Archive for octobre 2012

De petites cantates?

24 octobre 2012

Avant de dire la belle surprise que cause le nouvel opus de Daphné, quelques mots sur les coulisses du métier. Depuis quelques années, les journalistes reçoivent des exemplaires promotionnels des dernières nouveautés quand ce n’est pas tout simplement des mp3, parfois sans livret numérique. Un promo est un objet bizarre, la plupart du temps incomplet: pas de paroles, de crédits, de livret, le strict minimum.

Comment le journaliste consciencieux, amoureux de la musique, peut-il bien faire son boulot à partir des ces vulgaires promos? Il doit juger pour le public un disque qu’il n’a qu’à moitié. Or, un album c’est de la musique mais aussi tout un visuel, une esthétique: la pochette, les photos, la direction artistique…

Ici, c’est l’étiquette Naïve qui nous refait le coup, sabotant le travail de l’artiste et du journaliste (et de l’attaché de presse qui n’y peut rien et nous refile un sous-produit, sans doute aussi navré que nous). Normalement, il faudrait boycotter ces entreprises pingres, qui ne respectent pas l’intégrité d’une œuvre ni le métier de critique musical.

Mais ce serait dommage de pénaliser le public et ces chanteurs alors qu’ils n’y sont parfois pour rien…

Ici, Daphné surprend et séduit, il faut le dire bien haut. On n’attendait rien de ce projet, un énième hommage à Barbara. Pire, beaucoup de chansons choisies ont été ressassées depuis des décennies. Qui veut entendre une nouvelle version d’Une petite cantate; La solitude; Göttingen; Si la photo est bonne?

Et pourtant, ça marche. La chimie s’installe. Daphné chante Barbara, et on y croit. La chanteuse a convié trois personnes pour venir faire des duos: Benjamin Biolay, Dominique A et Jean-Louis Aubert. Ceux qui avaient aimé le magnifique Bleu Venise, troisième opus de Daphné, retrouveront ici sa délicatesse, son raffinement musical, sa sensualité.

Ceci dit, on a déjà hâte que Daphné reprenne le chemin des studios avec, espérons-le, son propre répertoire cette fois.

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Cabrel revisite Dylan

22 octobre 2012

Le nouvel album de Francis Cabrel sort aujourd’hui en France et demain au Québec. Il a adapté en français des morceaux de Bob Dylan, comme il l’avait déjà fait il n’y a pas si longtemps pour S’abriter de l’orage et Elle m’appartient, deux réussites.

Il y a au moins trois manières de «recevoir» cet opus:

-ceux qui aiment beaucoup Dylan et pas tellement Cabrel vont ricaner et trouver ça inutile.

-ceux qui suivent Cabrel depuis longtemps en ignorant presque tout de Dylan devraient apprécier ce disque comme une nouvelle étape de la discographie cabrelienne, un bon cru.

-ceux qui aiment à la fois Cabrel et Dylan depuis longtemps, qu’ils ont les deux voix, les deux styles dans l’oreille. Ceux-là doivent se dire qu’ils auraient préféré un Cabrel de chansons originales, que de refaire des classiques comme Juste like a woman ou I want you c’est un peu bizarre ou inutile, mais qu’on peut apprécier quelques titres moins connus dans une version française.

Maintenant, on se rappellera que Cabrel avait déjà réinterprété Brassens et que ces nouvelles versions, contrairement aux originales, se frayaient un chemin sur les ondes des radios commerciales, dans les transports en commun ou lieux publics… On pouvait donc réentendre facilement Brassens trois décennies après sa mort.

Il faut quand même dire que Cabrel, avec Des roses & des orties, son précédent album studio (2008), avait atteint le sommet de son art et qu’on a hâte qu’il se remette vraiment à l’établi, tout respectable que soit son boulot d’adaptation.

 

Si on chantait?

17 octobre 2012

Les prochaines semaines réserveront à l’amateur de franco des choses prometteuses ou curieuses (Cabrel chante Dylan en français, Daphné interprète Barbara, le nouveau Biolay, etc.).

Mais la fin d’année c’est surtout une grosse fête pour les collectionneurs, les passionnés toujours à la recherche de plus beau, de plus grand. Le joyeux temps des coffrets! Au Québec, nous aurons une anthologie de Richard Séguin. En France, une nouvelle intégrale de Renaud qui reprend toute son œuvre studio en 18 cd avec un double album de raretés.

De Julien Clerc, on attendait pour l’automne un album pour sa tournée symphonique (ce sera en décembre) mais il y aura aussi juste avant un coffret l’essentiel en 13 cd, choisi par le chanteur… On pourra s’étonner de tel ou tel choix, mais ça risque d’être intéressant.

Et ça c’est sans compter les opus de Catherine Durand, Louis-Jean Cormier, Moran et d’Éric Bélanger sur lesquels nous reviendrons…

Traversées (1)

11 octobre 2012

Depuis quelques années, la chanson québécoise bouillonne avec des Martin Léon, Philippe B, Monsieur Mono, Pierre Lapointe et tant d’autres. Pour qui aime la musique franco, ce n’est plus tellement en France que ça se passe mais au Québec. Surtout depuis cette rentrée d’automne. En quelques semaines à peine, il est sorti une douzaine de nouveaux albums québécois et cela, uniquement par des artistes déjà intéressants. À ce rythme, impossible d’écouter tout ça sur le moment, il faudra se rattraper plus tard. Pardon aux Pierre Létourneau, Dany Placard ou Brigitte Saint-Aubin qui nous échappent pour l’instant.

Passons rapidement sur le nouveau Yann Perreau, un fourre-tout exaspérant. Touchons deux mots de Territoires, le troisième opus de Sébastien Lacombe, qui revient aux racines folk-pop de son premier disque, fort heureusement, le deuxième étant à oublier. Lacombe nous redonne envie de le parcourir, et c’est ce que devraient faire ceux qui aiment Catherine Durand ou Sylvie Paquette.

La grande surprise de la rentrée, c’est que Luc de Larochellière sort un nouveau disque en duo avec Andrea Lindsay. Une union pour le moins étrange entre un chanteur pop qui a atteint la maturité artistique avec le magnifique Un toi dans ma tête et une toute jeune et toute fraîche chanteuse qui singe le yé-yé. Mais on apprend qu’ils forment également un couple dans la vie, alors pourquoi pas un doublé amoureux? Ça démarre très mal dans le néo yé-yé. Puis arrive la troisième chanson, Mad Dogs and Englishmen, dont seul le titre est en anglais, c’est joli et signé – comme deux ou trois autres – par Lindsay. La majorité des autres chansons sont de Luc, avec parfois la collaboration de sa comparse. Un album qui ne bouleversera pas la chanson québécoise comme le faisait Un toi dans ma tête, mais qu’on prendra plaisir à réécouter.

Facebookeries

7 octobre 2012

Quand j’ai débuté ce blogue, en juin 2011, un ami m’a fortement suggéré de m’ouvrir un compte sur Facebook afin d’en faire la promotion. Perplexe et réfractaire aux réseaux sociaux (surtout quand il y a des milliers de disques, de livres et de téléséries qui nous attendent), je me suis quand même mis à facebooker.

Effectivement, pour qui aime les échanges d’idées, les débats se font dorénavant beaucoup moins dans les journaux que sur les réseaux sociaux. Qu’on le veuille ou non, c’est là que ça se passe.

Par conséquent, lecteurs, ne vous étonnez pas de ne voir presqu’aucun commentaire directement sur ce blogue. Il faut aller sur Facebook (ma page). Ainsi, mon dernier billet ici a créé une petite tempête là-bas. Quelques personnes ont partagé mon texte sur leur mur perso, ouvrant plusieurs conversations en parallèle. Pas toujours faciles à suivre…

En gros, il y a eu des insultes et des éloges envers Cormier ou moi, plusieurs personnes semblaient s’entendre pour dire qu’un journaliste qui connaît vraiment son domaine aurait été plus approprié pour interroger Anne Sylvestre (au-delà du papier de Cormier qui se débrouille toujours pour bien faire passer la pilule). On aurait voulu plus de profondeur.

Mais à ma connaissance, personne n’a répondu à ça: est-ce qu’un quotidien comme Le Devoir (que l’on compare souvent au Monde) devrait mieux choisir ses chefs de rubrique? Je reste persuadé que jamais on ne confierait un article sur le théâtre ou le roman étranger au premier venu. Cormier n’est pas le premier venu en musique, mais en chanson française, oui.

J’ai eu des échanges privés avec des gens qui sont plutôt d’accord avec moi là-dessus, sur le fait que Cormier ne devrait pas s’octroyer la chanson française au Devoir ni à la radio, mais ils préfèrent rester dans l’anonymat.

Dommage car le débat reste ouvert et pertinent.

Coup de gueule francophone

3 octobre 2012

La semaine dernière, le quotidien Le Devoir prouvait encore une fois son mépris de la chanson française en publiant un article de Sylvain Cormier sur Anne Sylvestre. Dans son texte, le chroniqueur de variétés, grand amateur de Beatles et de Beach Boys, avouait ne pas connaître Sylvestre, jusqu’à tout récemment, pour préparer une entrevue avec elle. Quand on sait que la dame est une des plus grandes de toute l’histoire de la chanson, que ça fait plus de 50 ans qu’elle chante, il y a de quoi se poser des questions.

On se rappellera aussi que Cormier avait déjà avoué que, avant de faire de la critique chaque semaine dans l’émission de radio de Monique Giroux, il ne s’intéressait pas vraiment à la chanson française… Quand on sait toute l’affection que Giroux a pour les chanteurs d’outre-Atlantique, on peut se demander pourquoi c’est à Cormier qu’on a confié cette tâche essentielle. Pourtant, au Québec, on en trouve des journalistes amoureux de la chanson française. Je pourrais citer des noms. Au moins deux…

Je l’ai déjà mentionné ici, Sylvain Cormier est un des meilleurs journalistes culturels au Québec. Mais en chanson française, il n’a pas sa place. Qu’un journal soi-disant sérieux comme Le Devoir lui donne carte blanche ainsi laisse perplexe. Donnerait-on une rubrique littéraire à un journaliste qui n’aurait pas lu un minimum ses classiques? Une tribune sur le théâtre à un chroniqueur de jazz?

Ça rappelle quand Robert Lévesque, il y a 20 ans, déplorait qu’à l’émission de télé La bande des six, n’importe qui faisait de la critique d’une pièce sans être jamais allé au théâtre. C’est méprisant pour le théâtre, en concluait-il.

C’est la même chose pour la chanson. Ce n’est pas seulement Anne Sylvestre qui mérite mieux qu’un texte de Cormier, c’est tout l’art qu’elle pratique.

Pendant ce temps, on dévoile la programmation du festival Coup de coeur francophone. Ça ne cesse de décliner d’année en année. On ne prend même plus la peine d’inviter des artistes européens, ou si peu (Suarez et La Grande Sophie pour 2012). Quand on pense qu’on a déjà eu des Allain Leprest, Romain Didier, etc.

Ça fait peine à voir. Plusieurs artistes québécois de la programmation sont vraiment très bons, on est content pour eux que les journalistes étrangers ou des voyageurs puissent les découvrir ici. Mais le Coup de coeur ne s’adresse-t-il pas d’abord et avant tout au public québécois?

Et les amoureux québécois de la chanson, ce qu’ils sont en droit d’espérer d’un festival, c’est de la grande visite européenne, pas des gens qu’on peut voir tous les jours dans une salle près de chez nous.


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