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La chanson des crapauds

20 mai 2015

crapauds

Dieu que cet ouvrage fait plaisir: réunir une sélection de billets parus sur «Crapauds et rossignols», un blogue que je fréquente régulièrement depuis son ouverture il y a environ deux ans. Il y est essentiellement question de chanson française poétique, avec un soupçon de folk américain, de yéyé… Les trois auteurs ont beau s’en défendre, clamer l’éclectisme: on perçoit assez clairement où le coeur des amis penche. Ils peuvent ricaner, mais les plus belles pages de «La chanson des trois gars» célèbrent la chanson française de qualité, que l’on nomme ironiquement CFQ, si j’ai bien suivi…

Ils doivent avoir la soixantaine, ces trois gars-là, ils aiment la chanson ou l’ont aimée dans les années 60 et 70. L’auteur-compositeur-interprète Pierre Delorme, à qui l’on doit par ailleurs de merveilleux disques de CFQ, semble le plus nostalgique de la bande. Souvent, il écrit des réflexions pertinentes et émouvantes (sur la guitare, notamment), mais il lui arrive aussi de croasser des propos parfois à la limite de l’aveuglement passéiste, ainsi que des attaques sournoises contre les gens du métier (chanteurs, journalistes, etc.). Un peu comme ce bout de phrase, oui. Bien vu.

En revanche, Floréal Melgar, qui a longtemps animé le forum Léo-Ferré et cofondé Radio-Libertaire, y signe des pages très sensibles sur les spectacles auxquels il continue d’assister avec assiduité et un sens de l’émerveillement qui l’honore. Avec lui, on s’enfouit dans les salles parisiennes pour y découvrir ou retrouver certains artistes de la marge. Quant au dernier, René Troin, il se présente comme un «expert chanson sans assurance». Ça donne le ton. Troin navigue entre les souvenirs de vieux 45 tours de sa jeunesse et un intérêt pour certaines productions actuelles.

Chez les trois blogueurs, malgré les qualités et défauts de chacun, on remarque certaines constances qui font le vrai plaisir de la lecture. D’abord, une écriture vive et élégante. Ensuite, un sens de l’humour, de l’ironie, de l’autodérision et un goût pour la polémique, parfois de mauvaise foi, qui font un réel bien dans le discours souvent conformiste de la chanson de qualité. Et enfin, on apprécie la posture intellectuelle que prennent ces billets de blogue. Les auteurs cherchent à avoir une vue d’ensemble, à analyser la chanson, avec amour et passion, mais aussi en la démontant pour savoir ce qui se cache à l’intérieur. Une chanson, qu’est-ce qu’il y a à l’intérieur d’une chanson?

La démarche des trois gars rappelle celle des universitaires et des écrivains quand ils décident d’analyser la chanson, mais sans la condescendance, fort heureusement.

Cet essai fait partie de la nouvelle collection «Autres Chants» de L’Harmattan. Malgré tout le bonheur de lecture qu’il nous donne, on aurait aimé qu’il ne soit pas séparé en sections thématiques. On a tendance à faire la même erreur avec les recueils de chroniques. Ça alourdit, ça débalance: certains chapitres sont trop lourds ou trop longs, d’autres trop brefs et légers. L’ordre naturel, qui stimule, étonne, tient éveillé, est le banal mais ô combien précieux chronologique.

Globalement, «La chanson des trois gars» élève le débat. Et stimule la curiosité et les sourires. Doux rossignols, quand reviendrez-vous, vous qui avez le coeur gai?

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