosité. Parce qu’on ne peut pas être partout, tout le temps. En guise de complément à mon palmarès de l’année, j’ai donc demandé ceci à quelques-uns de mes lauréats : «J’aimerais savoir quel a été votre coup de coeur musical francophone en 2012. Ça peut être un disque récent ou au contraire un vieux disque que vous ne connaissiez pas et que vous avez enfin pu découvrir. Québécois, Français, mort ou vivant, aucune importance.»

Voici leurs réponses (par ordre alphabétique). J’ai demandé à Alexandre Belliard de me donner un autre choix car Florent Vollant n’était pas vraiment franco. J’ai gardé le début du message parce que je le trouvais intéressant. Et tant pis si c’est de la triche!

Je tiens à les remercier pour leurs réponses.

Alexandre Belliard :
Zachary Richard, Bayou des mystères (1976)

Cette année j’ai écouté beaucoup, beaucoup d’albums, comme chaque année, de Placard à Chloé Ste-Marie, de Katerine et ses peintres à mon éternelle passion pour Renaud, mais je suis de façon récurrente revenu aux albums de Florent Vollant et plus particulièrement de son album Eku Mamu. Tellement sincère, tout près de nous, mélodique, enveloppant et en prime…. le rêve d’une poésie inaccessible que par le coeur. Tout un artiste!

Depuis mon périple de 11 500 km à travers l’Amérique au côté de mon paternel au mois d’octobre dernier, j’écoute avec acharnement l’album Bayou des mystères de Zachary Richard. Ça me rappelle les couleurs et les saveurs de la si belle Louisiane. Ça danse, ça sent les racines, l’histoire et la fête! Un grand monsieur ce Zachary!

Thierry Bruyère :
Montagnes russes, mini-tsunamis (maxi 5 titres ; 2011) d’Émilie Proulx

Pour moi, c’est une défricheuse comme les soeurs McGarrigle l’ont été pour mes parents. Sa façon d’aborder nos doutes et nos mal-aimés me renverse. Quand elle chante «Au fond c’que j’aime pas quand j’y pense / C’est surtout mon ambivalence / Mon visage flou comme le Québec / Américaine et pas pantoute», elle parle de mon propre combat. Elle est anglophile et se réclame simultanément d’une américanité francophone. Je sais, en l’écoutant, qu’il faut mettre la main à la pâte en français.

Louis-Jean Cormier :

Mon coup de coeur franco de 2012 est Astronomie d’Avec pas de casque pour la richesse de sa poésie. Des textes qui rendraient jaloux Miron et qui nous donnent le goût d’écrire… Mieux.

Domlebo :

J’ai pas mal écouté Marie-Pierre Arthur. Mes Aïeux ont sorti un disque avec plusieurs chansons très très bonnes. C’est Amylie par contre avec Le royaume qui gagne cette année. La réalisation, la lumière des textes, sa voix absolument charmante, les rythmes, les thèmes, une douce poésie féminine et pacifiante. Je ne l’avais pas haïe avec ses premières chansons et en spectacle mais là, wow!

Thomas Hellman :
Montagnes russes, mini-tsunamis (maxi 5 titres ; 2011) d’Émilie Proulx

J’adore le côté atmosphérique, douce mélancolie et poésie. Émilie a un son et un univers qui lui appartiennent entièrement. Elle est à mille kilomètres de toutes ces chanteuses avec de fausses voix naïves de petites filles que je ne peux plus supporter.

Sébastien Lacombe :

Mon coup de coeur musical de 2012 est un disque que j’ai redécouvert pendant mon travail de studio, je l’écoutais beaucoup pour me mettre dans une ambiance. Bleu Pétrole de Bashung, pour son côté tragique et surtout pour la chanson Vénus, un bijou d’arrangement, un disque que j’avais oublié et que je redécouvre cette année. Première à éclairer la nuit, Vénus…. La profondeur de ce disque est grandiose.

Léonard Lasry :

Cette année, contrairement aux années passées, j’ai eu beaucoup moins de coups de coeur pour des nouveautés francophones. J’en profite alors pour parler d’un album que j’aime toujours autant au fil des ans, il s’agit de l’album éponyme de Bruno Maman (2005).

C’est pour moi un très grand album avec des très grandes chansons… La production y est grandiose, elle est d’ailleurs signée Alain Goraguer, un des meilleurs arrangeurs-réalisateurs des années 60-70. Elle est à la fois classieuse, riche (grand orchestre) et inventive.  Je me rappelle avoir découvert cet album à sa sortie et être tombé immédiatement «d’accord» avec tout ce que j’entendais, le choix des mots, les mélodies, le son, les partis pris…Parmi mes préférées : Cain sans Abel, Naïf, Aujourd’hui efface hier, De chez toi à chez moi ou la très belle Le marchand de fleurs… En bref, je ne manque jamais de parler de cet album, trop injustement méconnu à mon avis…

Tristan Malavoy :
André Dédé Vander – French toast et peines perdues (2012)

Je connaissais bien sûr le Vander mouture Colocs, je connaissais aussi le type un peu bourru mais sympa croisé un soir sur une scène de Dub & Litté, ce «sound system littéraire» qui avait bien fait groover mes poèmes. Je connaissais beaucoup moins le Vander ACI, découvert vraiment avec French toast et peines perdues, très bel album paru en mars dernier. On se régale de sa version de la Marie-Jeanne de Dassin; on goûte au moins autant les chansons de son cru, textes bien tournés posés sur des musiques folk et reggae. J’aime.

La ligue des champions

13 décembre 2012

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L’année 2012 en chansons francophones. Voici les meilleurs joueurs. D’ici quelques jours, je publierai un autre billet pour dévoiler les coups de cœur de la plupart de ces lauréats. À suivre.

Meilleurs albums

1) Sébastien Lacombe, Territoires

2) Élisa Point & Léonard Lasry, L’exception

3) Thomas Hellman chante Roland Giguère

4) Tristan Malavoy, Les éléments

5) Daran, L’homme dont les bras sont des branches

La plus belle surprise / le plus original

Domlebo, Chercher noise

Merveilleusement et bellement hors du temps

Alexandre Belliard, Légendes d’un peuple tomes 1 et 2

Espoir

Thierry Bruyère, Le sommeil en continu

Meilleure chanson

Louis-Jean Cormier, Un monstre (paroles et musique de LJ Cormier)

Rééditions

Julien Clerc, coffret L’essentiel (13 cd)

Renaud, Intégrale studio (18 cd)

Les plus nuls

Raphaël, Super-Welter

Benjamin Biolay, Vengeance

This Symphony

11 décembre 2012

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Aimez-vous les albums en public? Souvent, les mélomanes plus pointus répondent non, et le grand public, oui. Raison pour laquelle, peut-être, on en trouve autant sur le marché. Certains chanteurs français sortent pratiquement un live après chaque tournée.

Ce qu’on apprécie, généralement, de ces enregistrements en direct, c’est l’énergie du public alliée au plaisir de l’artiste d’être ovationné. Affaire de ferveur. Parfois, on gomme les applaudissements et les présentations entre les morceaux, car ça lasse rapidement. Ça donne une meilleure qualité d’écoute, et l’enthousiasme se fait toujours sentir.

Là où le fossé se creuse entre le grand public, celui plus averti et l’artiste, c’est dans le choix des titres. Le grand, lui, veut systématiquement entendre ce qu’il connaît déjà, et le plus fidèlement possible. L’artiste aimerait quant à lui présenter l’ensemble de ses nouvelles chansons, mais il sent bien que ça ne fera plaisir qu’à lui… Quant aux avertis, qui se passionnent pour une œuvre jusqu’à en connaître les coins plus cachés, ils prient pour n’avoir que des bonnes, le moins possible de grands tubes trop entendus et quelques trucs obscurs pour se sentir intelligents de les connaître. Julien Clerc, dans sa tournée précédente, proposait dans cette optique Je voyage, tirée de son album culte No 7 (1975).

S’il faut considérer tout ça avant de préparer un nouveau spectacle, imaginez le casse-tête pour les chanteurs!

Julien Clerc s’en sort généralement assez bien. À preuve, cette nouveauté, Symphonique, où l’artiste a été accompagné par des orchestres du même nom, en France et aux Francofolies de Montréal. Comme pour son dernier studio Fou, peut-être, Clerc a demandé à Philippe Uminski (également chanteur pop) de signer les arrangements symphoniques. Il s’acquitte admirablement de sa tâche, tout en s’inspirant pas mal de son illustre prédécesseur des années 60-70, Jean-Claude Petit. Parmi les moments forts: Femmes, je vous aime; Le coeur volcan; Hôtel des Caravelles…

Toujours aussi élégant, svelte, Julien Clerc a-t-il vraiment la mi-soixantaine? Il est en excellente forme pour servir ses classiques (Ballade pour un fou; This Melody; Utile; Si on chantait; Ma préférence; etc.), quelques chansons plus récentes (La jupe en laine). Solide.

Julien Clerc, Symphonique existe en double cd ainsi qu’en DVD. Sur celui-ci, on trouve en prime un terne «making of» de 18 minutes sur les coulisses (on voit les ouvriers monter et démonter le décor…). On aurait préféré le reportage, diffusé à la télé française il y a quelques mois, dans lequel Clerc nous fait visiter le somptueux Opéra Garnier, à Paris, tout en racontant des anecdotes intéressantes.

Carnets (2)

9 décembre 2012

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Décembre 2012

Je suis plongé depuis quelques jours dans la nouvelle et très belle intégrale studio de Renaud. Sa carrière discographique a le même âge que moi et – de mémoire – il me semble qu’en février 1975, le gavroche était en studio alors que je m’apprêtais à voir le jour. Si ce n’est pas un lien fort entre nous…

En France, il semblerait que les radios matraquent ses chansons depuis toujours, et que même les amateurs de musique francophone en ont marre, du moins certains. Au Québec, on est assez tranquille de ce côté-là, à peine me souviens-je d’avoir vu le clip de La mère à Titi à la télé.

Du coup, le Québécois de base doit s’y prendre autrement pour découvrir Renaud, et ses disques ensuite ne sont pas si facilement trouvables*. Il y a dix ou vingt ans, ça se méritait, une collection Renaud. Les cd se détaillaient quasiment au double du prix. Et il y a la parlure. Contrairement aux Français, qui comprennent plus aisément la langue populaire ou familière (très peu argotique, comme on l’a souvent dit à tort), au Québec, il faut la décoder, l’apprivoiser. Ensuite, on devient encore plus morgane de lui.

J’ai découvert ses chansons vers 16 ans, par des amies hippies qui l’écoutaient entre Pink Floyd ou The Grapes of Wrath. Ça tournait dans la pièce, j’ai entendu Me jette pas ou Manu, je ne sais plus, en tout cas le spectacle Visage pâle, et c’était parti pour des décennies de plaisir en sa compagnie. Outre la révolte et la tendresse, Renaud est certainement un des chanteurs les plus drôles. Dans ses chansons, dans ses entrevues ou dans ses chroniques à Charlie Hebdo.  Hautement recommandables, ses deux recueils de chroniqueur, Renaud Bille en tête et Envoyé spécial chez moi. Renaud recevait à l’époque les textes de Pierre Foglia chez lui en Europe, il en parle sans le nommer. Foglia lui renverra la balle, en louangeant son premier recueil.

En le réécoutant, en le relisant, on déterre encore des perles qui nous avaient échappées, même si on pensait tout connaître par coeur. Les mots savoureux et charme semblent inventés exprès pour évoquer la plume de Renaud.

Certains disques des années 80 (Morgane de toi; Mistral gagnant et Putain de camion) ont pris des rides, à cause de la surproduction à l’américaine, mais ça ne gâche jamais complètement l’écoute. Renaud, au-dessus du lot, toujours, même quand il est moins inspiré (l’opus Ma gonzesse, par exemple). Une discothèque idéale de la chanson française devrait au moins compter quatre ou cinq de ses disques. Anecdote: il raconte dans un entretien que son deuxième opus s’appelait en fait, à sa sortie, Place de ma mob et que c’est sa maison de disques, devant le succès de la chanson Laisse béton, qui l’a rebaptisé ainsi.

J’ai vu le chanteur deux fois en spectacle, à Québec et à Saint-Jean-sur-Richelieu, ma rivière d’origine. Je connais presque toutes ses chansons par coeur, sauf peut-être les deux ou trois derniers albums. C’est dire la joie et l’angoisse que j’ai ressenties quand je l’ai eu au bout du fil vers 2006 pour une entrevue dans mon hebdo. J’avais eu vent qu’il ne voulait pas en donner mais que le Festival d’été de Québec, qui l’invitait à chanter, lui avait un peu forcé la main…

Je ne lui en ai pas voulu, et ses chansons demeureront un repère dans mon parcours de mélomane francophile. Aux côtés de Brassens et Gainsbourg.

P.-S. De tous les livres que j’ai lus sur Renaud, mon préféré demeure Le roman de Renaud, de son frère Thierry Séchan. Une bio commentée au travers des pages par le chanteur. Mais je n’ai pas encore pu mettre la main sur celui de Baptiste Vignol. S’il me lit…

* Je parle des années 90, avant on m’informe que Renaud passait à la radio québécoise et que ses 33 tours y étaient disponibles… Je précise pour ceux qui ne lisent pas les commentaires rattachés aux billets de blogue. C’est mal de ne pas le faire, sachez-le.

Carnets (1)

5 décembre 2012

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Le journalisme, c’est bien, mais parfois on s’y sent à l’étroit: il nous prend à l’occasion le désir de raconter des choses qui ne sont pas forcément dans l’actualité immédiate et de le faire de manière plus personnelle. Certains écrivent des chroniques, d’autres utilisent les critiques de spectacles et de disques pour parler d’eux-mêmes. Moi je choisis la forme du carnet, et j’explique pourquoi ici.

Ce sera une catégorie à part sur mon blogue. Si vous cherchez des faits et seulement des faits sur l’actualité de la chanson, vous pourrez passer votre chemin. Ce seront des carnets d’un amoureux de la chanson, pour faire un clin d’œil à Moustaki qui vient de publier un Petit abécédaire amoureux de la chanson, nous y reviendrons…

Le propos, le ton, frôleront l’intime. Nous préférons vous en avertir.

Carnets chansonniers

Décembre 2012

J’aime beaucoup ce qu’on appelle les écrits intimes : journaux, lettres, carnets. En ce moment, je lis les notes qu’accumule André Major. Dans ce troisième tome, il y est beaucoup question de ses lectures. Je suis surpris de constater qu’il ne cite presque jamais d’écrivains contemporains, toujours des morts ou de très vieux. Et c’est lassant de voir que la curiosité des gens s’émousse avec l’âge. Major est écrivain, carbure à la littérature depuis un demi-siècle au moins, mais il semble passer son temps à relire toujours les mêmes auteurs – un champ plutôt vaste, certes, mais pourquoi se borner au passé ? Est-ce dû à un lecteur vieillissant ?

Je constate en musique sensiblement la même chose. Soit les mélomanes écoutent des morts (en classique, en rock, en chanson), soit ils ne jurent que par la nouveauté, faisant fi des ancêtres, ceux qui ont inspiré justement ceux qu’ils écoutent aujourd’hui.

À ma connaissance, si les journaux d’écrivains abondent, presqu’aucun auteur ne semble écrire intimement sur la chanson. J’ai eu envie, subitement, de combler ce vide.

Naturellement, dans ces carnets d’un amoureux de la chanson, il sera question des chers disparus, mais également de ceux qui respirent le même air que moi et décident de le chanter sur tous les tons.

Le plus récent recueil des carnets d’André Major s’intitule Prendre le large. Ça me rappelle que Morice Benin, chanteur poétique toujours en quête spirituelle – à l’extérieur du temps – a fait paraître une série de «cassettes pour prendre le large». L’œuvre de Benin court sur plus de quatre décennies, belle et riche, intense et contestataire (son titre phare est le plaidoyer Les pays n’existent pas). Hélas, de nos jours, plus personne ne prend le temps, ni ne fait l’effort d’écouter ces artistes qui ont un parcours si long et complexe.

On vit une époque fragmentaire. Un peu de ceci, un peu de cela, rarement de longues passions qui creusent une œuvre. On vit comme dans une série télé : on essaie d’éviter les pubs, on passe 42 minutes assez gourmandes, puis on change de sujet. L’art du carnettiste correspond bien à notre ère : on juxtapose les fragments.

Je connais des îles lointaines

2 décembre 2012

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C’est un peu ironique, au fond.

Certains artistes aiment tellement les poètes qu’ils s’appliquent à les mettre en musique. À travers les décennies, les réussites sont nombreuses: Léo Ferré, Monique Morelli, Gérard Pierron, pour ne citer que trois exemples majestueux, ont interprété Verlaine, Aragon, Louis Brauquier (à qui j’emprunte le titre de ce billet, pour frimer) ou Gaston Couté. Au Québec, les 12 hommes rapaillés ont colporté la poésie de Gaston Miron, et Villeray celle de St-Denys Garneau. Mais pour de nombreux auditeurs (pas tous, mais une bonne partie), ça n’ira pas plus loin. Ils ne deviendront pas pour autant lecteur de poèmes.

Et ce n’est pas nécessairement plus mal. On peut très bien adorer quand Ferré chante Rimbaud et ne prendre aucun plaisir à le lire. Les chanteurs, quand ils ont ce talent, savent alléger, adapter les poèmes pour les transformer en chansons. Ils insufflent une magie aux vers par la grâce des notes, de la voix.

Ceci pour dire qu’il n’est pas certain que Thomas Hellman fasse vendre des recueils de poésies de Roland Giguère (écrivain québécois, 1929-2003), mais que les amateurs de chansons lui doivent encore une fois un sacré coup de chapeau pour ce nouvel album de treize chansons inédites.

Après une incursion dans le folk anglo, Hellman signait en 2005 un disque magistral d’auteur-compositeur-inteprète, L’appartement, une référence de la chanson québécoise. La parution suivante (Prêts, partez) était cafouilleuse, le chanteur cherchait à renouveler son style. Aujourd’hui, avec son projet Thomas Hellman chante Roland Giguère, il revient au son développé sur L’appartement et qu’il est le seul à pratiquer en nos terres francophiles. Une sorte d’americana québécois à la française!

Pour chanter Giguère, le musicien y va dans le dépouillement, l’acoustique: essentiellement, piano, guitare, contrebasse, parfois un peu de banjo. Et la voix chaude de l’interprète, suave, pénétrante.

C’est remarquable. Même pas besoin de s’intéresser à la poésie, ni à Giguère, il suffit d’aimer la chanson sobre et poétique, la finesse d’Hellman pour se laisser enchanter.

L’album est disponible en format numérique (ou «digital» si vous causez comme les Frenchy), mais il serait dommage de se priver de la version livre-disque que publient les éditions de l’Hexagone. Un objet superbe! Un beau livre cartonné, avec des illustrations et des manuscrits de poète qui était aussi peintre et graveur (merci, Wikipédia!). Les paroles des chansons sont reproduites. On trouve une préface d’Évelyne de la Chenelière (qu’on peut entendre sur un titre du disque) et un texte de présentation très intéressant où Hellman explique les circonstances de la création du projet.

À prendre le temps de découvrir. Certains disques se méritent, celui-ci en est un.


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