Je connais des îles lointaines

030746

C’est un peu ironique, au fond.

Certains artistes aiment tellement les poètes qu’ils s’appliquent à les mettre en musique. À travers les décennies, les réussites sont nombreuses: Léo Ferré, Monique Morelli, Gérard Pierron, pour ne citer que trois exemples majestueux, ont interprété Verlaine, Aragon, Louis Brauquier (à qui j’emprunte le titre de ce billet, pour frimer) ou Gaston Couté. Au Québec, les 12 hommes rapaillés ont colporté la poésie de Gaston Miron, et Villeray celle de St-Denys Garneau. Mais pour de nombreux auditeurs (pas tous, mais une bonne partie), ça n’ira pas plus loin. Ils ne deviendront pas pour autant lecteur de poèmes.

Et ce n’est pas nécessairement plus mal. On peut très bien adorer quand Ferré chante Rimbaud et ne prendre aucun plaisir à le lire. Les chanteurs, quand ils ont ce talent, savent alléger, adapter les poèmes pour les transformer en chansons. Ils insufflent une magie aux vers par la grâce des notes, de la voix.

Ceci pour dire qu’il n’est pas certain que Thomas Hellman fasse vendre des recueils de poésies de Roland Giguère (écrivain québécois, 1929-2003), mais que les amateurs de chansons lui doivent encore une fois un sacré coup de chapeau pour ce nouvel album de treize chansons inédites.

Après une incursion dans le folk anglo, Hellman signait en 2005 un disque magistral d’auteur-compositeur-inteprète, L’appartement, une référence de la chanson québécoise. La parution suivante (Prêts, partez) était cafouilleuse, le chanteur cherchait à renouveler son style. Aujourd’hui, avec son projet Thomas Hellman chante Roland Giguère, il revient au son développé sur L’appartement et qu’il est le seul à pratiquer en nos terres francophiles. Une sorte d’americana québécois à la française!

Pour chanter Giguère, le musicien y va dans le dépouillement, l’acoustique: essentiellement, piano, guitare, contrebasse, parfois un peu de banjo. Et la voix chaude de l’interprète, suave, pénétrante.

C’est remarquable. Même pas besoin de s’intéresser à la poésie, ni à Giguère, il suffit d’aimer la chanson sobre et poétique, la finesse d’Hellman pour se laisser enchanter.

L’album est disponible en format numérique (ou «digital» si vous causez comme les Frenchy), mais il serait dommage de se priver de la version livre-disque que publient les éditions de l’Hexagone. Un objet superbe! Un beau livre cartonné, avec des illustrations et des manuscrits de poète qui était aussi peintre et graveur (merci, Wikipédia!). Les paroles des chansons sont reproduites. On trouve une préface d’Évelyne de la Chenelière (qu’on peut entendre sur un titre du disque) et un texte de présentation très intéressant où Hellman explique les circonstances de la création du projet.

À prendre le temps de découvrir. Certains disques se méritent, celui-ci en est un.

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