Archive for juin 2012

Une fille dans le vent

12 juin 2012

Catherine Durand vient de se produire aux Francos, à l’extérieur, avec un bon petit vent qui nous rafraîchissait (un peu). La première fois que je l’ai rencontrée, c’était autour de 2005 pour une entrevue avec quatre chanteuses québécoises chez l’une d’entre elles, Ginette, à deux pas de chez moi. C’était un repas entre filles, moi j’étais l’envoyé spécial chez elle. J’écoutais mine de rien les discussions privées, et je relançais sur la voie professionnelle quand ça dérapait. Ensuite, elles ont «jamé» ensemble, Catherine les accompagnait à la guitare quand elle ne chantait pas, dieu que c’était beau. J’avais titré mon papier: Quatre filles dans le vent. (Ah non, je ne vais pas refaire le coup de la critique nombriliste deux fois de suite. D’autant que j’ai croisé un représentant du Devoir ce soir et qu’il fera ça sans doute mieux que moi…)

C’est toujours un plaisir de retrouver Catherine Durand depuis 2005, depuis son album de la maturité artistique Diaporama jusqu’au suivant Coeurs migratoires. Elle a d’ailleurs chanté la chanson titre de ce dernier, sur un texte de Tristan Malavoy (encore lui? c’est une conspiration ou quoi? si au cours des prochains jours vous entendez Sting ou Gordon Lightfoot interpréter du Malavoy à Montréal, il faudra se poser des questions si ce n’est pas un complot poétique pour envahir la ville).

On retrouvait donc avec joie son folk doux, et sa bonne tête. Pour l’accompagner, outre son réalisateur Jocelyn Tellier aux guitares, il y avait les frères Chartrain (Marc et Guillaume, qui jouent désormais avec Daran). Jusqu’ici, tout va bien. Mais… comme elle sort un nouvel album en septembre, elle a bien sûr interprété quelques inédits qui, à tout le moins, beurrés de guitares électriques, laissent perplexes. Certes, les artistes ont le droit et même le devoir d’évoluer, de prendre des risques, mais ils peuvent aussi foncer droit dans le mur. Quand on a envie d’écouter de la bonne musique «planante», qui groove, on peut se mettre un vieux Pink Floyd ou Martin Léon. Qui pensera à Catherine Durand et qui, parmi les amateurs de six-cordes acoustiques, voudra la suivre là-dedans?

Attendons le disque complet pour juger, mais permettez-nous d’être sceptiques face à ce virage artistique.

Pour le moment, si on aime le folk débranché, les chansons de route, rendez-vous ce mardi soir même pour y entendre Claire Denamur. Souhaitons-lui une foule aussi enthousiaste et nombreuse, pour ce type d’événements feutrés, bien entendu.

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Le «je» est détestable

10 juin 2012

Pourquoi ne pas faire un billet un peu narcissique où je vais parler de moi dans une critique sans que ce ne soit aucunement nécessaire? Ce sera mon hommage au journaliste du Devoir Sylvain Cormier. Avec des phrases tarabiscotées, ce sera encore mieux. Je taquine Cormier régulièrement mais je l’aime bien, c’est sans doute le meilleur journaliste musical avec Claude Gingras au Québec. Ceux-là, au moins, on ne les accusera pas de ne pas savoir écrire ou d’être ennuyeux. J’attends toujours une anthologie des critiques de spectacles de Gingras, ce serait réjouissant, miraculeux, formidable, démesurément chouette!

Ainsi, quand j’ai écrit récemment un texte ici pour célébrer le nouvel album de Tristan Malavoy, jadis mon patron au Voir, un des mes anciens collègues, tendrement facétieux, qui était au courant de mes «différends» avec Malavoy, m’a envoyé un mot:

-Tu es comme Jésus, toi, on te frappe et tu tends l’autre joue…

J’ai éclaté de rire. Mais que pouvais-je répondre d’autre que: son disque est bon, je ne vais pas écrire le contraire…

Alors ce soir, pour le spectacle extérieur de Malavoy aux Francofolies de Montréal, on ne peut que remettre ça. On peut déplorer l’heure de la représentation (17 h pour écouter des chansons douces et poétiques, ça ne va pas du tout), on peut regretter qu’en déplaçant la scène Espace vert, on ait amélioré la qualité d’écoute mais qu’on préférerait l’ancienne pelouse à l’actuel béton. Mais lui, il n’y est pour rien.

L’auteur-compositeur-interprète a fait son boulot de manière professionnelle, comme chaque fois que je l’ai vu. Un très bon spectacle. La chanteuse Amylie lui a donné la réplique bellement, les musiciens (basse-claviers-batterie) l’ont solidement appuyé. Et, encore une fois, c’est à se demander si sa reprise de Jean-Louis Murat (Le lien défait) n’est pas supérieure à l’originale. (Oups, ça fait longtemps que je n’ai pas parlé de moi, il faut y remédier. Hop! du nerf!)

Personnellement, je ne suis pas fou de Murat, je le trouve nettement surévalué, mais cette chanson vaut le détour. (Que puis-je rajouter d’autre pour continuer une critique narcissique?) J’ai trouvé, comme d’habitude, que Tristan ressemblait au Petit Prince, qu’il chante merveilleusement bien et qu’il faudrait être fichtrement de mauvaise foi pour ne pas le célébrer à sa juste valeur, sous prétexte qu’il dirige un journal concurrent, qu’il passe à la télé, participe à des recueils littéraires collectifs (au moins un) ou que ses parents sont célèbres, pourquoi pas?

J’avais chaud aux Francos, mais je suis quand même resté jusqu’à la fin. J’étais content parce que j’avais mal aux dents depuis trois jours et que ce dimanche, j’ai été guéri miraculeusement.

Quelle chaleur à Montréal, je pourrais dire on se croirait à Spa, mais je n’y suis jamais allé.

Assez de «je» pour aujourd’hui. Qui disait qu’il était détestable, déjà?

Je pourrais rajouter quelques vacheries sur le Tristan Malavoy patron de presse, mais je vais m’abstenir. Ce qu’il chante est trop beau. Dégageons l’horizon du passé et réécoutons-le.

Les filles qui font la gueule

8 juin 2012

L’air était doux hier soir au centre-ville de Montréal pour le spectacle d’ouverture des Francofolies. Temps idéal pour se glisser dans la marée humaine venue essentiellement pour Pierre Lapointe, il faut s’y résoudre. Le jeune homme a clôturé en beauté, en mettant ses chansons singulières à la sauce rock, avec un peu d’électro. Nouveaux habillages très réussis. Son groupe habituel était là, force discrète. Il est assez marrant de voir le panache tranquille des guitaristes rock ou pop. Ils savent que leurs guitares sont essentielles, qu’elles vont porter plus loin les notes du chanteur. Hélas, la pluie a démarré assez tôt pendant la performance de Lapointe, faisant fuir une partie de la foule gigantesque.

Est-ce Daran qui avait attiré l’orage en souhaitant du beau temps à Lapointe en terminant son heure? Le Français désormais installé à Montréal pour notre plus grande joie avait un t-shirt rouge-orangé, peut-être un symbole de soutien aux manifestants? Le rouge était à l’honneur hier soir, dans la foule, sur les vêtements, avec des drapeaux. Les musiciens de Dionysos y sont même allés d’un concert de casseroles, en guise de coup de chapeau aux manifestations en tous genres qui animent le Québec d’une réjouissante ferveur depuis trois mois. Certaines personnes ont profité des Francofolies pour une petite manif rapide: elles traversaient la foule, certaines peu vêtues…

Des collègues l’ont souligné avec raison dans leurs papiers ce matin: Daran aurait été davantage à sa place en salle ou, à tout le moins, en précédant les fougueux rockers de Dionysos. Ces derniers, même si leurs morceaux sont un peu inconsistants, détiennent toujours la palme des meilleures bêtes de scène (de la trempe de Cali). Ils balaient tout sur leur passage. Même Pierre Lapointe faisait un peu pâle figure en comparaison.

Daran a pour lui des chansons magnifiques, un plaisir évident à vivre au Québec et partager avec ses musiciens québécois. Il regardait la foule à perte de vue, il en était tout ému: «Vous êtes beaux à voir!». Par contre, pour une prestation en plein air, ce n’était pas évident. Ça manquait de refrains accrocheurs, seule Dormir dehors pouvait tenir ce rôle, mais il a attendu à la fin pour la chanter. On peut regretter aussi qu’il ait interprété les deux titres les plus faibles de son dernier opus (le très bon L’homme dont les bras sont des branches). Daran tenait une chanson en or pour l’occasion avec Les filles qui font la gueule, qui reste bien en tête, et il n’a pas cru bon de la chanter. Dommage.

Ces bémols mis à part, l’ouverture des Francos a été assez réussie.

Des Francos gratuites

6 juin 2012

Voici quelques suggestions de spectacles gratuits aux Francofolies de Montréal 2012.

7 juin dès 18 h: Les Revenants, Daran, Dionysos et Pierre Lapointe se partageront la scène, vraisemblablement à tour de rôle. Le rock devrait être privilégié.

10 juin à 17 h: Tristan Malavoy. Son deuxième disque vient de paraître, il est très beau.*

11 juin à 22 h: Catherine Durand. En attendant son nouvel album cet automne.*

12 juin à 18 h: Thierry Bruyère est une belle révélation québécoise de 2012 avec un premier disque dans la lignée de Dumas.

12 juin à 22 h: Claire Denamur amène son folk-country à Montréal, après un convaincant deuxième album.*

13 juin à 23 h: les nostalgiques de Noir Désir ou Bashung devraient prêter attention au groupe rock français Eiffel.*

14 juin à 19 h: retour à une certaine chanson à texte, parfois écorchée, avec l’auteur-compositeur-interprète Yves Jamait dont on a surtout retenu la poignante chanson Caresse-moi. Pourvu qu’il la fasse!

15 juin à 19 h: Philippe Uminski vient de faire paraître une nouvelle galette pop en France, entre le bon Marc Lavoine (post 1999) et Étienne Daho. À surveiller de très près. Il est aussi réalisateur-producteur sur le dernier Julien Clerc ou pour Calogero.

16 juin à 17 h: Sylvie Laliberté, auteure-interprète avec de faux airs de la Françoise Hardy des années 60, la moquerie en prime.

* Mauvais choix d’heure pour tous ces spectacles. Malavoy, ça ne se met pas à 17 h, avec des badauds et un soleil de plomb. Ils avaient déjà fait cette erreur lors de son précédent passage. Denamur, inconnue ici, passe à 22 h, sans doute pour qu’elle reste dans l’ombre un peu plus longtemps… Et qui va aller découvrir Eiffel à 23 h?


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