Archive for avril 2012

Enfantillages

27 avril 2012

Dans le milieu du journalisme et des artistes, comme partout ailleurs j’imagine, il existe des guerres de clochers, des vieilles rancunes qui persistent, beaucoup de mauvaise foi et des bouderies.

Tel webzine branché va ignorer telle autre revue tout aussi branchouille, chacun va élaborer des stratégies, tout ça parce qu’ils sont en compétition permanente. En fait, ils se sentent en compétition. Dans la réalité, les lecteurs se fichent bien de ces querelles, des magouilles, et veulent juste s’informer le mieux possible.

Il y a également des artistes qui en veulent à mort à la critique, jusqu’à ce que celle-ci dise du bien d’eux, alors là, la critique est élogieuse, elle est grande, elle est généreuse. Sinon, la critique est mesquine.

En décembre dernier, au moment de mon palmarès de fin d’année, j’avais écrit un billet dans lequel j’exprimais ma déception envers Martin Léon. Moi qui avais adoré le précédent, qui considère que «Moon grill» est un des meilleurs albums québécois des 10 dernières années. Eh bien, me suis-je mal exprimé?, on dirait que oui. Peut-être a-t-on compris que je dénigrais l’ensemble de l’oeuvre martinléoniene? Car sa maison de disques me boude, désormais. Elle ne répond plus aux courriels. Si ce n’est pas un comportement enfantin, on peut se demander ce que c’est. On n’accepte pas la critique. De la part d’une étiquette importante comme La Tribu, on peut être perplexe devant une telle attitude.

Il y a pas mal de journalistes ou de médias qui, à ma place, se mettraient à boycotter tous les artistes de La Tribu.

Or, il ne saurait en être question. Car qui y perdrait? Le lecteur. Et c’est toujours à lui qu’il faut penser quand on travaille dans l’information. Pas le gérant, pas même l’artiste: celui qui aime la culture, souhaite qu’on l’informe honnêtement, sans guerre de clans. Va-t-on se priver de Léo Ferré sous prétexte qu’il est produit par Universal et que celle-ci prouve régulièrement qu’elle se fout complètement du mélomane et lui préfère l’acheteur?

Sur ce blogue, je n’alimenterai pas les chicanes de clochers, la médisance et la mauvaise foi. Les enfantillages règnent partout, les magouilles, itou. On planifie ses coups, on patauge dans l’opportunisme. Pas ici. Seule m’importe la qualité de l’oeuvre.

Et c’est pourquoi il faudra bien oublier, même si c’est difficile, les vieilles disputes pour écouter les disques au présent, sans parti pris.

Francos 2012

24 avril 2012

Bénabar enfin à Montréal!

Chaque année, c’est la même chose: les mélomanes pointus ont le regard tourné vers l’Europe. Et ils espèrent que les festivals combleront leurs attentes. Il y a tellement d’artistes qui ne se produisent au Québec que lors des grands festivals. On regarde du côté du Festival d’été de Québec, qui chaque année délaisse un peu plus le franco. Pour célébrer la langue française en chanson, il reste le Coup de coeur francophone et les Francofolies de Montréal.

Et chaque année, on attend des chanteurs qui ne viennent jamais. Soit ils ne peuvent pas venir, soit ils coûtent trop cher, soit ils sont en vacances, soit ils ne tournent pas, etc.

Il faut par ailleurs déplorer le jeunisme à tout crin de Laurent Saulnier, programmateur en chef depuis plusieurs années. Il s’est mis en tête de rajeunir les Francos, multipliant les séries hip hop et tout le bazar, ce qui peut être intéressant pour un certain public, mais rejetant désormais tout un pan important de la chanson: celle à texte, ou dite «poétique». Et c’est toute une partie de Francofous qui depuis se sentent floués, tassés dans un coin. De mémoire, un seul représentant de ce répertoire poétique (jadis appelé rive gauche, si vous préférez) a été au programme des Francofolies de Montréal au cours des dernières années: Anne Sylvestre. Ce n’est pas suffisant. On a dédié une édition des Francos à Gainsbourg, mais serait-ce trop demander à un important festival de mettre en lumière un peu les enfants de Brassens et Ferré, par exemple?

Cette année encore, on va devoir oublier Vincent Delerm et plein d’autres qu’on attend pour jeter un oeil sur la programmation 2012 des Francos.

Pour ceux qui l’auraient raté, Philippe B est de retour avec le Quatuor Molinari. Même si on peut préférer ce grand artiste en solo avec sa guitare, il s’agit d’un événement musical important. On ne dira jamais assez à quel point son dernier disque, «Variations fantômes», est immense. Un album qui réussit le pari difficile de rassembler à peu près tous les journalistes musicaux au Québec.

Marie-Pierre Arthur a séduit pas mal de monde également avec son deuxième opus, mais on pourra également surveiller en première partie Claire Denamur, dont le nouveau disque est à recommander (commenté ici).

Il faudra également surveiller Domlebo qui présente son fameux et très beau «Chercher noise» sur scène avec de nombreux invités.

Jean-Louis Murat est de passage, certains seront ravis, mais on peut se réjouir bien davantage du premier spectacle montréalais de Bénabar. Ceux que ses disques n’ont pas convaincus devraient le voir sur scène, c’est un animal charismatique, follement énergique. À le voir il y a quelques années bondir sur des planches parisiennes, on aurait cru un kangourou. Mémorable!

On pourra aussi surveiller le groupe rock français Eiffel, dans la lignée de Noir Désir.

Cali sera là. S’il pouvait se décider à changer un peu de registre, et ne plus donner systématiquement le même spectacle peu importe l’année, le lieu ou le public, ça ne lui ferait pas tort. Cette fois, il sera accompagné par le pianiste Steve Nieve.

En clôture, une soirée qui promet d’être très belle: Julien Clerc symphonique, avec en première partie Uminski.

Pour les spectacles extérieurs, il faudra attendre le dévoilement… Croisons les doigts pour que nous ayons des chanteurs européens peu connus et intéressants.

Rivard dans les nuages

22 avril 2012

 

Certains journalistes, pourtant assez expérimentés, confondent encore la chronique, où le «je» est admissible, voire souhaitable, et la critique de spectacles et de disques où les souvenirs personnels, le dévoilement de la vie privée sont totalement hors sujet. Régulièrement, à lire leurs recensions, on a envie de leur dire: «Hé, on s’en fout de ta douce aimée, de ton enfance, parle de l’oeuvre!». Il ne faut pas leur en vouloir, ils se prennent pour des «rock critics» à la française, quatre décennies en retard.

Mais il est vrai que la musique se juge souvent, hélas, à l’aune des souvenirs. La réédition de «Un trou dans les nuages», de Michel Rivard, amène la question: pour qu’un album soit considéré comme grand, doit-il absolument pouvoir traverser le temps? Si on prend un auditeur d’aujourd’hui ou qui était à l’étranger au cours des 25 dernières années, peut-il apprécier cet opus qui transpire de part en part les années 80 et ses synthétiseurs? En entrevue, le chanteur confie qu’il s’agit d’une fausse batterie, programmée!

Sans le renier, Rivard lui-même semble un peu gêné du «gros son» de ce disque de 1987. Il s’était inspiré de Peter Gabriel. Le succès a été considérable, mais il a reperdu une bonne partie de son public à l’album suivant. Le grand public ne s’intéressait pas au Rivard que les amateurs de chanson aiment: avec une guitare en bois, des arrangements simples.

Cette réédition est soignée. Il n’y a pas eu de véritable remastérisation mais quelques retouches qui n’apparaissent pas à l’oreille humaine. Quelques brefs témoignages d’artistes d’ici parlent de l’importance qu’il a eu dans leur vie. Un livret avec les paroles des chansons. Et un DVD d’un spectacle de 1988 au Théâtre Denise-Pelletier. On aurait aimé que l’artiste nous offre, en bonus,  une version acoustique de ces morceaux, pour savoir ce qu’ils ont vraiment dans le ventre.

Mais sinon, ça devrait plaire aux nostalgiques ou pour les jeunes qui veulent connaître notre histoire musicale.

Michel Rivard est actuellement en mini-tournée québécoise avec son groupe habituel pour présenter un spectacle qui n’est pas un hommage à Un trou dans les nuages, mais une rétrospective de ses quatre décennies de carrière, avec un passage obligé (et attendu) par Beau Dommage.

Les dates

La discothèque idéale # 16

13 avril 2012

Françoise Hardy, La question (1971)

Méconnu du grand public et vénéré par certains chanteurs (Daho, Keren Ann, etc.), «La question» est ce qu’on appelle un disque culte. On se passe le mot depuis trois décennies. C’est peut-être la plus belle chose qu’a offerte Françoise Hardy.

Elle s’y connaît en bouleversantes chansons, la dame. Les déchirures, les ruptures, les tempêtes sans enflure. De la haute couture. Sur «La question», la chanson éponyme donne le ton :

Je ne sais pas pourquoi je reste
Dans cette mer où je me noie

Tu es le sang de ma blessure
Tu es le feu de ma brûlure

Ces mots, susurrés par une des voix françaises les plus sensuelles, sont magnifiés par l’interprétation à la fois grandiose et discrète de la chanteuse. Et aussi, tout l’album est porté, soulevé par la guitariste brésilienne Tuca qui signe presque toutes les musiques. Sa guitare et la voix de Françoise se baladent dans les sphères de la pureté, la beauté inouïe.

Et ces chansons restent en tête pour toujours, comme un air de violon lancinant.

(billet publié le 19 juin 2008)


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