Archive for novembre 2015

Viser juste

27 novembre 2015

coyote

Pour le mensuel L’entracte (décembre 2015), j’ai réalisé cet entretien avec Tire le coyote qui, avec Philippe B, représente ce que la chanson québécoise peut faire de mieux actuellement…

Tire le coyote: viser juste

Voici une des voix et des plumes les plus singulières de la chanson québécoise contemporaine. Le country-folk, métissé d’une louche de rock, de Tire le coyote rameute les éloges et les publics variés. À la ville comme à la campagne, le projet solo de Benoît Pinette fait chavirer les coeurs à coup de guitares acoustiques, d’harmonica, et ses textes qui vagabondent en territoires québécois.

Avec sa barbe, son allure de bûcheron et ses chansons rugueuses quelquefois trempées de joual, Tire le coyote récolte les bravos. Pour son troisième album studio, «Panorama» (2015), il est déjà en nomination aux galas de l’ADISQ et du GAMIQ dans la catégorie folk et choix de la critique… Plus on écoute ses disques, plus on les aime. Il faut d’abord apprivoiser sa voix haut perchée, si inhabituelle dans la musique pop québécoise. Il suffit de l’entendre une première fois pour ne plus l’oublier: «Ça m’a pris du temps à assumer ma voix. J’étais conscient qu’elle était différente. Dans le premier album, la voix est beaucoup à l’arrière dans le mix, explique Benoît Pinette. Puis, pour le deuxième, il y a eu inconsciemment une volonté de dire: ça passe ou ça casse. Voici ce que je suis. Aimer ou pas, mais moi j’aurai mis de l’avant ce que je suis vraiment. Il y aussi un désir de déstabiliser.» Il cite l’exemple de Neil Young et Richard Desjardins, deux chanteurs qu’il apprécie particulièrement, dont la voix était loin de faire l’unanimité à leurs débuts. C’est d’ailleurs l’artiste abitibien qui lui a donné le goût de la chanson québécoise.

Originaire de Sherbrooke, Pinette a étudié la littérature à l’université Laval à Québec. Ses textes, poétiques et imagés, sont empreints de références au fleuve, aux paysages québécois (Kamouraska), aux chanteurs qui lui semblent chers (de Renée Martel au rock vicieux du Velvet Underground). Ce grand écart dans les références musicales explique peut-être qu’il touche un public si large, allant des jeunes branchés urbains aux gens qui vivent en terres éloignées: «Le public est de plus en plus au rendez-vous. On a eu un gros été, on est allé jusqu’en Gaspésie et aux îles-de-la-Madeleine. On avait des salles sold-out, alors que je m’attendais à ce qu’il n’y ait pas trop de monde. Le mot se passe.»

Pinette se décrit comme quelqu’un qui aime les grands espaces, la nature. La ville a très peu de place dans ses textes. Il habite Québec, mais a des amis dans Charlevoix, à l’île-aux-coudres: «Je fais de la chanson folk, je suis très passionné par l’histoire de cette musique. Celle-ci a toujours été près du peuple, avec un côté rural. Il y a deux ans, j’étais allé faire un spectacle à Kamouraska, avec mon guitariste dans une micro-brasserie. Une dame est venue nous jaser, elle nous a raconté sa vie.» Et le chanteur s’en est inspiré pour une chanson, présente sur «Panorama», un disque de route très réussi.

On sent chez lui une vraie tendresse, une humanité qui font du bien à écouter. Et sans négliger une fibre littéraire qui sait viser juste, épater par sa maîtrise d’écriture. Si le coyote a trouvé son style à partir de «Mitan» (2013), son deuxième opus, avec «Panorama», il va encore plus loin et son morceau Rapiécer l’avenir est un sommet troublant à arpenter. «Le nom Tire le coyote a été choisi pour contraster avec la lenteur et la mélancolie des chansons, avec un petit côté cowboy. C’est un projet solo mais ouvert aux collaborations. Les arrangements se font en groupe.»

En bande, il s’amène chanter à Saint-Jean. «Sur scène, il finit toujours par y avoir un aspect plus rock. Mais personnellement, je compose tout à partir d’une guitare acoustique et je tiens à ce côté-là.»

Francis Hébert

Pour écouter la chanson Calfeutrer les failles, cliquer ici

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Une mosaïque française

18 novembre 2015

canetti

Voilà le type de parutions qui émerveille. Un coffret au format vinyle contenant un joli panorama des albums du producteur français Jacques Canetti. Deux 33 tours (et deux cd qui en reprennent le contenu), une grande feuille reproduisant quelques-unes des belles affiches de spectacles des années 50 et 60, des photos, un son de qualité (haute résolution 32 bit), courts textes de présentations… Il ne manque que les paroles.

Une flopée de bonnes chansons de Jacques Brel, Georges Brassens, Boris Vian, Yves Montand, Cora Vaucaire, Juliette Gréco, Serge Reggiani, Serge Gainsbourg, Jeanne Moreau (Fille d’amour, à redécouvrir), Jacques Higelin tout jeunot, Brigitte Fontaine encore verte, Mouloudji, Monique Morelli… On revisite nos classiques, on retend l’oreille à des interprètes moins reconnus (Judith Magre, Éric Robrecht, Zette, Bee Michelin, Bruno Brel, le neveu de Jacques). Sans oublier quelques acteurs qui récitent de brefs extraits: Pierre Brasseur, Simone Signoret, Philippe Noiret.

Quelle joie de retrouver Catherine Sauvage dans cette version grandiose de À tous les enfants (Boris Vian / Claude Vence), chanson de révolte extrêmement poignante. Que ceux qui pensent connaître le répertoire français sur le bout du coeur tendent l’oreille: stupéfaction d’entendre l’actrice Emmanuelle Riva chanter de manière si émouvante! On cherche, on ne trouve pas de disque complet d’elle. Dommage!

Malgré la diversité des inspirations et des époques, ce double album a été assemblé avec soins, la cohérence artistique n’en souffre pas.

Une grande réussite qui donne envie de se remettre sérieusement à l’élégance du vinyle, avec des pochettes qui se déplient, et qui en mettent plein les yeux, à l’instar de ce «Les années Canetti – L’esprit chanson française».

 


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