Archive for octobre 2011

L’humour des chanteurs

25 octobre 2011

Philippe B par Anouk Lessard

Je me rappelle, aux Francofolies de Montréal cet été, la prestation de Philippe B. Non seulement cet artiste bricole des chansons somptueuses, mais en plus il est incroyablement drôle sur scène et dans ses morceaux. Au Club Soda, il racontait qu’un soir, il s’était trompé d’harmonica en jouant. Le résultat n’avait pas été particulièrement heureux, paraît-il, si bien qu’un spectateur était venu le voir à la fin pour lui dire qu’il avait adoré son solo d’harmonica «ironique»! Le chanteur de conclure: «Si vous entendez des fausses notes, des erreurs pendant le spectacle, dites-vous que c’est ironique!»…

C’est le genre d’humour qui me touche, comme une éclaboussure d’esprit au milieu d’un climat mélancolique. Plusieurs artistes me font hurler de rire, qu’ils soient catégorisés humour ou non: Font et Val, David Mc Neil, Georges Brassens, Vincent Delerm, Renaud, Alain Souchon, Brigitte Fontaine…

En littérature, l’écrivain Henri Calet est bien souvent à se rouler par terre.

Humour noir, dérision, salutaires. Rien à voir avec les petits comiques qui se prétendent humoristes de métier ou qui font dans la chanson systématiquement humoristique…

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L’heure de la rigolade

22 octobre 2011

Crise du disque ou pas, certains artistes continuent à engorger le marché en y allant d’une nouvelle parution (CD ou DVD, voire livre) aux deux ans, ou moins. Si bien que, tout mélomane qu’on soit, on ne peut s’empêcher de crier: Encore?

Encore un Murat? Un nouveau Cali? Et Arthur H? A-t-on vraiment besoin de ça? Peut-on laisser respirer le public? Peut-on s’inspirer de Souchon et Cabrel et créer un désir, une envie irrépressible?

Ceci dit, je viens de découvrir un nouveau chanteur hilarant-sans-le-savoir. Si, comme moi, les chansons de Kaïn ou des Cowboys Fringants vous mettent en joie (contestation primaire, joualisantes, mal écrites, sans une once de subtilité) vous vous amuserez avec la première galette en français de Clément Jacques (photo). Ça ne doit pas être un pseudo, ça…

Personnellement, je les trouve beaucoup plus drôles que, par exemple, Katerine. Mais eux, ils sont sincères en plus!

Rions, c’est l’heure.

La discothèque idéale # 8

21 octobre 2011

Plume Latraverse, En noir et blanc (1976)

Des albums, Plume Latraverse en a publiés à la pelle, dont plusieurs n’ont jamais été réédités en cd, trois fois hélas.

Heureusement, « En noir et blanc » est disponible en compact. Il s’agit d’une captation d’un concert d’un Plume à son meilleur : drôle, baveux, mais également follement poétique. La conjonction parfaite entre le n’importe quoi et le léché. Des chansons garrochées, d’autres chantées avec une émotion retenue, pudique.

Des classiques plumesques (Chambre à louer; Le blues de la bêtise humaine), de la révolte grinçante (Moutonoir) et des perles absolument splendides et cruellement méconnues (À même l’avis; Chanson pour nous-autres).

Les arrangements musicaux réduits à leur plus simple expression. De la guitare acoustique, un peu d’harmonica, du piano, un public réquisitionné pour faire les mouettes (Terre de soleil).

La légèreté de Plume, son talent, immense.

(billet publié le 4 avril 2007)

Melody Gainsbourg

14 octobre 2011

Faut-il se réjouir ou crier à l’arnaque? Universal réédite le mois prochain le chef-d’œuvre de Serge Gainsbourg, Histoire de Melody Nelson.

Les gainsbourgphiles à travers le monde, et ils sont nombreux, vont en saliver: outre l’album original, la réédition comprendra un deuxième CD avec des bonus, prises alternatives, etc. ainsi qu’un documentaire qui en raconte la genèse pendant 30/40 minutes avec Birkin, Vannier, technicien… Une version ultra deluxe et super limitée rajoute à l’ensemble des vinyles.

Tout ça est admirable, on en bave d’avance… Le filet commence déjà à se faire sentir.

Mais… pourquoi Universal n’a pas sorti ces bonus dans le gros coffret qui soulignait cet hiver le 20e anniversaire de la mort du chanteur?

Ne me faites pas croire qu’ils n’avaient pas encore été trouvés…

Extraits du documentaire ici

Pages consacrées à la réédition ici

La discothèque idéale # 7

13 octobre 2011

En attendant la nouvelle intégrale Brassens à paraître ce 17 octobre 2011 en France et quelques semaines plus tard au Québec, revoici son entrée dans ma discothèque idéale.

À noter que ce même album ressortira dans le coffret, en plus de sa forme originale, dans une version inédite: le dernier guitariste de Brassens, Joël Favreau, est retourné en studio pour poser la deuxième guitare qui devait y figurer à l’époque mais ne s’y trouvait finalement pas (à cause d’une grève, dit-on). Le premier pressage, à une seule guitare, devait être suivi d’un autre avec la deuxième guitare, qui a mis 45 ans à sortir!

***

Georges Brassens, Supplique pour être enterré à la plage de Sète (1966)

Au milieu de sa carrière parfaite, Brassens publie son neuvième album, avec deux titres phares qui feront le succès de toutes ses futures compils : Supplique pour être enterré à la plage de Sète et La non-demande en mariage. Deux chansons parmi les plus belles de tout le répertoire français. La non-demande a même été reprise par Miossec, excusez du peu!

Mais à y regarder de plus près, cet album de 1966 ne contient que des grandes merveilles, connues ou non, une collection de chansons plus-que-parfaites. Les thèmes récurrents de son oeuvre, tous magnifiquement écrits, sans faute de goût ni concession à la facilité (comme l’a été Fernande, par exemple). L’ironie et la gaillardise (La fessée; Le fantôme), l’anti-conformisme qui se mêle à l’anarchie (Le pluriel; Les quatre bacheliers), son goût pour les vieux mots oubliés (Le moyenâgeux) et toujours cette compassion pour le genre humain (L’épave). Et cette ironie salvatrice qui se balade dans tout le disque.

La formule musicale est simple : une guitare, une contrebasse. Avec de telles chansons exemplaires, inutile d’en mettre plus. Le mot et la note suffisent largement.

Brassens, c’est la générosité faite chanteur.

(billet publié le 5 mars 2007)

Trop nuls, on ne vous en parle pas (3)

7 octobre 2011

On poursuit la rubrique «Trop nuls, on ne vous en parle pas» volée à Technikart… Troisième édition.

-Album de Marc Déry, Numéro 4

-Festival Coup de cœur francophone édition 2011

-Livre de Véronique Sauger, Portraits croisés : Francesca Solleville / Allain Leprest

 

Souriez, vous êtes infiltrés (1)

4 octobre 2011

Entretien avec le dessinateur Mathieu Sapin.

Né en 1974, Mathieu Sapin est un bédéiste français, qui œuvre à la fois pour le jeune public et les adultes. En 2010, il publiait  l’extraordinaire «Feuille de chou (journal d’un tournage)» qui racontait  avec humour et tendresse les coulisses du film «Gainsbourg (vie héroïque)» de son ami Joann Sfar. Sapin a remis ça cette année avec le tome 2, consacré à l’après-tournage.

Pas besoin de s’intéresser à la bédé pour apprécier ces carnets. Même pas besoin d’avoir aimé le film. «Feuille de chou» est tout simplement une aventure d’écriture réjouissante.

C’est dire notre bonheur d’apprendre que Mathieu Sapin retrouvait ses fringues de dessinateur-reporter pour cette fois-ci plonger dans le milieu du journalisme avec «Journal d’un journal». Il a infiltré le quotidien français Libération pendant quelques mois. Certaines planches ont été déjà publiées sur son blogue. Les voici réunies dans un ouvrage.

On a contacté l’auteur pour une entrevue par courriel.

Q : D’où est venue l’idée de faire un carnet de tournage sur Gainsbourg (vie héroïque), puis un autre sur le quotidien Libération?

R : Dans les deux cas l’idée n’est pas venue de moi. Pour le journal d’un tournage, Lewis Trondheim m’a suggéré de suivre cette aventure et j’ai accepté en pensant en tirer un «petit» bouquin de 80 pages. À la fin de l’aventure j’en avais écrit cinq fois plus tellement j’ai été passionné par ces quatre mois de tournage. Sur place j’ai rencontré beaucoup de personnalités fortes et intéressantes. Jérôme Brézillon est l’une d’elles. Il est photographe. Il travaille pour la presse et était photographe de plateau sur «Gainsbourg (vie héroïque)». C’est lui qui, l’hiver dernier, m’a proposé de venir enquêter sur les coulisses de Libération. C’est un journal pour lequel il travaille régulièrement. Il m’a pris rendez-vous avec la direction et le tour était joué.

Q : Dans les deux cas, quelle est la marge de manœuvre? Liberté totale? Autocensure? Est-ce qu’il y a eu des moments où certains «personnages» de vos carnets vous ont demandé des changements?

R : J’ai eu toute liberté pour aller où et quand je voulais. L’accueil a été très bienveillant. Ensuite c’était à moi d’estimer ce qui pouvait être intéressant et ce qui pouvait poser problème. Dans le cas de «Journal d’un tournage»,  j’ai dû tenir compte de nombreuses notes de relectures opérées par la production qui craignait que certains des propos que je rapporte puissent causer des préjudices à certaines personnes. J’ai dû en tenir compte et raturer certains bouts de phrases. J’ai préféré rayer plutôt qu’enlever car je tiens à ce que le lecteur sache qu’il y a là une information à laquelle il n’a pas accès. C’est un peu frustrant mais plus honnête à mes yeux. Pour «Journal d’un journal», j’ai eu beaucoup moins de choses à changer. Certains journalistes m’ont demandé de modifier légèrement leurs propos mais ça concernait très peu de pages.

Q : Combien de temps avez-vous passé dans les bureaux de Libé? Y alliez-vous tous les jours?

R : Il s’est passé six mois entre mon premier contact avec Laurent Joffrin et la fin de mon carnet. Il y a eu quatre mois pendant lesquels je suis allé très régulièrement au journal. Pratiquement tous les jours si l’on compte les jours où je suivais des reporters en déplacement.

Q : Avant de plonger dans les coulisses de Libé, étiez-vous un fidèle lecteur du journal, un grand consommateur d’informations?

R : Je n’étais ni l’un ni l’autre. Ma «méthode» consiste à tenter de s’immerger le plus possible dans un milieu auquel je ne connais rien. Ainsi je conserve un oeil neuf (certains pourraient dire «candide»).

Q : Votre manière de travailler sur Journal d’un journal a-t-elle été la même que pour les Gainsbourg? À partir de notes, de photos et de dessins?

R : La méthode de travail était rigoureusement la même. J’ai utilisé les mêmes carnets (qui ont le même format que le format d’impression). Je prends des notes directement dedans et je prends des photos numériques pour compléter les pages dans un deuxième temps. Je m’aide également d’un dictaphone, voire d’une mini-caméra pour enregistrer certaines situations. Les pages sont constituées au fur et à mesure dans mon carnet si bien qu’il y a peu de différences entre le carnet original et le livre imprimé. Les couleurs sont faites à l’aquarelle directement dans le carnet. Pour «Journal d’un journal», j’ai opté pour un découpage en chapitres thématiques qui me semblait plus clair.

Q : Pourquoi vous mettre vous-même en scène dans les carnets et, surtout, de manière toujours un peu dérisoire? Vous ne vous donnez pas le beau rôle…

R : C’est une manière de faire porter le ridicule autant sur moi que sur les autres. C’est un bon moyen également d’entrer dans l’histoire et de voir les choses avec les yeux d’un novice.

(À suivre…)

Mathieu Sapin, Journal d’un journal, Delcourt, collection Shampooing.

Sortie française le 21 septembre. En vente au Québec autour du 21 octobre.

Le blogue de l’auteur consacré à ces carnets : http://journaldunjournal.blogs.liberation.fr/sapin/

Bassesses

4 octobre 2011

Le crâne de Michel Rivard

Je me demande ce qui est pire: qu’un artiste soit à ce point assoiffé de caméras ou qu’une telle émission de télé existe…

Avez-vous vu, il y a deux-trois semaines, le passage de Michel Rivard dans l’émission Un gars le soir à V?

L’animateur, Jean-François Mercier, est la saveur impertinente du jour. Jadis, aux Bougon. Aujourd’hui, avec une émission quotidienne dans laquelle il se montre volontiers dans son personnage du «gros cave»: vulgaire, stupide, etc. Il le joue très bien, on s’y croirait.

Michel Rivard a accepté de passer dans cette émission «humoristique». Il était venu pour parler de sa participation à un concours de parolier… L’artiste a tenté d’expliquer de quoi il s’agissait, mais l’animateur faisait semblant (comme c’est drôle) de ne pas l’écouter en regardant des photos sur son téléphone pendant que Rivard causait seul. Mercier a fini par l’interrompre après environ 30 secondes…

On n’a jamais su la teneur exacte du concours.

Plus tard, il y avait la portion «Les nobody» de son émission dans laquelle un humoriste maison essaie de se mettre en valeur par tous les moyens. Il a Michel Rivard en face de lui. Quatre décennies de chanson derrière la cravate, grand improvisateur de la LNI…

Comment réagit l’humoriste maison? Il demande au chanteur s’il peut réaliser un rêve: lui lécher le crâne. Vous avez bien lu. Et Rivard d’accepter, tendant le front. Et l’idiot de service de passer sa langue sur le crâne du chansonnier!

C’était beau à voir, je vous jure. Deux pauvres «humoristes» prêts à tout pour qu’on parle d’eux (ça marche!) et un artiste obséquieux, prêt à toutes les humiliations pour parler 30 secondes de son concours.

À se demander où la bassesse se situe, exactement, et jusqu’où peut-elle aller.

Mûre Denamur

1 octobre 2011

Claire Denamur fait paraître ces jours-ci un deuxième album. Oubliez le premier, fade bouillon à mi-chemin entre Carla Bruni ou Rose.

Cette fois-ci, c’est plus sérieux. Comme Alain Bashung ou Daniel Darc et de nombreux autres, Denamur est une Française qui fantasme sur l’Amérique, mais pas n’importe laquelle: celle d’Elvis Presley, de Johnny Cash, de la poussière, des routes, des immenses paysages.

Côté apparence, avec son pantalon de cuir et ses cheveux léchés, la chanteuse semble tout droit sortie de la série lesbos The L Word. On préférera écouter ses chansons.

Pour Vagabonde, l’artiste explore le folk-rock, comme Bashung période Osez Joséphine.

L’opus a été partiellement enregistré à Montréal, sous la houlette du prestigieux tandem Jean Massicotte/Denis Wolff.

Et son excellent confrère Da Silva signe quelques chansons, en plus de chanter avec elle sur Rien à me foutre en l’air.

Vagabonde, c’est un beau voyage au pays des guitares, de l’americana. Des chansons échevelées qui marquent une nette distance avec le propret premier disque. En deux ans seulement, on peut savourer la différence.

Voilà un CD qui pourrait plaire à ceux qui aiment le Dick Rivers des deux derniers albums.

Ça donne salement envie d’y revenir.


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