Posts Tagged ‘Thierry Bruyère’

Rebonds

18 décembre 2012

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Pour ouvrir des fenêtres. Par curiosité. Parce qu’on ne peut pas être partout, tout le temps. En guise de complément à mon palmarès de l’année, j’ai donc demandé ceci à quelques-uns de mes lauréats : «J’aimerais savoir quel a été votre coup de coeur musical francophone en 2012. Ça peut être un disque récent ou au contraire un vieux disque que vous ne connaissiez pas et que vous avez enfin pu découvrir. Québécois, Français, mort ou vivant, aucune importance.»

Voici leurs réponses (par ordre alphabétique). J’ai demandé à Alexandre Belliard de me donner un autre choix car Florent Vollant n’était pas vraiment franco. J’ai gardé le début du message parce que je le trouvais intéressant. Et tant pis si c’est de la triche!

Je tiens à les remercier pour leurs réponses.

Alexandre Belliard :
Zachary Richard, Bayou des mystères (1976)

Cette année j’ai écouté beaucoup, beaucoup d’albums, comme chaque année, de Placard à Chloé Ste-Marie, de Katerine et ses peintres à mon éternelle passion pour Renaud, mais je suis de façon récurrente revenu aux albums de Florent Vollant et plus particulièrement de son album Eku Mamu. Tellement sincère, tout près de nous, mélodique, enveloppant et en prime…. le rêve d’une poésie inaccessible que par le coeur. Tout un artiste!

Depuis mon périple de 11 500 km à travers l’Amérique au côté de mon paternel au mois d’octobre dernier, j’écoute avec acharnement l’album Bayou des mystères de Zachary Richard. Ça me rappelle les couleurs et les saveurs de la si belle Louisiane. Ça danse, ça sent les racines, l’histoire et la fête! Un grand monsieur ce Zachary!

Thierry Bruyère :
Montagnes russes, mini-tsunamis (maxi 5 titres ; 2011) d’Émilie Proulx

Pour moi, c’est une défricheuse comme les soeurs McGarrigle l’ont été pour mes parents. Sa façon d’aborder nos doutes et nos mal-aimés me renverse. Quand elle chante «Au fond c’que j’aime pas quand j’y pense / C’est surtout mon ambivalence / Mon visage flou comme le Québec / Américaine et pas pantoute», elle parle de mon propre combat. Elle est anglophile et se réclame simultanément d’une américanité francophone. Je sais, en l’écoutant, qu’il faut mettre la main à la pâte en français.

Louis-Jean Cormier :

Mon coup de coeur franco de 2012 est Astronomie d’Avec pas de casque pour la richesse de sa poésie. Des textes qui rendraient jaloux Miron et qui nous donnent le goût d’écrire… Mieux.

Domlebo :

J’ai pas mal écouté Marie-Pierre Arthur. Mes Aïeux ont sorti un disque avec plusieurs chansons très très bonnes. C’est Amylie par contre avec Le royaume qui gagne cette année. La réalisation, la lumière des textes, sa voix absolument charmante, les rythmes, les thèmes, une douce poésie féminine et pacifiante. Je ne l’avais pas haïe avec ses premières chansons et en spectacle mais là, wow!

Thomas Hellman :
Montagnes russes, mini-tsunamis (maxi 5 titres ; 2011) d’Émilie Proulx

J’adore le côté atmosphérique, douce mélancolie et poésie. Émilie a un son et un univers qui lui appartiennent entièrement. Elle est à mille kilomètres de toutes ces chanteuses avec de fausses voix naïves de petites filles que je ne peux plus supporter.

Sébastien Lacombe :

Mon coup de coeur musical de 2012 est un disque que j’ai redécouvert pendant mon travail de studio, je l’écoutais beaucoup pour me mettre dans une ambiance. Bleu Pétrole de Bashung, pour son côté tragique et surtout pour la chanson Vénus, un bijou d’arrangement, un disque que j’avais oublié et que je redécouvre cette année. Première à éclairer la nuit, Vénus…. La profondeur de ce disque est grandiose.

Léonard Lasry :

Cette année, contrairement aux années passées, j’ai eu beaucoup moins de coups de coeur pour des nouveautés francophones. J’en profite alors pour parler d’un album que j’aime toujours autant au fil des ans, il s’agit de l’album éponyme de Bruno Maman (2005).

C’est pour moi un très grand album avec des très grandes chansons… La production y est grandiose, elle est d’ailleurs signée Alain Goraguer, un des meilleurs arrangeurs-réalisateurs des années 60-70. Elle est à la fois classieuse, riche (grand orchestre) et inventive.  Je me rappelle avoir découvert cet album à sa sortie et être tombé immédiatement «d’accord» avec tout ce que j’entendais, le choix des mots, les mélodies, le son, les partis pris…Parmi mes préférées : Cain sans Abel, Naïf, Aujourd’hui efface hier, De chez toi à chez moi ou la très belle Le marchand de fleurs… En bref, je ne manque jamais de parler de cet album, trop injustement méconnu à mon avis…

Tristan Malavoy :
André Dédé Vander – French toast et peines perdues (2012)

Je connaissais bien sûr le Vander mouture Colocs, je connaissais aussi le type un peu bourru mais sympa croisé un soir sur une scène de Dub & Litté, ce «sound system littéraire» qui avait bien fait groover mes poèmes. Je connaissais beaucoup moins le Vander ACI, découvert vraiment avec French toast et peines perdues, très bel album paru en mars dernier. On se régale de sa version de la Marie-Jeanne de Dassin; on goûte au moins autant les chansons de son cru, textes bien tournés posés sur des musiques folk et reggae. J’aime.

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La ligue des champions

13 décembre 2012

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L’année 2012 en chansons francophones. Voici les meilleurs joueurs. D’ici quelques jours, je publierai un autre billet pour dévoiler les coups de cœur de la plupart de ces lauréats. À suivre.

Meilleurs albums

1) Sébastien Lacombe, Territoires

2) Élisa Point & Léonard Lasry, L’exception

3) Thomas Hellman chante Roland Giguère

4) Tristan Malavoy, Les éléments

5) Daran, L’homme dont les bras sont des branches

La plus belle surprise / le plus original

Domlebo, Chercher noise

Merveilleusement et bellement hors du temps

Alexandre Belliard, Légendes d’un peuple tomes 1 et 2

Espoir

Thierry Bruyère, Le sommeil en continu

Meilleure chanson

Louis-Jean Cormier, Un monstre (paroles et musique de LJ Cormier)

Rééditions

Julien Clerc, coffret L’essentiel (13 cd)

Renaud, Intégrale studio (18 cd)

Les plus nuls

Raphaël, Super-Welter

Benjamin Biolay, Vengeance

Pop à surveiller

26 janvier 2012

Entrevue avec Thierry Bruyère, jeune auteur-compositeur-interprète québécois.

En vingt ans à suivre la chanson dans les médias, c’est peut-être la troisième fois que je suis d’accord avec Marie-Christine Blais de La Presse. On ne me soupçonnera pas de collusion ici. Dans les disques à surveiller en 2012, Blais a parlé il y a quelques semaines de Thierry Bruyère à la radio de Radio-Canada. Elle a dû citer Dumas en comparaison. Ça m’a mis la puce à l’oreille. Pop? Romantique? Montréal dans le cœur?

Quand j’ai su qu’Émilie Proulx, folkeuse crève-cœur d’immense talent, chantait sur le premier opus de Thierry Bruyère, c’est un troupeau de puces qui m’a sauté aux oreilles. C’est une invasion à la maison. Et j’ai décidé d’interviewer électroniquement le jeune-auteur-compositeur québécois.

L’album «Le sommeil en continu» est sorti en téléchargement légal et payant avant Noël, la copie physique arrive début février. Il contient de belles choses, des mots qu’on a envie de chanter, des promesses.

Q:  Quelles sont tes idoles musicales? Si on te cite Dumas, ça t’énerve?

R: Les premiers noms qui me viennent en tête et qui m’ont profondément marqué sont John Lennon et Neil Young. J’ajouterais ensuite Buffy Sainte-Marie, Indochine, Mickey 3D et Joy Division. Dumas est par ailleurs un artiste pour qui j’ai beaucoup de respect et ça ne me dérange pas du tout comme référent, au contraire, ça me touche ! Je me dis que je fais quelque chose de correct si on y voit un parallèle.

Q:   Quels chemins as-tu pris pour parvenir à ce disque ? Comment voulais-tu qu’il soit ?

R: L’idée de l’album est venue après avoir rencontré Jean-Philippe Fréchette qui était juge à Granby. C’est sur le chemin du retour que j’ai réalisé qu’il s’agissait du gars derrière Navet Confit. Je lui ai donc écrit pour lui dire que sa chanson «Automne» avait été catalytique pour moi en matière de création en français (j’avais un groupe anglophone auparavant).

Lorsque l’idée a émergé qu’il pourrait réaliser mes enregistrements, nous avons regardé le stock que j’avais et avons conclu qu’il y avait matière à album, ce qui tombait bien car mes nouvelles chansons s’articulaient à mes yeux comme les diapositives d’une même présentation de voyage à Montréal.
Par la suite, Navet Confit m’a proposé de travailler avec Vincent Blain. Navet Confit avait bien vu les influences Indochine et british et j’avais vraiment le goût de faire l’album en collaboration avec ces deux individus talentueux qui comprenaient où je voulais me diriger. Des musiciens de mon projet anglophone (Polar Eyes) sont venus m’aider avec certaines chansons, j’ai eu beaucoup d’aide de Francis Do Monte (Nipone) et Navet a recruté Marc Chartrain pour la batterie. Ça a vraiment été «fait maison».

Q:  Pourquoi le sortir d’abord en téléchargement payant, en indépendant? Avais-tu démarché les maisons de disques officielles auparavant?


R: Parce que nous avions essayé à plusieurs étapes d’obtenir de l’aide pour sortir l’album. Nous avons approché les maisons de disques et ce n’est pas qu’on ait eu des réactions négatives, c’est surtout qu’on n’a pas eu de réponses. Comme les vacances d’été approchaient et comme on voulait faire un album d’hiver, on n’a pas voulu attendre davantage.
L’album a donc été financé grâce à une campagne de financement en ligne IndieGoGo et nous avons eu la chance de récolter assez d’aide pour lancer l’album nous-mêmes ! On a par la suite obtenu une distribution chez DEP.

Q:  Comment est née ta collaboration avec Émilie Proulx? Pourquoi elle?

R: J’avais écrit les Chemins Séparés I et II dans l’optique d’avoir une seconde partie chantée par une voix féminine qui répondrait au personnage de la première partie. Comme les chansons traitent d’un sujet qui n’est pas forcément léger, je voulais une voix féminine capable d’amener une sérénité réconfortante tout en ayant du vécu. Comme j’aime beaucoup Émilie Proulx et que Navet Confit l’avait réalisée, c’est Navet qui l’a approchée pour le projet et j’ai eu la chance qu’elle accepte ! Je me compte très chanceux d’avoir pu travailler avec elle. Elle a une voix unique qui sort d’un ailleurs tellement puissant, c’est impressionnant.

Q:  Parle-moi de Montréal, de ton rapport avec elle.

R: Je suis né à Montréal, mais j’ai grandi en grande partie à Longueuil et quand j’ai commencé à vivre à Montréal ces dernières années, j’ai eu l’impression pas très scientifique mais plutôt forte que la ville baignait dans des eaux de malaise existentiel. Je regardais les photos de l’époque d’Expo 67 du père d’un ami et je me disais que des traces de tous ces rêves de grandeur subsistaient ici et là à travers la ville et qu’il fallait relayer ces rêves, même s’il n’y a plus de solution facile. Pour moi, Montréal, c’est autant tous les rêves inachevés que ses laissés-pour-compte, tous ses habitants qui viennent de tout partout et qui méritent d’être racontés.

Montréal, c’est pour moi les repères dont je parle dans «Cette ville qui vieillit» (l’oratoire, le Parc Lafontaine, les balcons, etc.), et c’est aussi les gens auxquels Gérald Godin fait allusion dans ses poèmes et à qui j’ai envie de m’intéresser.

Q:  Jim & Bertand nous avait chanté dans les années 70 la chanson «Comme Chartrand». Ton morceau «Comme Simonne et Chartrand» se veut-elle une suite ? Que représentent ces deux personnages publics, ce couple, pour toi ?

R: Je vais être honnête: je suis allé écouter la chanson sur Youtube car je ne la connaissais pas. Je me rends compte que je ne connais pas très bien Jim & Bertrand, mais j’aimerais croire qu’il s’agit quand même d’une suite, étant donné que j’ai écrit ma chanson en m’interrogeant sur notre capacité, avec le temps qui passe, à s’indigner pour autre chose que pour le style, tout en essayant de rendre hommage à un couple qui est pour moi autant une inspiration que peuvent l’être John & Yoko pour plusieurs.

J’ai découvert les personnages de Simonne et Chartrand au secondaire grâce à la série télévisée et j’ai plus tard eu la chance de rencontrer Chartrand et de m’asseoir à sa table dans un pub à Longueuil et il a même payé ma bière. Pour moi, c’est un moment que je n’oublierai jamais. Chartrand fait partie d’un tandem qui est une référence en matière de passion, de persistance et d’implication pour les bonnes raisons. En fait, je pourrais dire pour LA bonne raison. C’est peut-être quétaine, mais la bonne raison, c’est l’Amour, sous toutes ses formes.

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Thierry Bruyère, Le sommeil en continu

En écoute ici


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