Posts Tagged ‘Léonard Lasry’

L’île aux mystères

18 décembre 2014

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Mystérieuse et sensuelle, c’est un plaisir de retrouver Élisa Point, sa plume fine et littéraire, cette voix confidentielle, fragile comme un frisson. Exceptionnellement, voici qu’elle opte pour le format bref, avec la parution d’un maxi sept titres: «Toujours en fin d’adolescence». En l’espace de 24 minutes, on se love avec délices sur son île apaisante.

Le disque est produit par son ami, l’auteur-compositeur-interprète Léonard Lasry – qu’on a d’ailleurs hâte de retrouver en 2015 avec un album complet, en espérant qu’il sera dans la même veine poétique que les deux précédents.

«Toujours en fin d’adolescence» réunit des chansons perdues, inédites, qui proviennent de différentes sessions d’enregistrements entre les années 90 et 2000. Les crédits artistiques se sont perdus en chemin. On ne saura peut-être jamais qui tenait la guitare, et c’est dommage, sur la chaloupée Elle paresse, notamment. Tous les morceaux ont été écrits, paroles et musiques par Élisa, sauf le duo à la fin, dont on doit les notes à Lasry, et qui chante avec elle. L’alliance de leurs univers artistiques est encore une fois très réussie.

Un disque comme un recueil de courtes proses, à relire sans fin.

Disponible sur iTunes ou sur ce site…

P.-S. Petit rappel, on peut consulter tous les articles écrits sur le même sujet en cliquant sur les tags qui figurent à la fin de ce billet. Des mots-clefs pour s’y retrouver.

Mes préférences à moi

16 décembre 2013

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Que reste-t-il essentiellement de 2013 en chanson francophone?

Oui, je sais, ce sont mes préférences à moi. Assumons la subjectivité. On a fait l’impasse sur certaines parutions qui sont toujours trop abondantes pour une seule vie de toute façon. Beaucoup sont passées par nos oreilles, celles-ci restent plus chèrement en nous. Merci aux artistes de continuer à fabriquer des chansons en français et dans un habillage musical singulier, même dans le dépouillement, ce qui nous change de la bouillie sonore à la mode des dernières années.

Albums, maxis ou minis:

1) Léonard Lasry, Me porter chance

2) Sylvie Paquette, Jour de chance

3) Albin de la Simone, Un homme

4) Étienne Daho, Les chansons de l’innocence retrouvée

5) Les soeurs Boulay, Le poids des confettis

6) De Calm, Amour Athlétic Club

7) Vincent Delerm, Les amants parallèles

8) Gilbert Laffaille, Le jour et la nuit

9) Pierre Lapointe, Les Callas

10) Amélie-les-crayons, Jusqu’à la mer

Chansons de l’année:

1) Les soeurs Boulay, Mappemonde (paroles et musique de Stéphanie Boulay)

2) Gilbert Laffaille, Si tu n’es plus là (paroles et musique de Gilbert Laffaille)

3) Bernard Lavilliers, Villa Noailles (paroles et musique de Bernard Lavilliers)

Rééditions ou coffrets:

Artistes variés, Autour de Jack Treese

Le plus surestimé:

David Marin, Le choix de l’embarras

Phrase la plus drôle:

À propos du chanteur Louis-Jean Cormier qui a remporté plusieurs trophées aux divers galas de l’ADISQ 2013 : «Si Louis-Jean Cormier avait gagné un prix de plus, il ne lui serait resté que le gars qui a inséré le livret dans la pochette de son disque à remercier.» (Mathieu Charlebois, http://www.lactualite.com/culture/le-gala-de-ladisq-en-17-points-et-un-peu-de-mauvaise-foi/)

Je suis en retard mais c’est magnifique:

Les premiers 33 tours d’Isabelle Mayereau

Les derniers cd d’Anne Vanderlove

La cdgraphie de Pierre Delorme

Jean-Daniel Botta, Ammi-majus : Grand goûter

Aurélien Merle, Vert indolent

Aram Sédèfian, Instants volés – ballades

Barbara Deschamps, J’ai un pays à visiter

Ces chansons lentes

25 juillet 2013

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En écoutant le nouvel opus de Léonard Lasry, Me porter chance, on pense pas mal à William Sheller, à ce qu’il a fait de meilleur (Sheller en solitaire; Olympiade). Et c’est d’une beauté qui apaise, qui fait sourire mélancoliquement. Du piano-voix, avec une touche de sensuelle trompette ou de bugle, tout en douceur. On songe à des mots shelleriens – comme on dirait wagneriens – pour suggérer l’ambiance: «Le feu dans les doigts/Je jouerai tout bas/Cette chanson lente que tu aimes»…

On ne peut mieux résumer Me porter chance: la ferveur du feu, la pudeur des émotions, la lenteur… Lasry prend son temps, installe un climat poétique poignant. Il n’y a qu’à voir le chemin parcouru. Sur son disque de 2010, on trouvait la chanson Nos jours légers, mais interprétée de manière superficielle, pop dans son sens péjoratif. Elle est ici réenregistrée plus posément, plus lentement, et elle en devient émouvante.

Les chansons lentes de Léonard Lasry, dans cette formule dépouillée, s’incrustent en nous, on les aime d’emblée. Et l’envie de les réécouter, de les fredonner n’est jamais loin.

On avait découvert cet auteur-compositeur-interprète français en 2012 alors qu’il lançait un disque en duo avec la délicieuse Élisa Point, dans un répertoire à elle. Puis on avait remonté à la source avec les deux premiers Lasry, un peu fades, manquants de maturité, dont nous n’avons retenu que trois titres (Les petites turbulences; L’objet du litige; Tout se dégrade).

Avec Me porter chance, l’artiste est à point. Prêt à être réécouté. Il signe seul près de la moitié du disque, aidé sur les autres morceaux par Paul-Armand-Delille et Philippe Shaft. Quelques bémols cependant: l’absence de livret et deux versions de La vie est dure pour les étoiles (il aurait fallu choisir entre celle en solo ou celle en duo avec Jean-Claude Dreyfus).

L’instrumental Igloo est aussi de haute volée.

Franchement, pour nous faire aimer à ce point du piano-voix, il faut que les chansons et l’interprétation soient remarquables. Elles le sont, ces admirables chansons lentes.

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Léonard Lasry, Me porter chance (29 Music)

On peut en entendre des extraits sur son site.

Rebonds

18 décembre 2012

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Pour ouvrir des fenêtres. Par curiosité. Parce qu’on ne peut pas être partout, tout le temps. En guise de complément à mon palmarès de l’année, j’ai donc demandé ceci à quelques-uns de mes lauréats : «J’aimerais savoir quel a été votre coup de coeur musical francophone en 2012. Ça peut être un disque récent ou au contraire un vieux disque que vous ne connaissiez pas et que vous avez enfin pu découvrir. Québécois, Français, mort ou vivant, aucune importance.»

Voici leurs réponses (par ordre alphabétique). J’ai demandé à Alexandre Belliard de me donner un autre choix car Florent Vollant n’était pas vraiment franco. J’ai gardé le début du message parce que je le trouvais intéressant. Et tant pis si c’est de la triche!

Je tiens à les remercier pour leurs réponses.

Alexandre Belliard :
Zachary Richard, Bayou des mystères (1976)

Cette année j’ai écouté beaucoup, beaucoup d’albums, comme chaque année, de Placard à Chloé Ste-Marie, de Katerine et ses peintres à mon éternelle passion pour Renaud, mais je suis de façon récurrente revenu aux albums de Florent Vollant et plus particulièrement de son album Eku Mamu. Tellement sincère, tout près de nous, mélodique, enveloppant et en prime…. le rêve d’une poésie inaccessible que par le coeur. Tout un artiste!

Depuis mon périple de 11 500 km à travers l’Amérique au côté de mon paternel au mois d’octobre dernier, j’écoute avec acharnement l’album Bayou des mystères de Zachary Richard. Ça me rappelle les couleurs et les saveurs de la si belle Louisiane. Ça danse, ça sent les racines, l’histoire et la fête! Un grand monsieur ce Zachary!

Thierry Bruyère :
Montagnes russes, mini-tsunamis (maxi 5 titres ; 2011) d’Émilie Proulx

Pour moi, c’est une défricheuse comme les soeurs McGarrigle l’ont été pour mes parents. Sa façon d’aborder nos doutes et nos mal-aimés me renverse. Quand elle chante «Au fond c’que j’aime pas quand j’y pense / C’est surtout mon ambivalence / Mon visage flou comme le Québec / Américaine et pas pantoute», elle parle de mon propre combat. Elle est anglophile et se réclame simultanément d’une américanité francophone. Je sais, en l’écoutant, qu’il faut mettre la main à la pâte en français.

Louis-Jean Cormier :

Mon coup de coeur franco de 2012 est Astronomie d’Avec pas de casque pour la richesse de sa poésie. Des textes qui rendraient jaloux Miron et qui nous donnent le goût d’écrire… Mieux.

Domlebo :

J’ai pas mal écouté Marie-Pierre Arthur. Mes Aïeux ont sorti un disque avec plusieurs chansons très très bonnes. C’est Amylie par contre avec Le royaume qui gagne cette année. La réalisation, la lumière des textes, sa voix absolument charmante, les rythmes, les thèmes, une douce poésie féminine et pacifiante. Je ne l’avais pas haïe avec ses premières chansons et en spectacle mais là, wow!

Thomas Hellman :
Montagnes russes, mini-tsunamis (maxi 5 titres ; 2011) d’Émilie Proulx

J’adore le côté atmosphérique, douce mélancolie et poésie. Émilie a un son et un univers qui lui appartiennent entièrement. Elle est à mille kilomètres de toutes ces chanteuses avec de fausses voix naïves de petites filles que je ne peux plus supporter.

Sébastien Lacombe :

Mon coup de coeur musical de 2012 est un disque que j’ai redécouvert pendant mon travail de studio, je l’écoutais beaucoup pour me mettre dans une ambiance. Bleu Pétrole de Bashung, pour son côté tragique et surtout pour la chanson Vénus, un bijou d’arrangement, un disque que j’avais oublié et que je redécouvre cette année. Première à éclairer la nuit, Vénus…. La profondeur de ce disque est grandiose.

Léonard Lasry :

Cette année, contrairement aux années passées, j’ai eu beaucoup moins de coups de coeur pour des nouveautés francophones. J’en profite alors pour parler d’un album que j’aime toujours autant au fil des ans, il s’agit de l’album éponyme de Bruno Maman (2005).

C’est pour moi un très grand album avec des très grandes chansons… La production y est grandiose, elle est d’ailleurs signée Alain Goraguer, un des meilleurs arrangeurs-réalisateurs des années 60-70. Elle est à la fois classieuse, riche (grand orchestre) et inventive.  Je me rappelle avoir découvert cet album à sa sortie et être tombé immédiatement «d’accord» avec tout ce que j’entendais, le choix des mots, les mélodies, le son, les partis pris…Parmi mes préférées : Cain sans Abel, Naïf, Aujourd’hui efface hier, De chez toi à chez moi ou la très belle Le marchand de fleurs… En bref, je ne manque jamais de parler de cet album, trop injustement méconnu à mon avis…

Tristan Malavoy :
André Dédé Vander – French toast et peines perdues (2012)

Je connaissais bien sûr le Vander mouture Colocs, je connaissais aussi le type un peu bourru mais sympa croisé un soir sur une scène de Dub & Litté, ce «sound system littéraire» qui avait bien fait groover mes poèmes. Je connaissais beaucoup moins le Vander ACI, découvert vraiment avec French toast et peines perdues, très bel album paru en mars dernier. On se régale de sa version de la Marie-Jeanne de Dassin; on goûte au moins autant les chansons de son cru, textes bien tournés posés sur des musiques folk et reggae. J’aime.

La ligue des champions

13 décembre 2012

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L’année 2012 en chansons francophones. Voici les meilleurs joueurs. D’ici quelques jours, je publierai un autre billet pour dévoiler les coups de cœur de la plupart de ces lauréats. À suivre.

Meilleurs albums

1) Sébastien Lacombe, Territoires

2) Élisa Point & Léonard Lasry, L’exception

3) Thomas Hellman chante Roland Giguère

4) Tristan Malavoy, Les éléments

5) Daran, L’homme dont les bras sont des branches

La plus belle surprise / le plus original

Domlebo, Chercher noise

Merveilleusement et bellement hors du temps

Alexandre Belliard, Légendes d’un peuple tomes 1 et 2

Espoir

Thierry Bruyère, Le sommeil en continu

Meilleure chanson

Louis-Jean Cormier, Un monstre (paroles et musique de LJ Cormier)

Rééditions

Julien Clerc, coffret L’essentiel (13 cd)

Renaud, Intégrale studio (18 cd)

Les plus nuls

Raphaël, Super-Welter

Benjamin Biolay, Vengeance

Élisa, Élisa

15 février 2012

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La très grande auteure-compositrice-interprète Élisa Point lançait cette semaine en France un nouvel album, cette fois-ci en duo avec le jeune chanteur pop Léonard Lasry, «L’exception».

En 2000, mademoiselle Point avait publié une pure merveille, «La panoplie des heures heureuses», à ranger dans la discothèque idéale.

Élisa, c’est la femme derrière le disque «Comm’ si la terre penchait» de Christophe. Non seulement elle y a écrit quelques textes mais elle a également beaucoup participé à sa conception, pratiquement comme co-réalisatrice (c’est ce que nous apprend la bio du chanteur signée Henry Chartier).

C’est une chanteuse à la toute petite voix, qui murmure des textes délicats, littéraires, souvent mélancoliques ou finement humoristiques. Si elle n’était pas si jeune (la mi-cinquantaine environ), on pourrait dire qu’Élisa Point est l’ancêtre de Clarika.

Le seul problème, si on peut dire, c’est qu’elle est un peu trop prolifique. En 10 ans, elle a multiplié les enregistrements: simples, doubles, triples et même un coffret de cinq cd d’un seul coup! Toujours des chansons inédites…

Musicalement, ça pouvait devenir un peu linéaire. Mais en 2009, elle a formé un duo avec Fabrice Ravel-Chapuis et produit un disque sous le nom de Désolé. C’est devenu plus pop, plus léger. Et ces envolées musicales lui faisaient le plus grand bien.

Elle remet ça aujourd’hui avec Léonard Lasry. Et une première écoute laisse croire que c’est très réussi.

L’envie de la retrouver revient. Et celle, également, de mieux connaître son jeune compagnon créatif.

Clip de leur chanson «Libre»

Élisa et Léonard étaient dans les studios de «Sous les étoiles exactement» de France Inter cette nuit. On peut l’écouter sur le site ou télécharger le podcast. Belle complicité, bonne émission.


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