Archive for décembre 2016

Trésor folk

21 décembre 2016

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On en rêvait depuis des années, eh bien le voici enfin: grâce à Audiogram, le quatrième microsillon du duo Jim & Bertrand, «À l’abri de la tempête» (1979), est réédité en CD pour la première fois, puisqu’on a récemment retrouvé les bandes maîtresses. C’est un disque folk éblouissant, y compris pour la pochette signée Daniel Castonguay, reproduite ici quasiment à l’identique.

Jim Corcoran et Bertrand Gosselin scellaient leur collaboration avec ce qui est peut-être leur meilleure production. Ô la pureté des guitares en bois, des harmonies vocales et des arrangements de cordes de Richard Grégoire! On reste sans mots, et on préfère céder la parole à cette vidéo qui en donne un aperçu

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L’entrevue express: Éric Bélanger

15 décembre 2016

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Bientôt dix ans de carrière au compteur, l’auteur-compositeur-interprète québécois Éric Bélanger revient avec un quatrième album original et peut-être son meilleur à ce jour: «Par-dessus l’épaule».

C’est un opus délicat, avec lequel il faut prendre son temps. Car si on tombait sous le charme immédiatement du premier extrait, le fort beau Grain de beauté, il faut un peu de patience sur la durée d’un disque complet (ou sur scène). La faute au côté un peu trop linéaire de la musique. Dans l’entretien qui suit, il s’en explique justement…

Mais l’effort d’écoute est récompensé: les chansons s’éclairent, se dévoilent dans leur subtilité, et créent un climat poétique feutré. Qu’on aime.

On peut le découvrir à cette adresse.

J’ai eu envie de réaliser avec lui par courriel une entrevue qui se voulait express, mais qui s’est finalement étirée un peu! À lire à tête reposée.

Au départ, tu n’étais pas chanteur… Tu as toujours eu un métier en parallèle?

Oui je suis psychoéducateur depuis 22 ans, je travaille à temps partiel depuis la sortie de mon premier album en 2008 et j’écris et compose depuis le début des années 2000.  Cet album est le premier où je me suis inspiré de rencontres dans mon métier parallèle pour écrire.

Le nouvel album a été enregistré en 2014-2015, pourquoi sort-il seulement à l’automne 2016? Pourquoi faire une sortie essentiellement numérique? Le livret est soigné, mais n’est pas inclus lorsqu’on achète les mp3… 

L’album était effectivement prêt à sortir en 2015 et si j’y avais mis un peu plus d’énergie il aurait pu sortir 2 ans après le dernier mais j’ai ressenti une forme de lassitude à la fin du travail, j’ai réécouté l’album et je le trouvais abouti, très simple et vrai, tenant la route du début à la fin.  En même temps j’ai toujours eu l’impression de faire mes albums avec ce souci, qu’ils s’écoutent du début à la fin et deviennent des sortes de bulles pour l’auditeur, en ce sens je mets peu l’accent sur la recherche d’accroches ou de ver d’oreille et cherche plutôt une cohérence, comme dans la lecture d’un roman.  Bref je savais que l’album demanderait un certain effort pour être apprivoisé et un peu de temps également.  Le temps me semble une dimension qui s’est beaucoup transformée aujourd’hui, les gens classent, font, jugent, oublient rapidement les choses, en ce sens les albums ont beaucoup perdu car contrairement à un livre, on peut rapidement survoler un album, dans le cas du roman, le lecteur est un peu prisonnier du rythme qu’impose le format.  Bon je mets un point ici à la question du délai de sortie avant de me prendre pour Proust.  Concernant la sortie essentiellement numérique, je n’ai tout simplement pas trouvé de distributeur prêt à faire une distribution physique en 2016 dans le marché actuel, d’ailleurs mon éditeur en France m’avait déjà dit avant la sortie du 3ème album qu’il n’y avait plus vraiment de place actuellement sur le marché pour les albums «de chansons raffinées» et je constate qu’en magasin il y en a très peu et presque plus d’Europe.  Le livret n’est pas inclus en mp3 car il n’est tout simplement pas possible de l’inclure sur ITunes, il ne doit pas dépasser 3 ou 4 pages, je ne me souviens pas exactement.  Au demeurant, les gens voulant des copies physiques peuvent m’écrire directement, même en incluant les frais de postes c’est moins cher qu’en magasin.

Parle-nous du travail de ton guitariste Denis Ferland. Qu’apporte-il à ce nouveau disque? L’idée de faire un disque seulement guitares/voix ne t’a pas intéressé?

Avec Denis on a adapté le show de la tournée du précédent album à une formule guitare-voix toute simple, j’avais beaucoup joué en formule piano-voix avec Marianne Trudel et j’étais curieux de voir si je pouvais trouver une formule aussi efficace avec la guitare.  Denis est un gars sensible avec une écoute extraordinaire, de plus il a une formation en guitare classique et est curieux et désireux de sortir des conventions habituelles, ce qui était nécessaire pour s’attaquer à mon répertoire qui sort des formules convenues de la pop.  Du coup après la tournée je lui ai demandé s’il voulait qu’on se fasse de petites séances, je voulais tester quelques nouvelles chansons en vue d’un prochain album et rapidement j’ai constaté que Denis y mettait beaucoup d’énergie et de cœur et qu’il amenait beaucoup d’eau au moulin au plan des structures, de la recherche des petits détails qui aident la musique à se marier au texte.  Je venais de réécouter un album guitare-voix de Maxime Le Forestier* que je trouvais génial et ça m’a donné le goût de tenter le coup pour faire un album guitare-voix complet avec Denis, les chansons sont venues rapidement.  L’album a été enregistré tel quel en studio, guitare-voix dans la même pièce.  Le problème c’est que Maxime Le Forestier avait choisi les titres de son album dans tout son répertoire sur une période de 30 ans, de mon côté il s’agissait de nouvelles chansons à une exception près (Le tapis), je trouvais qu’il manquait un peu de relief à l’album sur une écoute complète et que les gens manqueraient possiblement de repères, séparément chaque chanson se tenait bien mais comme je tenais à ce que l’album s’écoute de bout en bout facilement, on a décidé de greffer quelques instruments, en fait vraiment très peu.

De manière générale, que ce soit avec tes musiciens ou avec Blaise Mugabo, qui illustre joliment ton livret, leur donnes-tu des indications très précises de ce que tu veux ou tu les laisses aller?

Je travaille avec des créateurs et je laisse carte blanche, mes 4 albums on été enregistrés sans partitions hormis les accords de base, mes directives principales étaient toujours les mêmes: être au service du texte, ne pas refouler les idées et être sympathique avec tout le monde.   Je voulais un climat de travail agréable, je suis un timide et je m’exprime mieux quand je sens que les gens se sentent respectés.  Sinon je les laisse faire, je suis toujours présent et je ne fais que recentrer quand j’ai l’impression qu’on s’éloigne de l’essence du sujet ou que la gang est en train d’avoir un trip de musique seulement.  Quelques pièces du premier album «Bananaspleen» font exception, j’avais demandé à François Richard, le réalisateur de mes 3 premiers disques, d’écrire des partitions pour une section de hautbois, clarinette, basson, cor français, flûte sur quelques chansons, je l’ai laissé aller complètement sans directives, on avait déjà le squelette des chansons et je savais qu’il ferait des choix judicieux.

Pour le livret, j’avais déjà travaillé avec Blaise pour le 2ème album, je ne lui avais donné aucune directive à l’époque puisque j’avais choisi l’illustrateur par concours, les participants intéressés à illustrer l’album recevait 4 mp3 et soumettaient une pochette.  Après l’ébauche de la pochette je lui ai confié l’illustration des chansons, dès la première illustration j’ai compris qu’il était vraiment au service de l’esprit des chansons et je l’ai laissé aller.  J’ai fonctionné de la même façon pour cet album.

Tu as sorti ton deuxième album en France dans une réédition spéciale pour là-bas. Y retournes-tu encore parfois pour chanter?

Je n’y suis pas allé depuis 2012, en fait depuis la sortie.  Je cherche justement à me faire une petite équipe pour faire une tournée en 2017, des suggestions de bookers? ;0)

En terminant, un mot sur l’état actuel de la chanson francophone, ce qui t’allume, ce qui t’éteint? Qu’elle soit vieille ou nouvelle…

Bon c’est la question qui revient tout le temps, je crois que la chanson sera toujours présente, du fait que c’est un art qui demande peu de moyen pour être pratiqué, un peu comme le foot avec le ballon, la chanson c’est un cahier et un crayon, en quelques lignes tu as une histoire ou un sentiment d’isolé, même pas besoin d’instrument.  Alors il y aura toujours un ou une ado qui ressortira du lot et qui à force de travail fera son chemin et puis à toujours courir comme des fous on va se faire sauter le cœur et le réflexe de prendre le temps reviendra, c’est un mouvement de balancier que j’observe dans tout.  Pour ce qui est des artistes que j’écoute, je ne me suis pas attaché à beaucoup de nouveaux artistes, j’ai l’impression que plusieurs ne sont là que pour passer, ils font des propositions respectant tous les codes chansonniers et par la suite semblent avoir vidé leur boîte à idées ou être aigris car ce n’est pas payant.  Mon dernier véritable coup de cœur remonte à Vincent Delerm «Les amants parallèles», que je réécoute toujours avec bonheur, je trouve qu’il a réussi parfaitement l’exercice de l’album concept, tant au plan chansons que musiques avec ses pianos préparés.  Au Québec, je ne manque jamais les sorties de Philippe B, Jérôme Minière, Avec pas d’casque et Tire le coyote.   Et puis je ne rechigne pas à réécouter les vieux Souchon, Bashung, Gainsbourg… hmmm je constate que je n’ai pas mis une femme: Barbara!

Francis Hébert

*Excellent double album de Maxime Le Forestier, «Plutôt guitare» (2002) reprend ses classiques et ses nouveaux morceaux avec quelques-uns des meilleurs guitaristes acoustiques français.


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