Archive for février 2013

Alexandre Varlet parle aux internautes

28 février 2013

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Dans les épisodes précédents, l’auteur-compositeur-interprète français Alexandre Varlet balançait sa pop-folk directement en vinyle pour son quatrième opus, Soleil noir. Il nous présente ici son cinquième, toujours de la belle ouvrage, des textes intimistes, sensualité d’une voix et d’une guitare.

Quinze ans après son premier cd, l’homme est encore là, et on a toujours envie de suivre son parcours, d’écouter ses chansons fines, qui résonnent en profondeur en nous.

Voici notre échange électronique.

Entrevue avec Alexandre Varlet

1) Vous revenez avec cet album au format cd et mp3, alors que le précédent était sorti en vinyle. Pourquoi ce retour au cd? Que retirez-vous de cette expérience vinyle?

AV: Ce 5e album studio sort aussi en format vinyle ! Je ne puis bouder ce plaisir, en qualité de féru de ce format et parce que Soleil Noir a été très bien accueilli par le public malgré son format unique 33T. Ce format semble être en phase avec une tendance mondiale, et tant mieux. Cela incite à retourner chez les vrais disquaires, ceux qui ont toujours défendu les alternatives, les niches, le vinyle …Comme toujours les majors suivent le pli, elles n’auraient jamais eu le courage de prendre l’initiative.

Ce format vinyle m’est cher. Mais j’admets aussi qu’une sortie CD et digitale sont indispensables.

2) Vous avez publié en version numérique uniquement un très bel opus en public à la Maroquinerie qui datait de 2008. Peut-on envisager qu’il ressortira en cd, par exemple en doublé avec Soleil noir? Détenez-vous les droits sur vos précédents disques?

AV: Je suis propriétaire de tous mes disques oui. Le live à la Maroquinerie uniquement en digital sur alexandrevarlet.bandcamp.com remporte un franc succès et l’idée de le sortir en physique pourrait être envisageable. Mon public a majoritairement entre 30 et 40 ans, il est attaché je crois à tenir un disque entre les mains, lire et relire le livret, le retourner, le manipuler.

3) Qu’est-ce qui a motivé votre envie d’enregistrer les nouvelles chansons en Suisse avec Arnaud Yvan Sponar ? Qui est-il ? Pourquoi là-bas?

AV: Arnaud est le démiurge de Goodbye Ivan, projet abrité par Shayo Records à Genève, tout comme SOLEIL NOIR mon 4ème disque. La rencontre est artistique puis humaine. J’ai ressenti le besoin de faire ce disque avec un réalisateur, j’ai eu envie de le faire avec Arnaud. À l’époque il vivait en Suisse, le studio 603 à Vevey nous a accueillis. Un lieu alternatif, dans une cité magnifique. J’aime l’idée de travailler hors mes murs.

4) Le cd est joliment illustré par Yann Orhan, à partir d’images très anciennes, me disiez-vous… Est-ce que vous lui avez donné carte blanche ? Que cherchiez-vous à dire à travers ces illustrations?

AV: À la suite d’une exposition vue à Dinard où j’habite, l’idée d’une lithographie précise a germé en moi. J’ai soumis plusieurs propositions d’images à Yann Orhan, fidèle compagnon depuis Ciel de Fête. Il a su en tirer la quintessence pour me proposer un visuel sobre, élégant, utopique, intemporel…

Je voulais la mer comme personnage, évoquer la vanité de l’homme, et qui sait.

5) Les paroles de vos chansons sont intimistes, collant parfaitement avec votre musique, mais est-ce qu’une écriture plus sociale pourrait également vous intéresser un jour?

AV: Je ne peux pas dire non catégoriquement. Mon engagement est à ce jour strictement émotionnel, ce qui n’empêche pas la possibilité de s’identifier à mes textes, ni au fond d’évoquer des thèmes d’actualité, je pense à l’amour épinglé par exemple sur Dragueuse de fond, ou L’hôtel aux étoiles nombreuses.

Mais force est de reconnaître que ce n’est pas probant dans mon univers. Je me permets de citer Montaigne qui avouait ne parler que de lui car au fond il était un homme comme les autres, donc en parlant de lui, il parlait aux/des autres.

Je me situe plutôt là.

6) Deux morceaux (Umovedown; et Mille vache, composé par Sponar) créent une rupture de ton, avec un son synthétique qui rappelle celui du Bashung des années 80. Était-ce délibéré, pour casser l’acoustique folk? Bashung a-t-il été une influence pour vous, un jour ou l’autre?

AV: Un disque est un monde, un film. Pour que la sauce prenne, il faut du relief, des accidents. Ces titres-là ont été délibérément écrits dans cette optique. La guitare folk est mon instrument de prédilection mais je reste profondément marqué et consommateur de musique synthétique des années 70 et début 80.

Si Bashung est une influence c’est clairement pour 2 disques: Play blessures et Novice.

7) Si vous pouviez réaliser l’album de vos rêves, sans limite de temps ou d’argent, et même avec des musiciens morts, ça ressemblerait à quoi?

AV: Scott Walker «3»

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Alexandre Varlet, éponyme (Les Disques du 7e Ciel)

Site de sa maison de disques

Site du chanteur

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Albin et les beaux objets

21 février 2013

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L’automne dernier, je disais ici tout le bien que je pensais du nouvel opus de Daphné, et j’en profitais pour dénoncer ces maisons de disques (dont la sienne, Naïve) qui ne prennent même pas la peine d’envoyer de vrais exemplaires du commerce aux médias. Je trouvais ça pingre. Quelqu’un de chez Naïve m’a écrit pour me signifier qu’en fait, comme elle produit moins de copies promo que d’originaux, loin d’économiser, ça coûte plus cher! Et de me parler de stratégies marketing consenties avec les artistes…

Voilà de très mauvais stratèges, pensais-je. On se demande ce qu’ils font là. Parce que pour plusieurs journalistes vraiment mélomanes, rien ne remplacera l’objet. Le disque c’est de la musique mais aussi un emballage qu’on peut tâter, trouver beau, trimballer, voire exposer. Récemment, j’ai reçu le nouveau Amélie-les-crayons (Jusqu’à la mer), et juste par la beauté du boîtier, ça donne envie d’y prêter une attention plus particulière. Une épaisse boîte en carton avec à l’intérieur une série de cartes illustrées pour chacune des chansons du disque, avec la reproduction des paroles.

Le dernier Mathieu Boogaerts était aussi très joliment emballé, avec une pochette cartonnée dessinée. L’auteur-compositeur-interprète y signait d’ailleurs un retour à plus de sobriété, après un précédent cd terriblement mauvais. Boogaerts revenait enfin à de vraies chansons – comme on peut espérer que Katerine le fera un jour, après ses dernières productions.

Pour Pierre Lapointe, c’est le chemin inverse: il sort la semaine prochaine Punkt, dont la pochette et le premier extrait (La sexualité) laissaient craindre le pire. Volontairement kitsch, un suprême mauvais goût. J’imagine que ça l’amuse, pour le moment… Une première écoute nous dit que la moitié est exécrable (à balancer le cd par la fenêtre) et l’autre est pas mal, mais que nous sommes loin des splendeurs passées.

Et voici que ce cher Albin de la Simone publie, des deux côtés de l’Atlantique, un quatrième album très attendu, après l’exaspérant (et kitsch) Bungalow. Sobre, élégant, chic, il s’intitule «Un homme» et on peut croire qu’il réunira tous les publics tant sa qualité est exceptionnelle. La presse rock et branchée a déjà commencé les éloges, espérons que le public amateur de chansons suivra.

Pour sa rentrée sur l’étiquette Tôt ou tard, Albin s’est surpassé, affiné, expurgé des portions énervantes de certains morceaux passés. Car il faut bien le dire, si certaines chansons des deux premiers opus de l’attachant artiste nous émerveillaient par leur finesse, leur humour, leur tendresse, d’autres nous cassaient les pieds. Désormais, il ne garde que le meilleur, avec toujours ce parfum d’étrangeté qu’il sait si bien exhaler. Et cela, essentiellement en acoustique. Parmi ses collaborateurs, signalons Alexandre Tharaud au piano sur La fuite, JP Nataf, une musique de Pascal Colomb (aussi chanteur, dans une autre vie).

Il s’agit certainement du premier grand disque de 2013, peut-être le meilleur d’Albin de la Simone. Même la copie promo envoyée aux médias est soignée, avec paroles et texte de présentation, mais ça ne remplace pas l’original.

Soigné et original, deux mots qui vont bien à Albin de la Simone, un des artistes majeurs de la nouvelle pop française des dix dernières années.

Maître Fiori

16 février 2013
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Serge Fiori (crédit photo: 2 solitudes.com)

15 février 2013, Montréal. Le théâtre Outremont s’emplit pendant que les haut-parleurs diffusent du Ferland jaune, du Charlebois d’il y a quatre décennies.  Pendant l’entracte, on pourra y entendre du Beau Dommage et du Gilles Valiquette. Ne manquerait que l’encens et l’ambiance serait complète. Planté, le décor: ce sera une très bonne soirée nostalgique. Le groupe Premier Ciel présente son hommage officiel à Harmonium, approuvé par maître Fiori. Nombreux sont les spectateurs assez vieux pour avoir vu Harmonium il y a quarante ans et qui viennent se le remémorer. Mais plusieurs plus jeunes têtes aussi (dont la mienne), qui n’ont pas eu cette chance, viennent rattraper le coup.

Ici, on joue à être Harmonium, on est dans l’imitation. Les sept musiciens sont effacés, au service de la musique. Même Julie Valois, fille historique de Louis Valois et Monique Fauteux (membres de la formation originale) fait profil bas. Elle chantera de belle manière et avec discrétion la chanson interprétée jadis par sa mère: Le corridor. Émouvant.

Le groupe Premier Ciel est généreux (près de trois heures de musique, excluant la pause), talentueux et multiplie les efforts pour recréer le son originel: même les cris d’enfants du premier opus y sont reproduits avec une bande sonore, idem pour une intro instrumentale de L’heptade. Le chanteur, Mathieu Grégoire, se glisse à merveille dans la peau de Fiori, qu’il remerciera à la fin du spectacle pour toutes ses belles chansons – et en effet, c’est une des œuvres les plus importantes de tout le répertoire francophone des cinquante dernières années. Sensiblement la même voix, les mêmes intonations, mimiques et air ahuri que son idole. (Mais était-ce bien une distrayante gomme que Grégoire semblait mâcher entre deux chants? Et son blabla entre les morceaux, était-ce bien nécessaire?)

Dans la salle, nous jubilions sauf pendant le morceau Le premier ciel, beaucoup trop fort pour des oreilles humaines! La première partie était consacrée aux deux premiers albums pour se clore avec Viens danser de Fiori-Séguin. La seconde portion – outre quelques classiques comme Dixie et Un musicien parmi tant d’autres – à L’heptade. On regrettera l’absence de la chanson De la chambre au salon et de la plus puissante de toutes, L’exil.

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Premier Ciel remet ça ce 16 février à l’Outremont et en tournée au Québec.

Parfum d’Afrique

9 février 2013
Un balafon.

Un balafon.

Sébastien Lacombe faisait sa rentrée montréalaise ce soir au studio-théâtre de la Place des arts. Son troisième album, Territoires, composé dans la foulée d’un voyage en Afrique, se classait numéro un dans mon palmarès francophone de fin d’année en 2012. Le meilleur disque de chanson était québécois. Sournois, l’opus. On l’écoute une première fois: ouais, sympa. Une deuxième: ah, oui! c’est bon! Et par la suite: vraiment extra! Ça s’infiltre en douce, et ça reste là.

Sur les planches, ce soir, il a prouvé qu’il sait raconter de bonnes histoires entre les morceaux, pas trop longues, assez amusantes ou touchantes. Simplement, en accordant sa guitare en bois. Sympathique, chaleureux, voix chaude, de très belles chansons (essentiellement celles de Territoires, dommage pour C’est tragique l’Amérique et La note, du premier cd).

Hélas, ce qui aurait pu être une soirée extraordinaire s’est un peu banalisée. La faute à la formule musicale choisie. Platement, un bassiste et un guitariste, deux Québécois frileux (la preuve: ils gardaient leur tuque à l’intérieur). Mais sur la petite scène, trônaient de chouettes promesses: des djembés et un balafon. Impossible de ne pas penser à la Complainte africaine de Jean Duino et popularisée par Bïa: «J’aurais pu naître en Afrique et jouer du balafon»…

Le spectacle a donc débuté lentement, avec Lacombe et ses deux comparses frigorifiés. Les morceaux étaient bons, bien exécutés, mais ça ne levait pas. Au bout d’une vingtaine de minutes, ça a changé. L’atmosphère s’est soudainement réchauffée: un troisième musicien (Abou Kone?) faisait son entrée pour s’occuper des percussions africaines et de cette espèce de xylophone qu’est le balafon. Montréalais d’adoption mais d’origine africaine! Un vrai! (la preuve: il portait une djellaba!)

Et c’est là qu’on s’est rendu compte de ce qu’aurait pu être cette prestation si Lacombe avait poussé son idée à l’extrême, se forgeant une personnalité unique: juste lui et l’Africain, sans basse ni guitare autre que celle jouée par le chanteur. Presque tous les meilleurs moments étaient ceux au parfum d’Afrique. L’invité noir n’a joué hélas que sur environ 25 % des morceaux. On aurait peut-être même pu ajouter une kora et le métissage n’en aurait été que plus exaltant avec les chansons très québéco-américaines (pour le meilleur, au sens de Richard Séguin).

On aurait aimé que le voyage de l’auteur-compositeur-interprète à Dakar ait de plus fortes répercussions encore sur son spectacle: dans le choix des instruments, dans une projection de photos prises là-bas.

Il a pour lui du charisme et de bonnes chansons, il lui faut maintenant oser l’extrême. L’épure. Le nirvana créatif.

Chansons de chevet (2)

6 février 2013
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Hugues de Courson

Dans le livre de Baptiste Vignol dont je vous parlais récemment, des centaines de personnes ont eu le courage et l’esprit ludique de soumettre la liste de leurs chansons préférées. Le jeu était simple: en choisir 10, assez rapidement. De préférence, ne pas mettre trois mois là-dessus. Lancer sur le papier des noms, trier.

Ensuite, forcément, on se mord les doigts, des oublis impardonnables. J’ai déjà cité une quinzaine de titres, en voici d’autres. 10 nouvelles chansons de chevet, en privilégiant les morceaux ou les artistes qui ont été moins cités dans le livre de Vignol. De grands oubliés, si on veut. Ces dix titres-là font partie des 30 chansons qui me tiennent le plus à cœur et je voudrais saluer leurs créateurs qui ont côtoyé les sommets, dans un genre ou l’autre.

Et il y aura encore des oublis, désolé…

1) Pull-over (chanson inédite de Hugues de Courson, interprétée par Casse-Pipe sur le deuxième album du groupe breton)

2) Le cœur a sa mémoire (texte de Mauricette Leibowitch, chanté par les Têtes Raides)

3) Étrange affaire (Jean Vasca)

4) Allée des coquelicots (Pierre Philippe / Astor Piazzolla, par Jean Guidoni)

5) La musique (Bernard Lavilliers, encore meilleure en public Tour 80)

6) Putain d’été (Tue-Loup, version obligatoire sur Tout nu; 2004)

7) Madame (un hommage à Juliette Gréco, signé et chanté par Miossec)

8) L’homme de Brive (Jean-Max Brua)

9) À tu et à toi (Louis Chedid, version Entre nous; 2004)

10) Champion d’immonde (Olive et moi)

Cali en noir et blanc

5 février 2013

cali

Le problème, avec certains premiers albums, c’est qu’ils sont trop forts. Les morceaux qui y figurent ayant eu le temps de mariner longtemps, ils sont goûteux. Ensuite, peu importe ce que fait le chanteur, on compare avec la claque qu’on s’était prise la première fois, et on en regrette l’intensité.

Les exemples seraient nombreux, prenons Cali, qui vient de sortir son cinquième opus studio, Vernet les bains. En 2003, il publiait L’amour parfait, fougueux et douloureux, et quelle raclée on se prenait ! C’est quand le bonheur? ; Elle m’a dit ; Pensons à l’avenir ; Il y a une question ; Tes désirs font désordre ; Le grand jour ; Fais de moi ce que tu veux… Ouf !

Et puis Cali sur scène, quelle bombe, quelle fête ! Chanteur tornade, qui aime prendre ses bains dans la foule.

Mais il a péché par excès. On l’a trop vu, répéter trop souvent les mêmes gestes, les mêmes cris, la même manière de flatter le public. Un peu comme Thomas Fersen : au début, on adore – le charme, le charisme, l’humour. Mais pourquoi ces artistes se croient-ils obligés de sortir autant de disques, de manière si rapprochée, et de venir si souvent au Québec ? Certaines années, Fersen a dû chanter en sol québécois en différentes saisons, été comme hiver!

Cali, donc, arrive avec son cinquième opus studio en une décennie. À cela il faut ajouter une trame sonore et cinq enregistrements en public. Cinq ! Onze signatures de Cali en 10 ans ! Sans compter un livre d’entretiens avec Miossec… Peut-être cherche-t-il à concurrencer Murat ?

Avec ces artistes surproductifs, les journalistes se disent, progressivement, à chaque nouvelle sortie : «Déjà?». Puis: «Encore?». Pour enfin soupirer: «Merde, encore un, il va falloir l’écouter…». Beaucoup de professionnels du milieu doivent réagir ainsi, et une partie du public itou.

Mais si on en parle aujourd’hui c’est que Vernet les bains vaut la peine qu’on l’écoute. Déjà disponible en version numérique avant Noël, le cd sort en ce moment en France et au Québec. Il fait partie des trois enregistrements importants de Cali avec L’amour parfait et L’espoir (2008).

Le Français a opté pour plus de sobriété, avec le doué Frédéric Lo à la réalisation et la participation de Steve Nieve au piano… L’esprit vachard a laissé peu à peu la place à plus de douceur, et ça ne lui va pas plus mal. On ne ricane plus, on sourit, on s’émeut. Délicatesse, ambiance feutrée, chansons en noir et blanc, à l’instar des photos qui enjolivent l’objet. Et cette citation de Tom Waits qui y est reproduite: «Ici les rêves ne sont pas brisés, ils boitent.»

Vous ne serez pas éberlué par la découverte d’un artiste, ce ne sera pas l’amour parfait, mais vous apprécierez l’effort qu’il fait pour se renouveler, séduit par ses nouvelles chansons évocatrices. Ou alors la nostalgie du premier album est vraiment trop envahissante.

Cali, Vernet les bains (Wagram)


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