Posts Tagged ‘Élisa Point’

L’île aux mystères

18 décembre 2014

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Mystérieuse et sensuelle, c’est un plaisir de retrouver Élisa Point, sa plume fine et littéraire, cette voix confidentielle, fragile comme un frisson. Exceptionnellement, voici qu’elle opte pour le format bref, avec la parution d’un maxi sept titres: «Toujours en fin d’adolescence». En l’espace de 24 minutes, on se love avec délices sur son île apaisante.

Le disque est produit par son ami, l’auteur-compositeur-interprète Léonard Lasry – qu’on a d’ailleurs hâte de retrouver en 2015 avec un album complet, en espérant qu’il sera dans la même veine poétique que les deux précédents.

«Toujours en fin d’adolescence» réunit des chansons perdues, inédites, qui proviennent de différentes sessions d’enregistrements entre les années 90 et 2000. Les crédits artistiques se sont perdus en chemin. On ne saura peut-être jamais qui tenait la guitare, et c’est dommage, sur la chaloupée Elle paresse, notamment. Tous les morceaux ont été écrits, paroles et musiques par Élisa, sauf le duo à la fin, dont on doit les notes à Lasry, et qui chante avec elle. L’alliance de leurs univers artistiques est encore une fois très réussie.

Un disque comme un recueil de courtes proses, à relire sans fin.

Disponible sur iTunes ou sur ce site…

P.-S. Petit rappel, on peut consulter tous les articles écrits sur le même sujet en cliquant sur les tags qui figurent à la fin de ce billet. Des mots-clefs pour s’y retrouver.

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Murmurer

3 novembre 2014

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Récemment, Vincent Delerm nous avait offert «Les amants parallèles» et Albin de la Simone, «Un homme». Pour son troisième album, Stéphanie Lapointe emprunte la couleur sépia de la pochette à son ami Albin et signe le splendide «Les amours parallèles».

Le dernier opus de la demoiselle Lapointe remontait déjà à 2009 et figurait parmi les meilleurs crus de l’année. Depuis, elle a fait l’actrice, un peu de ciné, de télé, participation à la comédie musicale «Les filles de Caleb», mais c’est en murmureuse de chansons qu’elle fait merveille. On parlerait d’enchantement si le mot n’était pas usé. Elle, a contrario, semble toute fraîche et épanouie.

Voici une interprète qui transcende tout ce qu’elle chante, mais de manière discrète. Aucun flafla dans sa démarche, tout est dans la retenue. Elle effleure les textes, vaporeuse, délicate, troublante. Une chanteuse de l’intime, pour oreilles attentives, un peu comme Élisa Point en France.

Contrairement au cd précédent, où elle signait presque toutes les paroles, Stéphanie Lapointe s’est mis à la bouche les chansons des autres. On retrouve une reprise de Gainsbourg (Un jour comme un autre), une autre de 2008 signée Jane Birkin (Pourquoi). Puis des auteurs-compositeurs plus jeunes : les talentueux Philippe B et Philémon Cimon (qui fait un duo avec elle), des saveurs à la mode (Jimmy Hunt, Stéphane Lafleur), une parenthèse anglo avec Leif Vollebekk, ainsi que, par deux fois, Kim Doré sur une musique de Forêt.

C’est justement à Forêt, combo québécois composé de Joseph Marchand et Émilie Laforest, que l’on doit la réalisation sobre et racée. Un disque comme une bulle hors du temps, jamais démodée.

Au bout du court voyage, on se rappelle que Stéphanie Lapointe sait nous emmener là où elle veut, mine de rien. Sensuel périple, même si on espère qu’elle se remette à l’écriture la prochaine fois.

Ces chansons lentes

25 juillet 2013

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En écoutant le nouvel opus de Léonard Lasry, Me porter chance, on pense pas mal à William Sheller, à ce qu’il a fait de meilleur (Sheller en solitaire; Olympiade). Et c’est d’une beauté qui apaise, qui fait sourire mélancoliquement. Du piano-voix, avec une touche de sensuelle trompette ou de bugle, tout en douceur. On songe à des mots shelleriens – comme on dirait wagneriens – pour suggérer l’ambiance: «Le feu dans les doigts/Je jouerai tout bas/Cette chanson lente que tu aimes»…

On ne peut mieux résumer Me porter chance: la ferveur du feu, la pudeur des émotions, la lenteur… Lasry prend son temps, installe un climat poétique poignant. Il n’y a qu’à voir le chemin parcouru. Sur son disque de 2010, on trouvait la chanson Nos jours légers, mais interprétée de manière superficielle, pop dans son sens péjoratif. Elle est ici réenregistrée plus posément, plus lentement, et elle en devient émouvante.

Les chansons lentes de Léonard Lasry, dans cette formule dépouillée, s’incrustent en nous, on les aime d’emblée. Et l’envie de les réécouter, de les fredonner n’est jamais loin.

On avait découvert cet auteur-compositeur-interprète français en 2012 alors qu’il lançait un disque en duo avec la délicieuse Élisa Point, dans un répertoire à elle. Puis on avait remonté à la source avec les deux premiers Lasry, un peu fades, manquants de maturité, dont nous n’avons retenu que trois titres (Les petites turbulences; L’objet du litige; Tout se dégrade).

Avec Me porter chance, l’artiste est à point. Prêt à être réécouté. Il signe seul près de la moitié du disque, aidé sur les autres morceaux par Paul-Armand-Delille et Philippe Shaft. Quelques bémols cependant: l’absence de livret et deux versions de La vie est dure pour les étoiles (il aurait fallu choisir entre celle en solo ou celle en duo avec Jean-Claude Dreyfus).

L’instrumental Igloo est aussi de haute volée.

Franchement, pour nous faire aimer à ce point du piano-voix, il faut que les chansons et l’interprétation soient remarquables. Elles le sont, ces admirables chansons lentes.

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Léonard Lasry, Me porter chance (29 Music)

On peut en entendre des extraits sur son site.

La ligue des champions

13 décembre 2012

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L’année 2012 en chansons francophones. Voici les meilleurs joueurs. D’ici quelques jours, je publierai un autre billet pour dévoiler les coups de cœur de la plupart de ces lauréats. À suivre.

Meilleurs albums

1) Sébastien Lacombe, Territoires

2) Élisa Point & Léonard Lasry, L’exception

3) Thomas Hellman chante Roland Giguère

4) Tristan Malavoy, Les éléments

5) Daran, L’homme dont les bras sont des branches

La plus belle surprise / le plus original

Domlebo, Chercher noise

Merveilleusement et bellement hors du temps

Alexandre Belliard, Légendes d’un peuple tomes 1 et 2

Espoir

Thierry Bruyère, Le sommeil en continu

Meilleure chanson

Louis-Jean Cormier, Un monstre (paroles et musique de LJ Cormier)

Rééditions

Julien Clerc, coffret L’essentiel (13 cd)

Renaud, Intégrale studio (18 cd)

Les plus nuls

Raphaël, Super-Welter

Benjamin Biolay, Vengeance

Élisa, Élisa

15 février 2012

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La très grande auteure-compositrice-interprète Élisa Point lançait cette semaine en France un nouvel album, cette fois-ci en duo avec le jeune chanteur pop Léonard Lasry, «L’exception».

En 2000, mademoiselle Point avait publié une pure merveille, «La panoplie des heures heureuses», à ranger dans la discothèque idéale.

Élisa, c’est la femme derrière le disque «Comm’ si la terre penchait» de Christophe. Non seulement elle y a écrit quelques textes mais elle a également beaucoup participé à sa conception, pratiquement comme co-réalisatrice (c’est ce que nous apprend la bio du chanteur signée Henry Chartier).

C’est une chanteuse à la toute petite voix, qui murmure des textes délicats, littéraires, souvent mélancoliques ou finement humoristiques. Si elle n’était pas si jeune (la mi-cinquantaine environ), on pourrait dire qu’Élisa Point est l’ancêtre de Clarika.

Le seul problème, si on peut dire, c’est qu’elle est un peu trop prolifique. En 10 ans, elle a multiplié les enregistrements: simples, doubles, triples et même un coffret de cinq cd d’un seul coup! Toujours des chansons inédites…

Musicalement, ça pouvait devenir un peu linéaire. Mais en 2009, elle a formé un duo avec Fabrice Ravel-Chapuis et produit un disque sous le nom de Désolé. C’est devenu plus pop, plus léger. Et ces envolées musicales lui faisaient le plus grand bien.

Elle remet ça aujourd’hui avec Léonard Lasry. Et une première écoute laisse croire que c’est très réussi.

L’envie de la retrouver revient. Et celle, également, de mieux connaître son jeune compagnon créatif.

Clip de leur chanson «Libre»

Élisa et Léonard étaient dans les studios de «Sous les étoiles exactement» de France Inter cette nuit. On peut l’écouter sur le site ou télécharger le podcast. Belle complicité, bonne émission.

La discothèque idéale # 14

20 janvier 2012

Christophe, Comm’ si la terre penchait (2001)

Tout jeune, dans les années 60, Christophe a mal commencé avec des ritournelles comme Les marionnettes et Aline, des succès qui lui collent encore aux basques, quatre décennies plus tard. Il les chante encore aujourd’hui en spectacle. Essayez de laver votre image après ça…

Les années 70 emportent Christophe, transformé en dandy, dans le tourbillon du rock lettré avec des albums splendides et sophistiqués : «Les paradis perdus»; «Les mots bleus»; «Le beau bizarre».

Puis c’est la déchéance. Il se perd dans les années 80, sort un disque électro guère convaincant en 1996 (mais encensé par le micro cercle des  archi fans).

Arrive 2001. «Comm’ si la terre penchait» paraît. De nouveau plutôt électro, mais cette fois avec de fortes mélodies. Aussi planant qu’un vieux Pink Floyd. Le délire. Des textes dingues, poétiques, signés essentiellement de Christophe, Marie Möör et Élisa Point.

Du piano qui s’égrène avec la force d’un volcan, et la délicatesse de perles qui tombent. Des nappes chaudes de synthés.

L’impression d’être happé dans un autre monde, en suspension. Des chansons sublimes.

«Les lumières bleues dansent sur les terrasses
Et les étangs reflètent leurs lumières
Le jour ne vient pas, ça me fait peur
Pourtant je ressens du bonheur

Plus jamais ouvrir de porte
Verser une larme
Vers… l’intérieur
Comm’ si la terre penchait»

Il faut entendre Christophe interpréter ces mots de sa voix impossible pour comprendre que Baudelaire avait bien raison : le beau est souvent bizarre.

(billet publié le 6 février 2008)


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