Archive for février 2015

Superlatifs

21 février 2015

Si un avis unanime peut parfois être louche, celui entourant le nouvel album de Daran, «Le monde perdu», relève de l’évidence. Confrères ou amis, des deux côtés de l’Atlantique, l’incluent dans leur palmarès des meilleurs disques de 2014. Pour ma part, il est tout en haut. Le plus puissant de tous. Voyons maintenant comment cette formule acoustique, essentiellement guitare/voix, se transpose sur la scène. Le chanteur sillonne actuellement les routes du Québec qui le mèneront jusqu’au Nouveau-Brunswick. De passage ce soir à Montréal, au Gesù, une belle salle intimiste où on a déjà pu apprécier autant l’accordéon jazz de Daniel Mille que les litanies poétiques de Jacques Bertin.

Daran occupe le côté gauche de la scène, pour une traversée musicale en solo. Il aurait pu distendre son filon en s’entourant d’un groupe pop rock. Fort heureusement, il n’en est rien. Assis, avec sa guitare acoustique sur les genoux pour la majeure partie de la soirée, avec quelquefois une six-cordes électrique et de l’harmonica. Un ordinateur portatif et des pédales pour quelques discrets bidouillages sonores, mais c’est tout. On passe environ 90 minutes juste avec sa gratte sèche et sa voix chaude.

Déjà, avec ça, le bonheur est grand. La colonne vertébrale du répertoire est le dernier opus, avec quelques vieux morceaux comme l’infatigable Dormir dehors. Depuis «Le monde perdu», on manque de mots pour décrire l’enthousiasme qui nous prend en écoutant Daran. Et pendant ce spectacle, les superlatifs affluent. Comment raconter une telle force émotive ?

Car Daran ne s’est pas arrêté là. Il a demandé à une illustratrice de l’accompagner sur scène. Elle s’appelle Geneviève Gendron et son coup de crayon est vif, hallucinant. On projette un film sur écran géant, pendant qu’elle dessine en direct sur les images. Des paysages routiers, urbains, champêtres, une chambre d’hôtel, un miroir dans lequel apparaît un visage… Surprenante, inventive, elle prolonge à merveille les chansons. C’en est parfois un peu déconcentrant. Comme il n’existait pas de logiciel qui permettait de dessiner sur des films, le chanteur a demandé à Serge Maheu d’en inventer un. Maheu a également filmé plusieurs scènes, prenant le relais du chanteur. Pour un meilleur aperçu, agrandissez la photo ci-jointe en cliquant dessus.

L’œuvre commune est une fantastique réussite : trois artistes au service d’un univers musical et qui le subliment, on n’aurait pas cru ça possible.

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Les dates de tournée…

Reportage vidéo sur Daran dans cette formule artistique…

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Veillées de légendes

10 février 2015

legendes

Depuis 2012, l’auteur-compositeur-interprète québécois Alexandre Belliard détient un bon filon qu’il exploite à merveille, fiévreusement et humblement: raconter l’histoire des francophones d’Amérique. Le sillon est riche, profond et salutaire. À ce jour, trois tomes de «Légendes d’un peuple» sont parus sous son nom et un quatrième qui reprend ce répertoire par la bouche de différents interprètes d’ici.

«Légendes d’un peuple – le collectif» démarre donc sa tournée de nos terres, et la première montréalaise ce soir au Théâtre Outremont était à la hauteur des espoirs. Quelque chose comme un grand spectacle rempli de ferveur, où tous les artistes qui ont foulé les planches cherchaient à contribuer au projet commun, pas à s’attirer la lumière.

C’est Stéphane Archambault flanqué de sa camarade de Mes Aïeux, Marie-Hélène Fortin, qui débutent la soirée. Ensuite, Archambault présente la genèse des Légendes d’un peuple et son créateur, Alexandre Belliard. Celui-ci faisait office de maître de cérémonie, venant présenter les chansons, les remettre en contexte. Parfois, un bout de document vidéo venait illustrer un propos. C’était parfait. Une veillée de chansons historiques et belles, chantées par des artistes de premier plan. Tous transcendés par le bonheur, manifeste, du boulot bien ouvragé.

Vallières chante un hommage au poète Denis Vanier. Jorane qui s’accompagne à la harpe. Éric Goulet, Alexandre Désilets qui brassent les décibels. Mara Tremblay, Salomé Leclerc, touchantes. Paul Piché qui vibre pour une indépendance toujours à faire. On pourrait tout citer. Jusqu’au groupe de musiciens qui soutenait les interprètes. L’indispensable Hugo Perreault à la guitare et à la direction musicale. Salomé qui s’occupait aussi des percussions, Goulet du piano, basse, guitare… La mise en scène sobre et efficace de Yann Perreau, également chantre de Riel.

Voilà des veillées précieuses. En sortant, outre l’envie de s’en offrir une autre dose au cours de cette tournée, on pense: «Bon, on se le fait, ce pays?». Et de nouveau, on se dit à la prochaine fois. D’autant que les tomes 4 et 5 sont en préparation.

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Légendes d’un peuple – le collectif

En tournée au Québec et sur cd.


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