Archive for juillet 2012

Rêver à l’automne

31 juillet 2012

Louis-Jean Cormier

Quelques événements à souligner pour l’automne:

-le très attendu premier album solo du chanteur de Karkwa, Louis-Jean Cormier.

-le troisième opus original de l’auteur-compositeur-québécois Éric Bélanger. Chansons poétiques et délicates de haut niveau.

-le tome 2 des Légendes d’un peuple d’Alexandre Belliard.

-de la grande visite à Montréal: Anne Sylvestre sera au Théâtre Outremont le 28 septembre 2012. Un tour de chant où elle sera accompagnée d’un seul pianiste, une formule qui lui sied à merveille.

-on annonce aussi un nouveau Françoise Hardy pour novembre, en espérant qu’il sera meilleur que sa récente production…

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La discothèque idéale # 20

30 juillet 2012

Dernier numéro en reprise de ma discothèque idéale. Ensuite, ce sera du neuf.

Jean-Roger Caussimon chante Jean-Roger Caussimon (1970)

Caussimon, c’est spécial. Un auteur exceptionnel, peu connu. Ses chansons ont été popularisées par Léo Ferré, Philippe Clay, Catherine Sauvage, etc. Il a fallu attendre la folie de Pierre Barouh qui, à la fin des années 60, lui propose d’enregistrer son premier disque. Caussimon, qui gagne ses sous comme comédien au théâtre, à la radio, à la télé et au ciné, finit par accepter. C’est le moment de mettre au grand jour sa double vie de parolier. Il a plus de cinquante ans.

Ce coup de départ est un coup de maître. Accompagné par les musiciens de Saravah, sa maison de disques, il y reprend une partie de ses succès que tout le monde vénère par Ferré : Monsieur William; Nous deux; Comme à Ostende; Mon camarade. Il revisite Les camions, un monument qui en quelques couplets raconte toute une vie. Sans oublier d’autres perles: Le funambule; Les coeurs purs; Batelier, mon ami…

Caussimon, c’est le stylo qui écrirait au scalpel. Cinglant, ironique, désespéré. Ce premier opus évoque la mort et l’espoir, le suicide et la mer. Une série de chansons cruelles et tendres.

Il n’a pas la puissance vocale de son ami Ferré, mais Caussimon a la nuance et la sobriété. Jusqu’à son décès en 1985, il défendra son répertoire aux quatre coins de la francophonie, se déplaçant et dormant dans sa caravane avec sa petite famille. Un homme heureux de se réapproprier ses chansons, parmi les plus considérables de tout le répertoire francophone.

(billet publié le 6 juillet 2009)

La discothèque idéale # 19

25 juillet 2012

Miossec, Boire (1995)

Un coup de poing, ce n’est pas assez fort pour décrire l’impact créé par le premier album de Miossec. Un coup de tonnerre de Brest, port d’attache de l’auteur. Comme s’il venait d’inventer la chanson rock acoustique. Elles étaient pourtant majoritairement sèches les guitares qui retentissent dans ce disque, mais elles sonnaient formidablement puissantes.

Dans ses chansons, il est question de sexe et d’alcool, de marins et de dérives, de chagrin et de carnages. Le narrateur saigne, au figuré, et est piteusement en colère. Le ton privilégie le sarcasme. On sourit jaune. L’humour se drape dans le noir.

On pensait que Miossec, c’était un groupe formé de Christophe Miossec (chant, textes, etc.), de Guillaume Jouan (guitares, basse; etc.) et de Bruno Leroux (guitare acoustique, harmonica). C’est du moins ainsi que ça se présente sur Boire. Mais au fil des opus suivants, les deux musiciens partiront et Christophe seul restera. Signant toujours de son seul nom : Miossec.

Mais l’œuvre première du trio Miossec demeurera gravée en nous.

(billet publié le 21 avril 2009)

En marge

23 juillet 2012

On a besoin d’un gars comme Alexandre Belliard, auteur-compositeur-interprète québécois de talent, qui préfère fréquenter les marges de la chanson, plutôt que les autoroutes de la mode. Ainsi, son succès est modeste, mais peut-être sera-t-il plus durable et ira-t-il en grandissant.

Paru cet hiver, son quatrième album mérite un grand coup de chapeau par son originalité et sa force tranquille. Avec Légendes d’un peuple – tome 1, l’artiste se propose de raconter des tranches de l’Histoire du Québec avec quelques-uns de ses personnages importants. Belliard salue René Lévesque, chante les mots de Louis Fréchette, Joséphine Bacon, Michèle Lalonde, François-Xavier Garneau, etc. Il célèbre les terres québécoises.

Ce qui aurait pu ressembler à un mortel pensum se transforme plutôt en un solide opus poétique, artisanal, avec de belles guitares acoustiques. Ça rappelle parfois les 12 hommes rapaillés. La réalisation et les arrangements ont été concoctés par Hugo Perreault et Alexandre Belliard. Parmi les musiciens, on trouve Richard Séguin et Éric Goulet.

Seul problème de ces disques artisanaux, faits avec coeur mais sans moyens financiers dignes d’un tel projet, c’est la pauvreté de la pochette. Pour retrouver les paroles et les crédits artistiques en détails, il faut consulter le site Internet.

Pour le reste, on peut remercier Belliard de continuer sa route en artisan dévoué, vibrant d’humilité, et de prendre les chemins les moins fréquentés. Sa démarche est nécessaire.

C’est le tome 1, et si on l’a bien compris, on est en train de lui dire: à la prochaine fois.

La discothèque idéale # 18

11 juillet 2012

Alain Bashung, Fantaisie militaire (1998)

On parle beaucoup de Bashung ces temps-ci. Son dernier album, «Bleu pétrole», se retrouvait dans pas mal de palmarès de fin d’année. Il gagnera aussi ses Victoires de la musique. Pas tellement parce qu’il le mérite mais parce qu’on veut encourager l’homme atteint d’un cancer et qui est un des plus grands chanteurs francophones de tous les temps.

Bleu pétrole fait partie des bons disques de Bashung, mais pas des meilleurs : Play blessures; Osez Joséphine; L’imprudence.

Et Fantaisie militaire, une bombe de 1998. Bien sûr, on y trouve le succès mille fois cité, La nuit je mens. Immense, cette chanson. Mais c’est oublier les non moins immenses Mes prisons; Dehors; Angora…

Fantaisie militaire fait dans la haute voltige électrique, car l’électricité, ce n’est pas fait pour les chiens, d’ailleurs qu’est-ce qu’ils en feraient?

Résonnent les arrangements de cordes de Joseph Racaille, les guitares d’Édith Fambuena, les synthés de Jean-Louis Pierot. Bashung signe l’essentiel des morceaux avec le parolier Jean Fauque.

Un opus puissant et beau comme un ciel rayé d’orages et de soleil. Ça gronde et ça illumine.

(billet publié le 26 janvier 2009)

Une dernière salve

1 juillet 2012

Il existe depuis quelques années un retour au vinyle, la production de 33 tours (neufs) est à la hausse. Il y a beaucoup de snobisme là-dedans, mais aussi d’autres raisons. La beauté de l’objet (ah! ces grandes pochettes artistiques!), la qualité sonore (encore faut-il une bonne chaîne), mais il ne faut pas oublier pourquoi le CD a été inventé: plus petit, plus pratique, moins fragile et, immense avantage, la possibilité de sauter les morceaux que nous n’aimons pas ou de rejouer nos préférés.

Avec les mp3, c’est encore mieux. On supprime de la liste d’écoute directement les indésirables. Car il est très rare d’aimer un album en entier.

Ainsi le dernier album d’Henri Salvador vient de paraître. Posthume bien entendu, car le monsieur nous a quittés en 2008 autour de sa 91e année!

On a retrouvé des maquettes, des inédits (essentiellement enregistrés juste avant le méga succès de Chambre avec vue). On a juste gardé la voix et on a demandé à Benjamin Biolay de tout reprendre à zéro. Biolay était le choix évident puisque c’est lui qui était responsable en grande partie (avec Keren Ann) du retour en grâce de Salvador. Sur Chambre avec vue (2000), cinq chansons portaient la signature de l’un et/ou l’autre. Presque toutes les autres étaient aussi très bonnes, en particulier la magnifique Il fait dimanche de Marc Esteve et Art Mengo.

Après Chambre avec vue, la qualité des opus de Salvador a nettement baissé. Les chansons n’avaient plus la même majesté magique.

Le nouveau, Tant de temps, n’est pas le disque de l’été que cherchent à nous faire croire certains médias. Quand vous lisez que Mon amour, un morceau dans lequel le chanteur répète sans cesse les deux mêmes mots, est un prodige, sachez seulement que c’est ce qui est dit dans le communiqué de presse…

La vérité, c’est que c’est un machin inutile, à supprimer ou à sauter. Exactement comme les deux duos casse-pieds (un avec Biolay, l’autre avec Hubert Mounier).

Au final, il reste sept ou huit chansons qui passent du très bon au agréable. Il faut trier.

Vive le numérique.

Henri Salvador, Tant de temps

Petit documentaire de neuf minutes sur la fabrication de l’album avec divers collaborateurs à voir ici (pas besoin d’acheter l’édition spéciale FNAC, c’est une arnaque)…


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