Posts Tagged ‘Renaud’

T’es vivant?

7 octobre 2017

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Faire des listes, c’est amusant, c’est ludique, c’est badin. Il n’y a que les vieux ronchons nostalgiques qui font la gueule, pendant que les autres débattent, s’indignent, s’émerveillent ou font des découvertes. Et même lorsqu’une liste est consternante de mauvaise foi et d’ignorance (à tout hasard celle des Inrocks sur la chanson française), elle reste stimulante pour nos neurones.

J’ai eu envie de dresser la liste non pas des cinq meilleurs enregistrements en public de la chanson française, mais de mes cinq préférés. On va se garder une petite gêne, un semblant de modestie. Je vous invite dans les commentaires à me faire part de vos choix.

Pour qu’un live soit intéressant, à mon sens, il faut que la foule ne se fasse pas trop entendre, que l’artiste ne blablate pas trop entre les morceaux, que le répertoire couvre une large période. Et si, en prime, on a des inédits jamais repris en studio, le bonheur est complet.

  1. Bernard Lavilliers, T’es vivant? (1978)

Olympia de Paris, mars 1978. L’inspiration de Lavilliers tutoie les sommets, et ses interprétations ont une puissance encore plus grande ici qu’en studio. Il dynamise Juke-box; Fauve d’Amazone; Les barbares; 15e round; Utopia; etc. Des inédits: Capoeira, et l’improvisation incandescente Soleil noir. Sans oublier une de ses chansons les plus déchirantes de toute sa carrière: Sax’aphone. On ignore si le cd de 73 minutes reprend l’intégralité du spectacle, mais on espère que non et qu’un jour on aura droit à une version complète deluxe.

2. Alain Souchon, Défoule sentimentale (1995)

Que dire? Deux décennies de carrière, qu’il revisite de manière explosive et émotivement juste. Et toujours meilleur qu’en studio. C’est particulièrement vrai pour Chanter, c’est lancer des balles; Manivelle; Les regrets; Courrier; Lettre aux dames; Somerset Maugham; Allo maman bobo; etc. Et ça termine sur un fil avec Les filles électriques. Qui laisse pantois. K.O.

3. Jacques Bertin, Café de la danse (1989)

C’est sur scène que Jacques Bertin est à son meilleur, là où il est le plus dénudé et investi. Les  arrangements studio le desservent la plupart du temps, depuis les années 80. Au Café de la danse, il magnifie ses propres chansons, reprend Ferré ou Mouloudji, crée Les nouvelles du soir et il donne une version magistrale de Les chants des hommes, une des plus belles chansons françaises de toute l’Histoire, spécialement dans cet enregistrement.

4. Étienne Daho, Live (2001)

Ses années 80 ont bigrement mal vieilli. Le Daho que j’aime (comme le Bashung d’ailleurs) commence au début des années 90. Daho atteint presque la perfection avec «Corps et armes» en 2000, avec Ouverture en apogée. Cet opus essentiel, il en interprète de larges parts sur ce double cd en public. Mais il n’oublie pas ses classiques nettoyés des arrangements d’origine: Le grand sommeil; en tête. On éprouve un réel plaisir à retrouver ainsi, épurées, ses Week-end à Rome ou Duel au soleil. Et on ne passera pas sous silence la vibrante interprétation de Sur mon cou, un texte de Jean Genet, musique d’Hélène Martin. Éclectique, raffiné et pop, ce très cher Étienne.

5. Maxime Le Forestier, Plutôt guitare (2002)

On ne le dira pas trop fort, mais Maxime Le Forestier a eu lui aussi sa part d’arrangements trop chargés, synthétiques. D’où ce double cd attrayant, où il rechante ses classiques accompagné uniquement par des guitaristes principalement acoustiques: Jean-Félix Lalanne, Manu Galvin et Michel Haumont. Bienheureuses chansons d’être ainsi portées par de tels musiciens. On savoure Comme un arbre; San Francisco; La visite; Ambalaba; Les deux mains prises; etc. Mais comme pour Lavilliers, on en aurait pris encore davantage. C’est un bon signe.

P.-S. En mettant un point final à ce billet, je me rends compte que cinq choix, c’est insuffisant. Il aurait fallu mettre le meilleur enregistrement de Jean-Roger Caussimon («Au Théâtre de la ville»; 1978); le meilleur Martin Léon («Moon Grill»), un ou deux Renaud (chansons réalistes?; «Un Olympia pour moi tout seul»?), Jane Birkin (Olympia 1996)… Et je sens que d’autres me viendront en tête dans quelques minutes…

P.-S. 2 Quelques minutes ont en effet passé, comment ai-je pu oublier ces deux perles de Georges Moustaki que sont «Bobino 70» et «Concert» (Bobino 73)? Je ne mériterai jamais les honneurs des Inrocks. Une vie gâchée, quoi.

P.-S. 3 Et il conviendrait d’ajouter «Sheller en solitaire» et son double cd «Olympiade»… Ainsi qu’Anne Sylvestre

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Morganes de Renaud

23 octobre 2016

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Pour tous les dingues de Renaud, les disques ne suffisent pas. Ils ont envie d’approfondir le sujet, que ce soit par voyeurisme ou pour mieux comprendre l’œuvre. Récemment, les voyeurs, les touristes, se sont précipités sur l’autobiographie signée Renaud Séchan, «Comme un enfant perdu». Hélas, ceux qui connaissent bien le chanteur ont dû se demander s’il en était vraiment l’auteur, tant le style et le ton ne lui ressemblent pas. Où sont passés l’humour, la légèreté, la souplesse? À la fin de l’ouvrage, discrètement, Renaud remercie le journaliste, auteur et biographe Lionel Duroy qui l’a «accompagné, pas à pas, dans l’écriture de ce livre.» Peut-être l’accompagnement a-t-il été poussé trop loin?

Pour retrouver le vrai Renaud, celui qu’on aime depuis qu’on s’est pris en pleine gueule Manu et Me jette pas vers 16 ans, on peut aller relire les singulières et inoubliables chroniques qu’il a écrites pour Charlie Hebdo. L’éditeur Hélium les réédite. On y retrouve intégralement et dans le même ordre les deux précédents recueils («Renaud bille en tête» et «Envoyé spécial chez moi») mais on a enlevé la préface de Philippe Val ainsi que les sous-titres amusants. Dommage. Par contre, on a ajouté une quinzaine de textes inédits en volume mais qui ne sont pas tous de la meilleure encre. On a ainsi loupé l’occasion parfaite de publier d’autres chroniques de Renaud, excellentes celles-là, mais qui ne figurent désormais que sur Internet après la parution dans Charlie. D’ailleurs, au moment de la parution de son nouveau disque au printemps 2016, le chanteur a recommencé à écrire pour l’hebdo satirique, sans oublier une rubrique dans le magazine féministe Causette. Aux dernières nouvelles, il venait de nouveau de lâcher sa pige à Charlie. L’irrésistible chroniqueur de presse est une part importante de l’œuvre de Renaud, et pourtant à notre connaissance aucun ouvrage ne s’y est penché. Comment a-t-il commencé à chroniquer? Dans quel contexte? Comment se passait sa relation avec Charlie, pendant et après sa collaboration? Quelle liberté y avait-il de contredire ses confrères? Quelle influence le chroniqueur québécois Pierre Foglia a-t-il eue sur lui? Voilà des questions qui pourraient être soulevées, avec des témoignages. Qui s’y collera?

Des livres sur Renaud, il en existe plein et on continue à assaillir le marché régulièrement. La plupart du temps, ils sont d’un intérêt très moyen. Passons. Citons plutôt ceux qui sont parmi les meilleurs : le classique d’entre tous, «Le roman de Renaud» (première version) écrit par son frère Thierry Séchan dans les années 80 dans lequel Renaud ajoute des notes manuscrites dans les marges du texte. C’est délicieux, irrésistible, hilarant. On a aussi une affection particulière pour l’essai littéraire «Tatatssin, parole de Renaud!» (2006) que l’on doit à l’auteur et blogueur Baptiste Vignol, mais qui se fait plutôt rare sur les tablettes (l’ouvrage, pas Baptiste).

Vignol avait déjà fait paraître récemment une excellente biographie de Guy Béart (notre critique). Cet automne, sous le titre «Renaud, chansons d’enfer», c’est un livre tout neuf, en grand format, richement illustré de reproduction du recto des pochettes de disques, de unes de magazines et de nombreuses photos (parfois rares ou inédites comme la belle mystérieuse prise au Centre culturel irlandais en 2009). La forme du «scrapbook» le rend attrayant pour les yeux, une véritable et délectable plongée visuelle dans l’univers du chanteur, même si parfois la lisibilité du texte en souffre. Elle en devient saccadée. N’aurait-il pas mieux valu regrouper les témoignages à la fin de chacun des chapitres?

Le cœur du livre, c’est Vignol qui raconte, avec la passion et l’élégance qu’on lui connaît, le parcours de Renaud, disque par disque, chanson par chanson, entre anecdotes et Histoire. L’œuvre est examinée, mais également les idées et les contradictions de l’homme, les combats politiques ou contre les médias, les volte-face, la construction réfléchie du personnage, jusque dans la dégaine et les photos promotionnelles… Le biographe a réalisé des entretiens inédits avec des collaborateurs de Renaud (musiciens/arrangeurs/producteurs/avocat), il reproduit de nombreux extraits de passages radio ou télé, des articles de presse. Un boulot colossal. Il décortique l’œuvre, la commente avec une bienvenue érudition, la remet dans son contexte historique. Il dégote même des chansons rares dans le répertoire de Renaud qui ne figurent même pas dans son recueil de textes ou dans son intégrale cd! Même ceux qui suivent le chanteur énervant depuis 25 ans y apprendront des choses ! Si le biographe décortique Renaud jusque dans ses apparitions dans des films, pourquoi ne pas avoir consacré un chapitre aux chroniques du chanteur?

On peut déplorer que le biographe reste, sauf à de très rares exceptions, dans la description plutôt que dans la critique. On se dit que quelqu’un qui maîtrise aussi bien son sujet aurait pu se «mouiller» un peu plus, au risque de déplaire au principal intéressé et à la cohorte des partisans à tout crin. On reste dans l’éloge. Les occasionnelles remarques négatives sont généralement faites par la bouche des journalistes qu’il cite… Bien sûr, on pourrait chipoter sur certains passages : le clip Morgane de toi qualifié de «majestueux», le slam «Pour Karim, pour Fabien» qu’il prétend «inusable» (en effet, il ne s’usera pas puisqu’on ne le réécoutera jamais)… Le nouvel opus, unanimement célébré? Disons plutôt : parfois tourné en dérision, rendant même les plus rénaldiens un peu honteux et peinés… Haussons les sourcils et passons.

Cet ouvrage minutieux est une épopée de haute tenue qui devrait esbaudir même les plus morganes d’entre nous, qui en apprendront encore un peu plus sur Renaud. Merci qui? Merci, Maudit Français cher confrère. Et comme Vignol publie au rythme d’un insomniaque qui s’amuse, on ne peut que conclure : à suivre.

Francis Hébert

P.-S. Baptiste Vignol réagit et y va d’une précision dans les commentaires ci-dessous.

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Un modeste échantillon…

Du sépia plein la guitare

4 mai 2016

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Les lecteurs les plus attentifs de ce blogue auront remarqué que je ne m’attarde plus aux mauvaises parutions, celles qui sont désespérément à la mode, font frémir la critique l’espace d’une saison. On pourrait toucher deux mots du Renaud fraîchement sorti, et qui n’est pas aussi bon ni mauvais qu’on le prétend. Il faut bien s’y connaître dans l’oeuvre qui renaude, et trier honnêtement. Il contient quelques chansons très belles comme La vie est moche et c’est trop court; Les mots; Héloïse. Quelques mauvaises aussi, comme jadis il avait commis les dérisoires Baltique ou J’ai retrouvé mon flingue, voici Ta batterie; le titre caché slamé ou J’ai embrassé un flic. À propos de celle-ci, la première musique que lui avait offerte son compositeur Michaël Ohayon était plus lente, bien meilleure. Mais Renaud a insisté pour qu’il en change…

On pourrait s’émerveiller du Richard Séguin 2016, «Les horizons nouveaux». Il est excellent. Depuis «Appalaches» en 2011, l’artiste est à son meilleur: mûri, dépouillé, pur. Le folk qu’il pratique désormais lui va à ravir.

C’est un hasard dans mes choix, mais les nouveautés de Renaud et Richard Séguin trônent au sommet des ventes.

Autre retour en force, plus confidentiel celui-là, c’est Guillaume Arsenault. Au moment de la parution de son deuxième cd, j’écrivais ceci dans les pages de l’hebdomadaire Voir le 21 décembre 2006: «Ce second disque du Gaspésien Guillaume Arsenault a des parfums de mer, de marées, des langueurs de contemplatif amoureux de la nature, sans mièvrerie. Ébéniste et voyageur, il rappelle malgré son jeune âge les belles heures des vieux chansonniers québécois ou des chanteurs poétiques français d’une autre époque (Jean-Marie Vivier, Jacques Douai) qui fabriquaient de solides chansons, à l’instar ici de Soldat ou Le nez à la fenêtre. Mais là où se démarque Arsenault, c’est dans l’attention qu’il porte à l’enrobage musical: la rondeur et la chaleur de l’acoustique, avec plein de petites trouvailles. Ces cordes de guitares qui vibrent, en suspension. Ça crée un écrin propice à ses textes «couleur framboise», pour reprendre le titre d’un de ses plus beaux morceaux. Un artiste à suivre de près.» (3, 5 / 5)

Et c’est ce gars-là qu’on retrouve enfin avec son cinquième opus, «De l’autre côté des montagnes», après deux disques qui nous laissaient perplexes dans lesquels il tentait de se «moderniser» du côté de la pop, de l’électro et du… slam.  Mais en 2016, Arsenault revient à ce qu’il sait faire le mieux: du folk intime. Sous une belle pochette sépia, les chansons émouvantes reviennent, et ça fait un bien fou: De l’autre côté des montagnes;  Les jours de pluie; Rappelle-moi; Une guitare, une valise; Dors comme une montagne; etc. Comme chez Renaud, on saute quelques morceaux moins réussis.

Mais comme chez Séguin, on se dit qu’on tient là une pièce majeure de leur répertoire, née loin des métropoles, dans les Cantons-de-l’Est pour l’un, en Gaspésie pour l’autre, là où ils vivent, les pieds dans la terre, peu importe l’air du temps.

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Un extrait du Guillaume Arsenault est en écoute ici

Salut, Renaud!

9 juin 2014

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Deux projets hommage à Renaud paraissent en parallèle ces jours-ci. Un officiel et un clandestin. Naturellement, la presse qui se veut branchée, les snobs et le public plus pointu feront une fête au confidentiel pour mieux mépriser l’autre. Un cd officiel, sur une grosse maison de disques? Pouah! On se pince les narines d’avance, des mois avant le méfait.

Et pourtant…

Mais d’abord précisons que pour des maniaques de chanson française dans mon genre, les versions originales de Renaud, Brassens, Gainsbourg ou Brel seront toujours supérieures aux reprises. Pour Ferré, ça se discute… Le modèle de refonte géniale reste Comme à Ostende par Arno (encore mieux dans la mouture en public). Ça surprend, ça prend aux tripes et ça apporte quelque chose de plus au classique de Caussimon/Ferré.

Commençons par le projet en marge, qui est apparu sur la toile juste avant l’autre. Intitulé Tatatssin (comme le livre de l’auteur Baptiste Vignol, qui en parle ici), il s’agit d’un site Internet qui regroupe une vingtaine de vidéos Youtube. Premier problème: pour écouter l’ensemble, il faut cliquer sur chacune d’elles, une après l’autre, je n’ai pas vu de liste de lecture qui permettrait une écoute suivie. Pénible processus. Deuxièmement, il aurait été trop simple pour les concepteurs de l’ombre de publier clairement le nom des interprètes choisis. Non! Vous pensez bien! C’est banal! Nous, on est original. On met le nom de l’interprète à la toute fin des vidéos Youtube, comme un générique! Probablement pour ne pas déconcentrer l’auditeur, et c’est l’inverse qui se produit… Parmi les interprètes, on trouve plusieurs artistes que j’aime: La Grande Sophie, Ludéal, Louis-Ronan Choisy, Pierre Schott (pour une version reggae de Tant qu’il y aura dans l’ombre qui laisse perplexe). Ils font un travail honnête, mais qui sent quand même l’exercice de style: peu d’émotion passe là. Oublions rapidement la lourdingue relecture de En cloque (par Peter Kröner) ainsi que les gens qui nous infligent du Renaud en hip hop, sans doute dans le pénible but de le remettre à la page. La seule reprise qui force l’admiration est celle de Je m’appelle Galilée par l’inconnue Circé Deslandes, mais on aurait voulu qu’elle ne supprime pas des couplets au passage… Trois couplets, si j’ai bien compté… Pour un poème d’un poète, la retaille peut être nécessaire, mais pour un texte de chanson déjà existante, c’est inadmissible. Une exception à la règle: on a beaucoup apprécié le passage modifié (et très drôle) dans Ma gonzesse. Chapeau à Geoffroy 1er. Si vous avez la patience de cliquer une quarantaine de fois sur votre souris pour entendre ce projet, c’est à cette adresse.

Maintenant, la vilaine grosse maison (à but commercial, re-pouah!) qui met sur le marché un cd ou 33 tours (oh, les ringards, un disque à l’ère numérique!): «La bande à Renaud». Joli titre, jolie pochette.  Et des artistes parfois plus populaires, certes, mais talentueux: Thiéfaine, Raphaël, Biolay, Carla Bruni, Bénabar, Grand Corps Malade, Nicola Sirkis d’Indochine, Nolwenn Leroy, Renan Luce, Jean-Louis Aubert ou Élodie Frégé. On est même allé chercher Benoît Dorémus, dont Renaud avait déjà repris la magnifique Rien à te mettre. Globalement, ils s’en sortent plutôt bien. Mais ils ont eu la mauvaise idée d’inviter le hip hopeur (?) Disiz qui saccage Laisse béton.  La surprise de l’opus? C’est la normalement imbuvable Coeur de pirate, qui réussit à émouvoir avec Mistral gagnant, comme l’avait déjà fait jadis Vanessa Paradis… On me chuchote à l’oreille qu’il pourrait y avoir un volume 2 de «La bande à Renaud», si le succès était au rendez-vous.

Amateur du «chanteur énervant» depuis bientôt un quart de siècle, je souhaite que ses chansons continuent à se propager, de préférence par lui-même, mais sinon grâce à ce type de projets. Et surtout, on peut souhaiter que Renaud se relève de ses galères et se remette à écrire: des chansons, des chroniques, des livres. Car pour paraphraser une préface de Philippe Val dans le jouissif recueil «Bille en tête»: dès qu’il écrit, ça chante.

Ma petite collection Renaud voudrait s’enrichir encore longtemps…

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Lettre au frère de Renaud

5 septembre 2013

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Mon cher Thierry,

On se connaît un peu pour avoir échangé quelques messages, tu me dédicaças fort gentiment ton Bouquin d’enfer, un des nombreux ouvrages que tu as consacrés à ton frangin Renaud, ce chanteur qui occupe une place à part dans mon cœur. Quand on découvre la chanson française, vers 16 ans, avec Manu, Me jette pas, Morgane de toi, ça laisse des traces pour la vie.

Quand j’ai su que tu publiais encore un livre sur Renaud, j’ai soupiré de lassitude. Je me suis rappelé ce que tu écrivais dans Bouquin d’enfer à propos de la manie qu’a ton frère de consacrer des chansons à sa fille Lolita, à chacune des périodes de sa vie. Tu lui conseillais de tourner la page, de creuser un autre sillon. Aujourd’hui, après avoir parcouru Lettres à mon frère Renaud (chez L’Archipel), je t’offrirais le même conseil. Lâche-lui la grappe, à ton frangin. D’autant que cet essai supplémentaire n’apporte rien de neuf dans la compréhension de l’œuvre. C’est davantage un prétexte à parler de toi, à nous servir un Nos amis les chanteurs 5, déguisé. Tout ce que j’ai appris dans ces Lettres, c’est que Renaud a été très généreux envers toi, t’offrant des fringues de luxe, du fric, des boulots payants, etc.

Tu dresses un survol thématique de son œuvre. Mais ça, Baptiste Vignol l’a déjà fait avant toi, et bien mieux, dans Tatatssin, paroles de Renaud! (éditions Tournon).

Pourtant, mon bien cher Thierry, tu ne manques pas de talents. Je me suis régalé de ton hilarant, littéraire et très instructif Le roman de Renaud (1988), je l’ai lu et relu. Les deux premiers tomes de Nos amis les chanteurs étaient un festin d’humour et de bienvenue méchanceté dans ce triste monde de flagornerie qu’est le milieu artistique. J’ai encore en tête quelques-unes de tes formules: la dernière fois qu’on a vu Murat sourire, c’est quand il a appris que les hommes étaient mortels. Je cite de mémoire. Les tomes suivants étaient de trop, tout comme ces Lettres.

En tant que chanteur, tu as aussi offert un très bon deuxième disque (Tu seras comme le ciel) avec le guitariste québécois Luc Fortin (du duo Léveillé-Fortin) aux commandes. Il y a de grandes chansons là-dedans, qui font oublier que le premier cd était assez terne. J’étais dans la minuscule salle de la Place des Arts à Montréal quand tu y as chanté pour la première ou deuxième fois de ta vie en public. Ça devait être la deuxième car tu as pris la peine de faire une revue de presse des critiques parues sur toi le matin même. Tu tremblais comme une feuille tellement tu étais nerveux. Pourtant, tu as été charismatique et hilarant, encore et toujours. Renaud était d’ailleurs venu lui aussi t’encourager ce soir-là. J’étais allé le voir rapido pour lui dire de continuer à écrire des chroniques dans Charlie, que c’était franchement jouissif. Et à toi, aujourd’hui, je ne saurais que trop te recommander de retourner en studio pour enregistrer un troisième opus, plutôt que de chercher des puces à ton chanteur de frère.

Bien à toi,

Francis

La ligue des champions

13 décembre 2012

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L’année 2012 en chansons francophones. Voici les meilleurs joueurs. D’ici quelques jours, je publierai un autre billet pour dévoiler les coups de cœur de la plupart de ces lauréats. À suivre.

Meilleurs albums

1) Sébastien Lacombe, Territoires

2) Élisa Point & Léonard Lasry, L’exception

3) Thomas Hellman chante Roland Giguère

4) Tristan Malavoy, Les éléments

5) Daran, L’homme dont les bras sont des branches

La plus belle surprise / le plus original

Domlebo, Chercher noise

Merveilleusement et bellement hors du temps

Alexandre Belliard, Légendes d’un peuple tomes 1 et 2

Espoir

Thierry Bruyère, Le sommeil en continu

Meilleure chanson

Louis-Jean Cormier, Un monstre (paroles et musique de LJ Cormier)

Rééditions

Julien Clerc, coffret L’essentiel (13 cd)

Renaud, Intégrale studio (18 cd)

Les plus nuls

Raphaël, Super-Welter

Benjamin Biolay, Vengeance

Carnets (2)

9 décembre 2012

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Décembre 2012

Je suis plongé depuis quelques jours dans la nouvelle et très belle intégrale studio de Renaud. Sa carrière discographique a le même âge que moi et – de mémoire – il me semble qu’en février 1975, le gavroche était en studio alors que je m’apprêtais à voir le jour. Si ce n’est pas un lien fort entre nous…

En France, il semblerait que les radios matraquent ses chansons depuis toujours, et que même les amateurs de musique francophone en ont marre, du moins certains. Au Québec, on est assez tranquille de ce côté-là, à peine me souviens-je d’avoir vu le clip de La mère à Titi à la télé.

Du coup, le Québécois de base doit s’y prendre autrement pour découvrir Renaud, et ses disques ensuite ne sont pas si facilement trouvables*. Il y a dix ou vingt ans, ça se méritait, une collection Renaud. Les cd se détaillaient quasiment au double du prix. Et il y a la parlure. Contrairement aux Français, qui comprennent plus aisément la langue populaire ou familière (très peu argotique, comme on l’a souvent dit à tort), au Québec, il faut la décoder, l’apprivoiser. Ensuite, on devient encore plus morgane de lui.

J’ai découvert ses chansons vers 16 ans, par des amies hippies qui l’écoutaient entre Pink Floyd ou The Grapes of Wrath. Ça tournait dans la pièce, j’ai entendu Me jette pas ou Manu, je ne sais plus, en tout cas le spectacle Visage pâle, et c’était parti pour des décennies de plaisir en sa compagnie. Outre la révolte et la tendresse, Renaud est certainement un des chanteurs les plus drôles. Dans ses chansons, dans ses entrevues ou dans ses chroniques à Charlie Hebdo.  Hautement recommandables, ses deux recueils de chroniqueur, Renaud Bille en tête et Envoyé spécial chez moi. Renaud recevait à l’époque les textes de Pierre Foglia chez lui en Europe, il en parle sans le nommer. Foglia lui renverra la balle, en louangeant son premier recueil.

En le réécoutant, en le relisant, on déterre encore des perles qui nous avaient échappées, même si on pensait tout connaître par coeur. Les mots savoureux et charme semblent inventés exprès pour évoquer la plume de Renaud.

Certains disques des années 80 (Morgane de toi; Mistral gagnant et Putain de camion) ont pris des rides, à cause de la surproduction à l’américaine, mais ça ne gâche jamais complètement l’écoute. Renaud, au-dessus du lot, toujours, même quand il est moins inspiré (l’opus Ma gonzesse, par exemple). Une discothèque idéale de la chanson française devrait au moins compter quatre ou cinq de ses disques. Anecdote: il raconte dans un entretien que son deuxième opus s’appelait en fait, à sa sortie, Place de ma mob et que c’est sa maison de disques, devant le succès de la chanson Laisse béton, qui l’a rebaptisé ainsi.

J’ai vu le chanteur deux fois en spectacle, à Québec et à Saint-Jean-sur-Richelieu, ma rivière d’origine. Je connais presque toutes ses chansons par coeur, sauf peut-être les deux ou trois derniers albums. C’est dire la joie et l’angoisse que j’ai ressenties quand je l’ai eu au bout du fil vers 2006 pour une entrevue dans mon hebdo. J’avais eu vent qu’il ne voulait pas en donner mais que le Festival d’été de Québec, qui l’invitait à chanter, lui avait un peu forcé la main…

Je ne lui en ai pas voulu, et ses chansons demeureront un repère dans mon parcours de mélomane francophile. Aux côtés de Brassens et Gainsbourg.

P.-S. De tous les livres que j’ai lus sur Renaud, mon préféré demeure Le roman de Renaud, de son frère Thierry Séchan. Une bio commentée au travers des pages par le chanteur. Mais je n’ai pas encore pu mettre la main sur celui de Baptiste Vignol. S’il me lit…

* Je parle des années 90, avant on m’informe que Renaud passait à la radio québécoise et que ses 33 tours y étaient disponibles… Je précise pour ceux qui ne lisent pas les commentaires rattachés aux billets de blogue. C’est mal de ne pas le faire, sachez-le.

Si on chantait?

17 octobre 2012

Les prochaines semaines réserveront à l’amateur de franco des choses prometteuses ou curieuses (Cabrel chante Dylan en français, Daphné interprète Barbara, le nouveau Biolay, etc.).

Mais la fin d’année c’est surtout une grosse fête pour les collectionneurs, les passionnés toujours à la recherche de plus beau, de plus grand. Le joyeux temps des coffrets! Au Québec, nous aurons une anthologie de Richard Séguin. En France, une nouvelle intégrale de Renaud qui reprend toute son œuvre studio en 18 cd avec un double album de raretés.

De Julien Clerc, on attendait pour l’automne un album pour sa tournée symphonique (ce sera en décembre) mais il y aura aussi juste avant un coffret l’essentiel en 13 cd, choisi par le chanteur… On pourra s’étonner de tel ou tel choix, mais ça risque d’être intéressant.

Et ça c’est sans compter les opus de Catherine Durand, Louis-Jean Cormier, Moran et d’Éric Bélanger sur lesquels nous reviendrons…


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