Archive for novembre 2011

Révélation pop

28 novembre 2011

Certains artistes font bien de persévérer. Où seraient Dumas et Stefie Shock si on s’était fié à leur premier album? Ce n’est qu’au deuxième qu’ils ont pu prouver leur talent. Avant, c’était assez fadasse.

Idem pour le Français Wladimir Anselme qui arrive avec un très grand deuxième disque, après un premier (1999) qui partait dans toutes les directions.

En 10 ans, il a enfin trouvé son style avec «Les heures courtes», qui rappelle des artistes aussi divers que Daho, Biolay, Bashung ou le Jean Guidoni de «La pointe rouge». C’est foisonnant, délicat, exalté. En un mot? Jouissif. Si ce gars-là était distribué par une grosse machine, ce serait une bénédiction pour les mélomanes. Mon confrère Michel Kemper parle à son propos de «pop baroque ivre de poésie».

On ne saurait mieux dire.

Anselme est dessinateur et vidéaste également. C’est un chanteur audacieux.

L’espace d’un album, il se hisse parmi les meilleurs sorties francophones de l’année.

Espérons que les Francofolies de Montréal ou le Coup de coeur francophone auront le flair de l’inviter.

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La discothèque idéale # 11

27 novembre 2011

Jane Birkin, Concert intégral à l’Olympia (1996)

Dans la chanson francophone, il y a Serge Gainsbourg et… les autres. Et il y a aussi sa muse éternelle, Jane Birkin, essentielle dans l’oeuvre gainsbourienne.

Pour elle, il a écrit des chansons d’amour et de rupture (crainte ou réelle) parmi les plus poignantes de toute la francophonie. En 1996, sur son onzième album, Jane Birkin décide de les chanter à l’Olympia.

Des joyaux tranchants, sublimés par les arrangements inquiétants, planants et somptueux de Jean-Claude Vannier : « Fuir le bonheur de peur qu’il se sauve »; «Quoi »; « Les dessous chics »; « Physique et sans issue ». Jane pique à Catherine Deneuve « Dépression au-dessus du jardin », à Alain Chamfort, « Baby Lou ». Elle se les approprie parfaitement et les rend encore plus belles.

Elle offre un récital bouleversant avec quelques reprises de morceaux créés par Serge lui-même (« Ces petits riens »; « L’anamour »*). Le sommet d’un répertoire à la fois puissant et fragile. La délicatesse de sa voix mariée aux mots de Gainsbourg, pour l’éternité.

(billet publié le premier septembre 2007)

* L’anamour a été chantée par Françoise Hardy en 1968, mais elle appartient surtout au répertoire de Serge qui l’a publiée l’année suivante.

Têtes de choux

26 novembre 2011

Le testament sonore d’Alain Bashung sera posthume. C’est «L’homme à tête de chou», un des sommets discographiques de Serge Gainsbourg, repris intégralement par Bashung.

Enregistré en 2006 pour accompagner un spectacle de danse, cette version a un goût d’inachevé. Sans la maladie et la fin abrupte, l’artiste aurait sans doute poussé plus loin ses recherches et aurait transformé l’oeuvre comme il savait si bien le faire (avec Les mots bleus de Christophe, par exemple).

Entre l’original et cette copie, il y a peu de différence: 4 minutes de plus pour Bashung, une manière pas tout à fait identique de mâcher les mots…

On doit l’enrobage musical (encore une fois assez conforme à l’original) essentiellement à Denis Clavaizolle (croisé chez Murat) aux divers instruments, à Jean Lamooth pour les programmations. À souligner, la trompette d’Éric Truffaz et les percussions de Pierre Valéry Lobé et Mamadou Koné.

Comme trame sonore d’un spectacle de danse, je ne saurais dire ce que ça vaut, mais en tant que disque, on aurait pu s’attendre à mieux de la part de Bashung dont le rôle, si je ne me trompe, se résume aux voix et à quelques directives musicales. S’il avait pu prendre en main les arrangements et les mener à ébullition, ça aurait eu une tout autre gueule.

Le monde de Fred Pellerin

25 novembre 2011

Deux critiques officiels, de journaux bien établis, célèbrent l’infantilisme, les couplets joyeux du retour des Cowboys Fringants, se réjouissant qu’ils reviennent à leur ancien style quand ils avaient enfin réussi à faire quelque chose de beau avec «L’expédition» (2008). Pas étonnant lorsque l’on sait d’où viennent ces plumitifs: de la scène locale, du comique chanté. Ceux-là préféreront sans doute à jamais Jamil ou Malajube à Léo Ferré… Tan pis pour eux.

À propos du nouvel album de Fred Pellerin, vous entendrez plusieurs éloges, souvent mérités. Son premier disque, «Silence», en 2009, avait créé une vraie belle surprise (en plus de se vendre par camions: 140 000 exemplaires auraient été écoulés). Ce gars-là était capable d’émerveiller, d’émouvoir même ceux qui n’avaient rien à faire de son talent de conteur. Il remet ça avec «C’est un monde», sorti cette semaine. La grande différence, cette fois-ci, c’est qu’il n’y a pas de reprises de classiques francophones pour rassurer nos oreilles. Sauf pour La complainte du Saint-Maurice, puisée dans le répertoire traditionnel, il y va avec des chansons originales, écrites par lui ou divers proches collaborateurs (l’auteur-compositeur-interprète David Portelance est ainsi de retour et signe de chouettes morceaux).

C’est un opus très joli, acoustique, avec un sens de la parole et de la mélodie qui fait mouche. Globalement réussi. Mais il y a un hic de taille: trois morceaux assez médiocres ou hors-sujet en plein milieu gâchent un peu l’ensemble. On aurait dû se contenter de dix titres et virer l’immangeable Relish ainsi que Y’en a qui partent et Chanson-Cloche. Ainsi, Pellerin aurait pu atteindre l’excellence.

Bravo aux deux critiques chez Catherine Perrin qui soulignaient à peu près la même chose. Pour une fois que je suis d’accord avec Marie-Christine Blais, ça méritait d’être dit.

Pop québécoise à l’honneur

24 novembre 2011

Le chanteur québécois Jean-François Fortier créait la surprise en 2005 avec le magnifique album «Variations sur le vide», de la pop de haute tenue. Son deuxième disque seulement, et déjà une référence. Un CD à se repasser. Quelque part dans la galaxie Daho – Dumas – Beatles.

Il a fallu attendre six ans pour que la suite paraisse. Avec «Le jour où j’ai changé le monde», l’artiste, jeune quarantenaire,  continue à creuser.

On lui a posé quelques questions électroniquement. Réflexions sur l’industrie du disque, la création…

Q : Premier album en 1999, deuxième en 2005 et enfin celui-ci en 2011. Créez-vous lentement ou vous êtes particulièrement méticuleux, tendance maniaque du détail? Ou juste paresseux?

R: À ces 3, j’ajouterais aussi contemplatif. Entre contemplatif et paresseux, la limite est mince. Disons que la contemplation est un état où on ne fait rien, mais de manière active, ce qui peut s’avérer très utile en création. Alors que la paresse, c’est ne rien faire, mais de manière passive. La culpabilité nous suivant partout, c’est la pire des choses car on n’est jamais en paix. Mais bon, je n’ai pas été si paresseux que ça depuis 2005, surtout quand on sait ce qu’implique produire des disques de manière  indépendante, de partir à son compte et devenir papa 2 fois…

Disons que dans le premier intervalle de 1999 à 2005, il m’a fallu beaucoup de temps avant de réaliser que je ferais le 2e tout seul. Ça n’a pas été facile, surtout quand tu es pris avec la vision «romantique» de l’artiste qui croit qu’il se salit les mains à chaque fois qu’il doit dealer avec tout ce qui ne touche pas comme tel à la création des chansons. Se débarrasser de cette optique m’a pris du temps. Puis le faire a aussi pris du temps puisque c’était la première fois que je portais autant de chapeaux…

Pour les 6 années qui ont passé entre le 2e et le 3e, c’est un peu plus compliqué. Des amis m’avaient donné une belle somme à l’époque pour «Variations sur le vide» et j’avais également sollicité Musicaction. Pour «Le jour où j’ai changé le monde», les ressources étaient moins abondantes. On m’a quand même aidé mais pour des raisons qui me regardent, j’ai décidé de ne plus demander aux organismes gouvernementaux de contribuer, et comme l’argent ça achète surtout du temps quand on produit un album…

Mais ces raisons sont probablement secondaires. La vraie raison, je crois, est qu’il m’a fallu du temps pour assumer le propos mystique qui traverse l’album, pour accepter que les chansons sortent de cette façon…

Q : Produire ses albums en «indépendant», sans l’aide d’une maison de disques, est-ce un choix ou une nécessité? A-t-on une plus grande liberté car personne ne vous embête ou au contraire, les possibilités artistiques sont réduites faute de moyens?

R: Aussi géniales que soient tes chansons, si tu n’as pas d’équipe avec toi pour les faire voyager,  les pousser, ton succès sera limité. Alors non, ce n’est pas par choix si je travaille de manière indépendante.

À l’époque de mon premier disque, j’avais une équipe et des ressources immenses à ma disposition mais je n’étais pas prêt, je n’étais pas mûr artistiquement, «identitairement»,  si je peux dire.

Pour le 2e, c’est l’inverse qui s’est produit; j’étais mûr artistiquement, mais je n’avais pas l’équipe. Ce qui ne m’a pas empêché d’en vendre 3 fois plus que le premier! Et ce, avec 10 fois moins de diffusion radio. Je suis pourtant propre et d’agréable compagnie, je devrais avoir autour de moi une équipe dédiée à la promotion de mon oeuvre! Je ne comprends pas…

Blague à part, il est évident qu’on jouit d’une liberté artistique illimitée quand personne nous embête, mais ça peut aussi se transformer en contrainte si cette liberté donne le vertige et que personne n’est là pour fixer des échéances…

À l’époque de mon premier album,  j’étais tellement content d’avoir un deal que forcément, ça déteint sur le rapport de force. Quand tu te sens redevable d’avoir été «choisi», t’es beaucoup plus enclin à écouter les suggestions. Encore là, il n’y a pas eu beaucoup de frictions.  C’est plus ma démarche en général, ou plutôt mon absence de démarche qui a posé problème à l’époque.

Q : Que pensez-vous de la «dématérialisation» de la musique ? Le fait que, de plus en plus, les disques sortent en format numérique uniquement?

R: Je crois que le cd démontre encore un certain engagement, un certain sérieux dans la démarche. Mais même cela ne fera plus de sens à moyen terme. Je crois que ce qui se passe en ce moment avec la musique témoigne d’une évolution chez le genre humain, rien de moins! La musique est une forme de langage, un langage universel avec une énorme force d’attraction parce qu’elle transcende les mots et les langues.

Pour cette raison, je crois qu’il est normal que la technologie favorise la production et la diffusion de la musique, malgré que cela ne s’avère pas profitable monétairement parlant, du moins pour tous ceux qui créent et produisent la musique. C’est quand même paradoxal… Ce paradoxe est possible je crois parce qu’il sert un dessein encore plus grand, celui de communiquer, celui de créer, désirs qui sont profondément liés à la nature humaine. C’est Teilhard de Chardin qui disait qu’après la géosphère et la biosphère, la Terre entrait dans la noosphère, c’est-à-dire la spiritualisation de la matière. Le désir irrépressible de communiquer, d’échanger, de produire de l’information comme nous le faisons de façon exponentielle depuis les 10 dernières années est non seulement symptomatique de cette phase, mais j’ajouterais que la facilité avec laquelle on peut enregistrer et diffuser la musique s’inscrit aussi dans cette mouvance.

Q : Le téléchargement illégal nuit-il à l’artiste ou, au contraire, peut-il lui apporter un nouveau public qu’il n’aurait jamais eu sans ça?

R: Les 2 sont vrais quant à moi. C’est pas tranché. C’est beaucoup générationnel. J’enseigne la guitare et beaucoup de mes étudiants qui sont en bas de 25 ans n’ont jamais acheté un cd de leur vie! Le concept d’acheter de la musique est pour certains archaïque. Je me rappelle ado quand un achetait un vinyle.  On se rassemblait autour de la table tournante pour écouter de la musique. C’était une forme de communion. Est-ce qu’on fait encore ça maintenant, écouter ensemble de la musique? Je sais pas mais j’ai l’impression que c’est plus très populaire comme activité, en groupe on s’entend. C’est pas un jugement que je porte, c’est un constat (juste?).

Mais il y a définitivement un changement qui s’est opéré dans le rôle, la fonction que joue maintenant la musique. Il me semble que quand j’étais ado, il y avait plein de groupes qui remplissaient le Forum au complet. Je pense tout haut là, mais je serais porté à dire que la banalisation de la musique correspond à une certaine désacralisation de la musique. Comme ça a dû se passer, sur d’autres modes et à d’autres échelles, avec la désacralisation du langage, puis bien longtemps après, de l’écriture, lorsque ces façons de communiquer sont devenues universelles, quotidiennes et banales… De bonnes choses en ce qui me concerne soit dit en passant!

Q : Vous êtes un des rares au Québec à faire ce qu’on pourrait appeler de la vraie pop francophone (mélange de rock, de chanson, de variété et de toutes sortes d’affaires). En France, il y aurait Étienne Daho. Les Beatles sont-ils votre modèle ultime, indépassable?

R: J’estime aussi faire de la pop, dans le sens noble du terme. Maintenant, de là à dire que je suis un des rares… je trouve ça gros, mais bon, puisque vous le dites… Étienne Daho, je le connais mal mais j’ai énormément écouté (en cassette) «Paris ailleurs».  Maintenant que j’y pense, cet album était parfait. Si mon souvenir est bon, toutes les chansons s’enchaînaient à merveille. Ce qui est très pratique avec le format cassette…

Pour ce qui est des Beatles, je croyais que j’étais guéri mais je me leurrais. Les Beatles, c’est une maladie mentale. Ça ne s’explique pas. La présence qui émane des enregistrements est… magique.  Et comment peut-on chanter comme Paul? Sans manières, sans efforts? Comment peut-on monter si haut sans forcer? Comment peut-on hurler comme ça, juste pour s’amuser (Oh darlin’! , Helter skelter, Monkberry moon elight)?  Comment peut-on avoir ce caractère si distinctif ET ordinaire dans une même voix, avoir autant de «personnages» différents tout en restant le même? Écoutez bien Paul, il a une voix plutôt banale quand on y pense… Mystère… Et on n’a pas parlé de son album Ram sorti en 1971… Don’t get me started comme qu’on dit…

Q : En chanteurs francophones, qu’est-ce qui vous branche?

R: J’aime beaucoup Jimmy Hunt. On dirait les Kinks en 1966. Très dandy.  Sinon… (j’ouvre iTunes), laisse-moi voir…. Ça faisait longtemps que Jacques Higelin ne m’avait pas remué comme il l’a fait avec son dernier. Mais pour être franc, je n’écoute pas beaucoup de musique ces temps-ci… J’ai hâte d’entendre le nouveau Marie-Pierre Arthur.

Q : Comment décririez-vous l’évolution musicale sur vos trois albums ? Il me semble qu’il y un océan entre le premier et le second…

R: Quand mon premier véritable groupe, Les Moutons Noirs, s’est séparé en 1997, j’ai tout de suite enregistré un démo de 4 chansons qui se sont vite frayées un chemin jusqu’au bureau de Musi-Art.  Mais passer de leader d’un groupe rock à chanteur solo pop, c’est pas évident lorsque tu ne connais pas grand chose aux techniques d’enregistrement, quand tu ne saisis pas à quel point il y a plein de détails qui viennent jouer en partant dans ton son sans que tu t’en aperçoives…  Aussi, avec les Moutons Noirs, je pouvais perdre la voix si on devait faire 3 shows de suite. Je chantais de la gorge et criais pas mal. L’influence rock venait surtout des autres membres, et ça donnait un mélange intéressant. Mais quand l’aventure a été terminée, je me suis dit qu’enfin, je pourrais faire de la pop comme je l’entendais, et que j’arrêterais de crier. Sauf que ça a donné une façon de chanter complètement nouvelle, avec un drôle d’accent, trop maniéré, qui me fait bizarre aujourd’hui. J’étais devenu un peu trop sérieux et coincé. J’étais avec une vraie compagnie de disques, j’allais jouer à la radio, la vraie affaire quoi… Le hic c’est que j’avais juste 4 chansons et aucune idée de qui j’étais artistiquement parlant. Les chansons comme telles sont pas mal, c’est au niveau de la livraison que ça accroche, la voix surtout, et c’est un peu trop poli au niveau du son. Faut dire que comme je n’avais aucune idée de ce qu’était la réalisation, je n’ai pas pu interagir à ce niveau. Guy Tourville a fait un bon travail, c’est juste qu’il y avait pas de ligne claire à suivre.

Alors que pour le deuxième, ce qu’on entend, c’est une gang d’amis qui sont unis par un même amour de la musique, une même façon de jouer et d’enregistrer. Ces sessions-là ont été spéciales, pour plein de raisons qui seraient longues à expliquer. Mais du réalisateur à l’ingénieur de son jusqu’aux musiciens, tous étaient des amis de longue date qui étaient sincèrement contents de faire partie de ce projet, d’enregistrer «live», de jammer spontanément une nouvelle chanson surgie la veille (Là)… Bref, des conditions qui étaient à l’opposé du premier disque où tout se déroulait en vase clos, loin de ceux avec qui j’évoluais habituellement et avec un mandat clair de sonner radiophonique. Il faut dire que contrairement au premier, je savais ce que je voulais, et je savais qu’en travaillant avec Éric Goulet, j’obtiendrais le résultat escompté.

Pour le troisième, ça a été un autre scénario. Un scénario plus solitaire. Mais d’avoir joué récemment live avec de jeunes musiciens complètement déments m’a redonné l’envie de revenir à l’esprit de «Variations sur le vide» pour le prochain. J’ai déjà 3-4 chansons qui trainent. Ce qui est énorme comparé à avant…

Site de Jean-François Fortier

La discothèque idéale # 10

23 novembre 2011

La meilleure épreuve pour un disque, c’est souvent le temps. Raison pour laquelle je m’interdis d’inclure dans ma discothèque idéale les albums qui n’ont pas assez vécu.

Mais une autre épreuve, c’est le nombre d’écoutes. Alors si le cd n’a pas 3 ans, mais a été écouté une centaine de fois environ, ça passe. Son entrée est exceptionnelle, tout comme sa qualité.

Philippe B, éponyme (2005)

Je n’attendais pas ce cd. J’ai eu à rencontrer le gars pour une entrevue: allumé, ouvert, curieux. Passionné. Un dingue de chanson capable de disséquer Biolay. Au Québec c’est rare.

J’ai écrit ceci dans la page Disques du Voir, le 8 septembre 2005:

Leader de Gwenwed, Philippe B dégoupille un premier album solo remarquable. La chouette pochette dit tout. Ici, on accumule les influences comme on empile les 33 tours. Mais il va plus loin et s’en libère. De la vraie chanson pop à son meilleur, celle qui métisse les genres musicaux (rock, folk, country), celle qui mêle poésie et humour, celle qui entrecroise un son sale de guitare et un sample de Debussy. On avait déjà remarqué Philippe B aux côtés de Pierre Lapointe (le guitariste, c’était lui), voilà qu’on s’émerveille devant un auteur-compositeur-interprète de tout premier ordre. Des chansons malignes aux airs entêtants, de belles trouvailles textuelles et musicales, une gueule et une personnalité artistique, déjà. La touche repeat est tout indiquée. Vivement une édition vinyle. 4/5

Qu’est-ce que je peux ajouter? sinon que ce cd a tourné comme un fou sur mon lecteur, dans mon iPod (en avion, vélo, promenade, etc.) depuis sa sortie. Il nécessite de se laisser apprivoiser au début, mais ensuite il a la vie dure.

Un des meilleurs albums de toute l’histoire de la chanson québécoise.

(billet publié le 5 juin 2007)

La discothèque idéale # 9

19 novembre 2011

William Sheller, Sheller en solitaire (1991)

L’histoire qui mène à l’album Sheller en solitaire, superbe enregistrement public piano/voix, tient d’un fabuleux hasard.

À la fin des années 80, début des années 90, Sheller se balade en tournée avec son groupe de musiciens. Un jour, ceux-ci se retrouvent coincés aux douanes. Le chanteur doit assumer seul le spectacle du soir même.

Il y prend goût.

Un piano, sa voix, la liberté. Un répertoire d’une vingtaine d’années. Il chante ainsi, délicatement, ses perles indémodables : Nicolas; Symphoman; Basket-ball; Une chanson qui te ressemblerait; Genève; etc.

La finesse de l’écriture et du jeu de piano. Jamais un piano noir n’aura paru aussi léger. Des couplets à la fois littéraires et populaires.

Si Sheller excelle en version symphonique, avec un quatuor, c’est dans la nudité du piano/voix qu’il est le plus émouvant.

En prime, le chanteur étrenne un inédit : Un homme heureux. Un classique dès la première écoute. Et l’usure ne la gagne pas, quinze ans plus tard. À l’image de ce disque qui a donné à Vincent Delerm, entre autres, l’envie de se lancer dans la chanson.

(billet publié le 6 mai 2007)

Sous influences

16 novembre 2011

photo: Radio France

Merci à l’ami qui m’a envoyé ce lien: un entretien très intéressant entre Pierre Lapointe et Vincent Delerm sur les ondes de France Culture.

Ils parlent de l’importance d’avoir des influences (ciné, littérature et chanson pour Delerm; théâtre, arts visuels et musiques pour Lapointe).

Voilà enfin deux artistes qui écoutent les autres, qui ne sont pas centrés sur leur nombril. Plusieurs chanteurs d’aujourd’hui n’apprécient pas la musique, seulement la leur… ou celle écoutée adolescent… Et ces nombrilistes s’étonnent ensuite que leur public soit si restreint, alors qu’eux-mêmes n’écouteraient pas leurs propres disques s’ils ne chantaient pas dessus!

Delerm vient de sortir un livre-disque pour enfants et publiera en janvier en France un livre de textes-photos et Lapointe poursuit la promo autour de son disque piano-voix.

À suivre.

L’entretien c’est ici.

Des boîtes à chansons

15 novembre 2011

Radio-Canada souligne ses 75 ans avec la parution d’un chouette coffret de cinq cd, 75 chansons (et en bonus un inédit de Stéphanie Lapointe).

Encore une compilation? Certes, mais faite uniquement avec des versions inédites des chansons, enregistrées par la radio ou la télé de la société d’état.

C’est tout le patrimoine de la musique québécoise qui défile dans nos oreilles du Soldat Lebrun à Clémence DesRochers, de Donald Lautrec à Renée Claude, Vigneault, Félix, Pauline Julien, Beau Dommage, Harmonium, Jim & Bertrand… Au chapitre des absents, on remarquera Plume Latraverse…

Le dernier disque nous entraîne dans le sillage de Martin Léon, Catherine Major, Karkwa, Pierre Lapointe, etc.

Si on peut déplorer la mauvaise numérotation de chacune des pochettes en carton, on pourra apprécier les textes de présentation des morceaux signés du journaliste-auteur Jean Barbe. La réalisation de l’ensemble est d’Alexandre Bernard.

Une autre belle boîte paraît cet automne. Dans la collection Best of 3 cd qui nous avait déjà donné des compils d’Alain Souchon, Françoise Hardy ou Julien Clerc, voici celle d’Adamo.

Ce sont essentiellement des versions originales de ses années 60 et 70. Les bonnes chansons ne manquent pas: Mourir dans tes bras, Inch’Allah, Tombe la neige, Le ruisseau de mon enfance, etc.

Hélas, la magnifique La nuit est offerte dans sa version… italienne! C’est quoi l’idée?

En tout cas, voici deux boîtes à chansons qu’on prend plaisir à fréquenter.

Pop attitude

11 novembre 2011

La mode, ces temps-ci, est à la réédition deluxe d’albums plus ou moins cultes: Pink Floyd, The Beach Boys, Serge Gainsbourg, Maxime Le Forestier, etc.

Ou alors on rejoue sur scène l’intégralité d’un opus qu’on veut célébrer: Ferland et Jaune, Luc de Larochellière et Un toi dans ma tête, Les Chiens et La nuit dérobée…

Ça a l’intérêt de remettre de l’avant l’album comme un ensemble complet, complexe, logique. Une œuvre artistique cohérente.

Étienne Daho célèbre ses trois décennies de pop à la française avec la réédition de quatre albums en version deluxe double cd et une compilation.

«Monsieur Daho» est une compilation en 2 cd (c’est le chanteur lui-même qui a choisi les chansons). Un peu particulière, elle semble dédiée plus spécialement aux admirateurs pointus qu’au grand public. En effet, on retrouve quantité de versions alternatives ou rares plutôt que les tubes dans leurs versions connues. De plus, elle met de côté certains de ses classiques les plus importants (Les voyages immobiles)… À noter, une version inédite de L’adorer en duo avec Catherine Deneuve, Des heures hindoues avec Vanessa Paradis et un Amoureux solitaires en public nettement meilleur que la prise studio de «Jacno Future».

À ceux qui voudraient une vraie bonne sélection des plus grandes chansons de Daho dans des versions parfaites, il faudrait plutôt se procurer le double «Live» (2001).

«Mythomane» (1982) est son premier album. Le voici en version double. Un ami belge me dit que le mix du vinyle d’origine n’a jamais été repris en CD, et pas plus cette fois-ci. Peut-être quelqu’un aurait une explication? Je serais un peu surpris qu’avec les différentes éditions CD de cet album, le mix original n’existe pas… Ceci dit, cette version 2011 contient les 10 chansons de l’album plus 32 titres bonus (démos, répétitions, en public).

Même traitement délirant pour «Pop Satori» (1986), 39 titres en tout pour cette réédition double déjà parue en 2006 et que l’on ressort  ici pour l’occasion: démos, mixages différents, en public.

Pour être franc, ceux qui ont découvert Daho avec ses années 90 (le disque «Paris ailleurs» en tête) seront un peu perplexes car ses albums des années 80 ont mal vieilli pour nos oreilles contemporaines. La réédition est bien faite, mais elle s’adresse surtout aux nostalgiques.

Par contre, «Corps et armes» devrait ravir les amateurs de Daho, de pop française poétique. Il s’agit ici de son chef-d’oeuvre (j’en parlais dans ma discothèque idéale ici). Pour cette nouvelle impression, on a ajouté 27 titres. On a rapatrié diverses collaborations parues ailleurs: avec Françoise Hardy, Vanessa Paradis, Jane Birkin, Dani ainsi que les morceaux concernés du live 2001 déjà cité. Ça sent un peu le remplissage, mais ceux qui n’avaient pas déjà tout ça seront ravis.

Aussi disponible, son album de 2007 «L’invitation» avec encore plus de bonus que les précédentes éditions… (Je n’ai pas pu consulter celui-ci.)

Les rééditions doubles deluxe sont offertes dans un beau format cartonné, avec à la place d’un vrai livret une affichette avec parfois les paroles et divers témoignages, le tout en caractères minuscules.

La compil «Monsieur Daho» comprend quant à elle un livret normal avec les détails des enregistrements mais sans les paroles.

Globalement, c’est un bon travail, qui sent un peu l’opération commerciale, mais dont on peut espérer une suite, en croisant les doigts pour «Eden» (d’autant que presque rien n’existe sur cet excellent album) et «Paris ailleurs».


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