Posts Tagged ‘Étienne Daho’

T’es vivant?

7 octobre 2017

013714

Faire des listes, c’est amusant, c’est ludique, c’est badin. Il n’y a que les vieux ronchons nostalgiques qui font la gueule, pendant que les autres débattent, s’indignent, s’émerveillent ou font des découvertes. Et même lorsqu’une liste est consternante de mauvaise foi et d’ignorance (à tout hasard celle des Inrocks sur la chanson française), elle reste stimulante pour nos neurones.

J’ai eu envie de dresser la liste non pas des cinq meilleurs enregistrements en public de la chanson française, mais de mes cinq préférés. On va se garder une petite gêne, un semblant de modestie. Je vous invite dans les commentaires à me faire part de vos choix.

Pour qu’un live soit intéressant, à mon sens, il faut que la foule ne se fasse pas trop entendre, que l’artiste ne blablate pas trop entre les morceaux, que le répertoire couvre une large période. Et si, en prime, on a des inédits jamais repris en studio, le bonheur est complet.

  1. Bernard Lavilliers, T’es vivant? (1978)

Olympia de Paris, mars 1978. L’inspiration de Lavilliers tutoie les sommets, et ses interprétations ont une puissance encore plus grande ici qu’en studio. Il dynamise Juke-box; Fauve d’Amazone; Les barbares; 15e round; Utopia; etc. Des inédits: Capoeira, et l’improvisation incandescente Soleil noir. Sans oublier une de ses chansons les plus déchirantes de toute sa carrière: Sax’aphone. On ignore si le cd de 73 minutes reprend l’intégralité du spectacle, mais on espère que non et qu’un jour on aura droit à une version complète deluxe.

2. Alain Souchon, Défoule sentimentale (1995)

Que dire? Deux décennies de carrière, qu’il revisite de manière explosive et émotivement juste. Et toujours meilleur qu’en studio. C’est particulièrement vrai pour Chanter, c’est lancer des balles; Manivelle; Les regrets; Courrier; Lettre aux dames; Somerset Maugham; Allo maman bobo; etc. Et ça termine sur un fil avec Les filles électriques. Qui laisse pantois. K.O.

3. Jacques Bertin, Café de la danse (1989)

C’est sur scène que Jacques Bertin est à son meilleur, là où il est le plus dénudé et investi. Les  arrangements studio le desservent la plupart du temps, depuis les années 80. Au Café de la danse, il magnifie ses propres chansons, reprend Ferré ou Mouloudji, crée Les nouvelles du soir et il donne une version magistrale de Les chants des hommes, une des plus belles chansons françaises de toute l’Histoire, spécialement dans cet enregistrement.

4. Étienne Daho, Live (2001)

Ses années 80 ont bigrement mal vieilli. Le Daho que j’aime (comme le Bashung d’ailleurs) commence au début des années 90. Daho atteint presque la perfection avec «Corps et armes» en 2000, avec Ouverture en apogée. Cet opus essentiel, il en interprète de larges parts sur ce double cd en public. Mais il n’oublie pas ses classiques nettoyés des arrangements d’origine: Le grand sommeil; en tête. On éprouve un réel plaisir à retrouver ainsi, épurées, ses Week-end à Rome ou Duel au soleil. Et on ne passera pas sous silence la vibrante interprétation de Sur mon cou, un texte de Jean Genet, musique d’Hélène Martin. Éclectique, raffiné et pop, ce très cher Étienne.

5. Maxime Le Forestier, Plutôt guitare (2002)

On ne le dira pas trop fort, mais Maxime Le Forestier a eu lui aussi sa part d’arrangements trop chargés, synthétiques. D’où ce double cd attrayant, où il rechante ses classiques accompagné uniquement par des guitaristes principalement acoustiques: Jean-Félix Lalanne, Manu Galvin et Michel Haumont. Bienheureuses chansons d’être ainsi portées par de tels musiciens. On savoure Comme un arbre; San Francisco; La visite; Ambalaba; Les deux mains prises; etc. Mais comme pour Lavilliers, on en aurait pris encore davantage. C’est un bon signe.

P.-S. En mettant un point final à ce billet, je me rends compte que cinq choix, c’est insuffisant. Il aurait fallu mettre le meilleur enregistrement de Jean-Roger Caussimon («Au Théâtre de la ville»; 1978); le meilleur Martin Léon («Moon Grill»), un ou deux Renaud (chansons réalistes?; «Un Olympia pour moi tout seul»?), Jane Birkin (Olympia 1996)… Et je sens que d’autres me viendront en tête dans quelques minutes…

P.-S. 2 Quelques minutes ont en effet passé, comment ai-je pu oublier ces deux perles de Georges Moustaki que sont «Bobino 70» et «Concert» (Bobino 73)? Je ne mériterai jamais les honneurs des Inrocks. Une vie gâchée, quoi.

P.-S. 3 Et il conviendrait d’ajouter «Sheller en solitaire» et son double cd «Olympiade»… Ainsi qu’Anne Sylvestre

Publicités

Mes préférences à moi

16 décembre 2013

recto_treese2013

Que reste-t-il essentiellement de 2013 en chanson francophone?

Oui, je sais, ce sont mes préférences à moi. Assumons la subjectivité. On a fait l’impasse sur certaines parutions qui sont toujours trop abondantes pour une seule vie de toute façon. Beaucoup sont passées par nos oreilles, celles-ci restent plus chèrement en nous. Merci aux artistes de continuer à fabriquer des chansons en français et dans un habillage musical singulier, même dans le dépouillement, ce qui nous change de la bouillie sonore à la mode des dernières années.

Albums, maxis ou minis:

1) Léonard Lasry, Me porter chance

2) Sylvie Paquette, Jour de chance

3) Albin de la Simone, Un homme

4) Étienne Daho, Les chansons de l’innocence retrouvée

5) Les soeurs Boulay, Le poids des confettis

6) De Calm, Amour Athlétic Club

7) Vincent Delerm, Les amants parallèles

8) Gilbert Laffaille, Le jour et la nuit

9) Pierre Lapointe, Les Callas

10) Amélie-les-crayons, Jusqu’à la mer

Chansons de l’année:

1) Les soeurs Boulay, Mappemonde (paroles et musique de Stéphanie Boulay)

2) Gilbert Laffaille, Si tu n’es plus là (paroles et musique de Gilbert Laffaille)

3) Bernard Lavilliers, Villa Noailles (paroles et musique de Bernard Lavilliers)

Rééditions ou coffrets:

Artistes variés, Autour de Jack Treese

Le plus surestimé:

David Marin, Le choix de l’embarras

Phrase la plus drôle:

À propos du chanteur Louis-Jean Cormier qui a remporté plusieurs trophées aux divers galas de l’ADISQ 2013 : «Si Louis-Jean Cormier avait gagné un prix de plus, il ne lui serait resté que le gars qui a inséré le livret dans la pochette de son disque à remercier.» (Mathieu Charlebois, http://www.lactualite.com/culture/le-gala-de-ladisq-en-17-points-et-un-peu-de-mauvaise-foi/)

Je suis en retard mais c’est magnifique:

Les premiers 33 tours d’Isabelle Mayereau

Les derniers cd d’Anne Vanderlove

La cdgraphie de Pierre Delorme

Jean-Daniel Botta, Ammi-majus : Grand goûter

Aurélien Merle, Vert indolent

Aram Sédèfian, Instants volés – ballades

Barbara Deschamps, J’ai un pays à visiter

Électrisant Daho

26 novembre 2013

032000

Inutile de s’attarder trop longtemps, le nouvel opus d’Étienne Daho est encensé partout, et avec raison. Pour le résumer en un mot: électrisant. Les morceaux n’ont pas la fibre pour devenir des tubes instantanés, à l’instar de ses classiques, mais ils font indéniablement frissonner, volant dans les hauteurs de la plus belle pop à la française. Seule la pochette (avec ou sans bandeau) est de mauvais goût, racoleuse, même si on tente de nous faire croire qu’il s’agit d’une représentation du paradis, de l’innocence retrouvée!

Abordons plutôt les différentes éditions du disque qui existent sur le marché. Outre la version simple, normale, on peut se procurer une édition deluxe. Celle-ci comporte 6 titres supplémentaires: 3 remix, pour ceux qui apprécient l’exercice… La chanson En surface est proposée dans une version duo avec son co-créateur, Dominique A. Un inédit pas mal: Bleu Gitanes. Mais le meilleur c’est un duo avec François Marry, Les lueurs matinales, une adaptation de Wonder de François & The Atlas Mountains… Et enfin, une édition vendue uniquement à la FNAC nous offre un septième bonus: jolie version piano-voix pour Le malentendu.

Avec «Les chansons de l’innocence retrouvée», Daho signe un de ses meilleurs albums en carrière. Pour quelqu’un qui ne donne pas dans la nostalgie, voici un petit palmarès de ses sommets depuis 1980!

En studio:

1) Corps et armes (2000)

2) Éden (1996)

3) Paris ailleurs (1991)*

4) Les chansons de l’innocence retrouvée (2013)

5) Le condamné à mort (2011)

En public:

1) double Live (2001)

2) Daholympia (1993)

3) Daho Pleyel Paris (2009)

Compil:

Singles

Le livre de référence:

Christophe Conte, «Une histoire d’Étienne Daho» (Flammarion; 2008) (ma critique ici)

* «Paris ailleurs» est un classique de Daho, avec une série de tubes, mais force est d’admettre que c’est surtout la première moitié qui est exaltante, trop forte pour la suite…

Pop littéraire pour gens pas pressés

19 novembre 2012

Le troisième album du Québécois Éric Bélanger est encore une fois une splendeur de délicatesse poétique et musicale. Que ce soit sur les deux disques précédents ou en spectacle, on s’émerveille du plaisir renouvelé à écouter cet auteur-compositeur-interprète.

À qui s’adresse cette pop feutrée? Aux amateurs de Pierre Lapointe, des premiers Biolay, du Daho des années 90/2000 (le meilleur) et aussi, oserait-on croire, aux générations plus vieilles qui aimaient les chansonniers (Félix Leclerc, Ferland, Sylvestre, Ferré, Brassens, Lelièvre, Barbara, etc.) et ne s’en sont jamais remis.

Les chansons fragiles et susurrées d’Éric Bélanger devraient normalement attirer ces publics variés : nouvelle chanson française et chansonniers. Dans un monde idéal, on ferait jouer ses cd chez les disquaires et plusieurs clients pointeraient l’oreille : c’est quoi ça? C’est bon!

À l’ancienne. Ou des badauds d’un festival en plein air tomberaient par hasard sous le charme de ses chansons au climat vaporeux, on peut y savourer beaucoup de piano, effleuré.

Cet artiste est à découvrir, à prendre le temps de connaître. Mais pour cela, il faudrait aussi qu’il s’aide un peu. La pochette, mine de rien, est un élément de vente capital : c’est comme ça que le journaliste ou l’acheteur peut se faire une première idée. Le titre également peut accrocher ou faire décrocher. Ici, avec «Speedo tuxedo», titre ridicule sur pochette hideuse (et réciproquement), le chanteur a tout faux.

On savait qu’il appréciait les jeux de mots douteux (le premier opus s’appelait «Bananaspleen»!), mais cette fois-ci je pense qu’on atteint le summum de la kitscherie.

Dommage car les chansons, elles, sont magnifiques. On ne peut que lui suggérer de s’inspirer, à l’avenir, de la pochette et du titre de son second disque : «À 35 millimètres du bonheur». Les éditions québécoise et européenne étaient chacune fort jolies.

Pour le moment, écoutez Éric Bélanger, les yeux fermés, plaisir gourmet garanti.

Éric Bélanger, Speedo tuxedo (Kartel Musik)

Pop québécoise à l’honneur

24 novembre 2011

Le chanteur québécois Jean-François Fortier créait la surprise en 2005 avec le magnifique album «Variations sur le vide», de la pop de haute tenue. Son deuxième disque seulement, et déjà une référence. Un CD à se repasser. Quelque part dans la galaxie Daho – Dumas – Beatles.

Il a fallu attendre six ans pour que la suite paraisse. Avec «Le jour où j’ai changé le monde», l’artiste, jeune quarantenaire,  continue à creuser.

On lui a posé quelques questions électroniquement. Réflexions sur l’industrie du disque, la création…

Q : Premier album en 1999, deuxième en 2005 et enfin celui-ci en 2011. Créez-vous lentement ou vous êtes particulièrement méticuleux, tendance maniaque du détail? Ou juste paresseux?

R: À ces 3, j’ajouterais aussi contemplatif. Entre contemplatif et paresseux, la limite est mince. Disons que la contemplation est un état où on ne fait rien, mais de manière active, ce qui peut s’avérer très utile en création. Alors que la paresse, c’est ne rien faire, mais de manière passive. La culpabilité nous suivant partout, c’est la pire des choses car on n’est jamais en paix. Mais bon, je n’ai pas été si paresseux que ça depuis 2005, surtout quand on sait ce qu’implique produire des disques de manière  indépendante, de partir à son compte et devenir papa 2 fois…

Disons que dans le premier intervalle de 1999 à 2005, il m’a fallu beaucoup de temps avant de réaliser que je ferais le 2e tout seul. Ça n’a pas été facile, surtout quand tu es pris avec la vision «romantique» de l’artiste qui croit qu’il se salit les mains à chaque fois qu’il doit dealer avec tout ce qui ne touche pas comme tel à la création des chansons. Se débarrasser de cette optique m’a pris du temps. Puis le faire a aussi pris du temps puisque c’était la première fois que je portais autant de chapeaux…

Pour les 6 années qui ont passé entre le 2e et le 3e, c’est un peu plus compliqué. Des amis m’avaient donné une belle somme à l’époque pour «Variations sur le vide» et j’avais également sollicité Musicaction. Pour «Le jour où j’ai changé le monde», les ressources étaient moins abondantes. On m’a quand même aidé mais pour des raisons qui me regardent, j’ai décidé de ne plus demander aux organismes gouvernementaux de contribuer, et comme l’argent ça achète surtout du temps quand on produit un album…

Mais ces raisons sont probablement secondaires. La vraie raison, je crois, est qu’il m’a fallu du temps pour assumer le propos mystique qui traverse l’album, pour accepter que les chansons sortent de cette façon…

Q : Produire ses albums en «indépendant», sans l’aide d’une maison de disques, est-ce un choix ou une nécessité? A-t-on une plus grande liberté car personne ne vous embête ou au contraire, les possibilités artistiques sont réduites faute de moyens?

R: Aussi géniales que soient tes chansons, si tu n’as pas d’équipe avec toi pour les faire voyager,  les pousser, ton succès sera limité. Alors non, ce n’est pas par choix si je travaille de manière indépendante.

À l’époque de mon premier disque, j’avais une équipe et des ressources immenses à ma disposition mais je n’étais pas prêt, je n’étais pas mûr artistiquement, «identitairement»,  si je peux dire.

Pour le 2e, c’est l’inverse qui s’est produit; j’étais mûr artistiquement, mais je n’avais pas l’équipe. Ce qui ne m’a pas empêché d’en vendre 3 fois plus que le premier! Et ce, avec 10 fois moins de diffusion radio. Je suis pourtant propre et d’agréable compagnie, je devrais avoir autour de moi une équipe dédiée à la promotion de mon oeuvre! Je ne comprends pas…

Blague à part, il est évident qu’on jouit d’une liberté artistique illimitée quand personne nous embête, mais ça peut aussi se transformer en contrainte si cette liberté donne le vertige et que personne n’est là pour fixer des échéances…

À l’époque de mon premier album,  j’étais tellement content d’avoir un deal que forcément, ça déteint sur le rapport de force. Quand tu te sens redevable d’avoir été «choisi», t’es beaucoup plus enclin à écouter les suggestions. Encore là, il n’y a pas eu beaucoup de frictions.  C’est plus ma démarche en général, ou plutôt mon absence de démarche qui a posé problème à l’époque.

Q : Que pensez-vous de la «dématérialisation» de la musique ? Le fait que, de plus en plus, les disques sortent en format numérique uniquement?

R: Je crois que le cd démontre encore un certain engagement, un certain sérieux dans la démarche. Mais même cela ne fera plus de sens à moyen terme. Je crois que ce qui se passe en ce moment avec la musique témoigne d’une évolution chez le genre humain, rien de moins! La musique est une forme de langage, un langage universel avec une énorme force d’attraction parce qu’elle transcende les mots et les langues.

Pour cette raison, je crois qu’il est normal que la technologie favorise la production et la diffusion de la musique, malgré que cela ne s’avère pas profitable monétairement parlant, du moins pour tous ceux qui créent et produisent la musique. C’est quand même paradoxal… Ce paradoxe est possible je crois parce qu’il sert un dessein encore plus grand, celui de communiquer, celui de créer, désirs qui sont profondément liés à la nature humaine. C’est Teilhard de Chardin qui disait qu’après la géosphère et la biosphère, la Terre entrait dans la noosphère, c’est-à-dire la spiritualisation de la matière. Le désir irrépressible de communiquer, d’échanger, de produire de l’information comme nous le faisons de façon exponentielle depuis les 10 dernières années est non seulement symptomatique de cette phase, mais j’ajouterais que la facilité avec laquelle on peut enregistrer et diffuser la musique s’inscrit aussi dans cette mouvance.

Q : Le téléchargement illégal nuit-il à l’artiste ou, au contraire, peut-il lui apporter un nouveau public qu’il n’aurait jamais eu sans ça?

R: Les 2 sont vrais quant à moi. C’est pas tranché. C’est beaucoup générationnel. J’enseigne la guitare et beaucoup de mes étudiants qui sont en bas de 25 ans n’ont jamais acheté un cd de leur vie! Le concept d’acheter de la musique est pour certains archaïque. Je me rappelle ado quand un achetait un vinyle.  On se rassemblait autour de la table tournante pour écouter de la musique. C’était une forme de communion. Est-ce qu’on fait encore ça maintenant, écouter ensemble de la musique? Je sais pas mais j’ai l’impression que c’est plus très populaire comme activité, en groupe on s’entend. C’est pas un jugement que je porte, c’est un constat (juste?).

Mais il y a définitivement un changement qui s’est opéré dans le rôle, la fonction que joue maintenant la musique. Il me semble que quand j’étais ado, il y avait plein de groupes qui remplissaient le Forum au complet. Je pense tout haut là, mais je serais porté à dire que la banalisation de la musique correspond à une certaine désacralisation de la musique. Comme ça a dû se passer, sur d’autres modes et à d’autres échelles, avec la désacralisation du langage, puis bien longtemps après, de l’écriture, lorsque ces façons de communiquer sont devenues universelles, quotidiennes et banales… De bonnes choses en ce qui me concerne soit dit en passant!

Q : Vous êtes un des rares au Québec à faire ce qu’on pourrait appeler de la vraie pop francophone (mélange de rock, de chanson, de variété et de toutes sortes d’affaires). En France, il y aurait Étienne Daho. Les Beatles sont-ils votre modèle ultime, indépassable?

R: J’estime aussi faire de la pop, dans le sens noble du terme. Maintenant, de là à dire que je suis un des rares… je trouve ça gros, mais bon, puisque vous le dites… Étienne Daho, je le connais mal mais j’ai énormément écouté (en cassette) «Paris ailleurs».  Maintenant que j’y pense, cet album était parfait. Si mon souvenir est bon, toutes les chansons s’enchaînaient à merveille. Ce qui est très pratique avec le format cassette…

Pour ce qui est des Beatles, je croyais que j’étais guéri mais je me leurrais. Les Beatles, c’est une maladie mentale. Ça ne s’explique pas. La présence qui émane des enregistrements est… magique.  Et comment peut-on chanter comme Paul? Sans manières, sans efforts? Comment peut-on monter si haut sans forcer? Comment peut-on hurler comme ça, juste pour s’amuser (Oh darlin’! , Helter skelter, Monkberry moon elight)?  Comment peut-on avoir ce caractère si distinctif ET ordinaire dans une même voix, avoir autant de «personnages» différents tout en restant le même? Écoutez bien Paul, il a une voix plutôt banale quand on y pense… Mystère… Et on n’a pas parlé de son album Ram sorti en 1971… Don’t get me started comme qu’on dit…

Q : En chanteurs francophones, qu’est-ce qui vous branche?

R: J’aime beaucoup Jimmy Hunt. On dirait les Kinks en 1966. Très dandy.  Sinon… (j’ouvre iTunes), laisse-moi voir…. Ça faisait longtemps que Jacques Higelin ne m’avait pas remué comme il l’a fait avec son dernier. Mais pour être franc, je n’écoute pas beaucoup de musique ces temps-ci… J’ai hâte d’entendre le nouveau Marie-Pierre Arthur.

Q : Comment décririez-vous l’évolution musicale sur vos trois albums ? Il me semble qu’il y un océan entre le premier et le second…

R: Quand mon premier véritable groupe, Les Moutons Noirs, s’est séparé en 1997, j’ai tout de suite enregistré un démo de 4 chansons qui se sont vite frayées un chemin jusqu’au bureau de Musi-Art.  Mais passer de leader d’un groupe rock à chanteur solo pop, c’est pas évident lorsque tu ne connais pas grand chose aux techniques d’enregistrement, quand tu ne saisis pas à quel point il y a plein de détails qui viennent jouer en partant dans ton son sans que tu t’en aperçoives…  Aussi, avec les Moutons Noirs, je pouvais perdre la voix si on devait faire 3 shows de suite. Je chantais de la gorge et criais pas mal. L’influence rock venait surtout des autres membres, et ça donnait un mélange intéressant. Mais quand l’aventure a été terminée, je me suis dit qu’enfin, je pourrais faire de la pop comme je l’entendais, et que j’arrêterais de crier. Sauf que ça a donné une façon de chanter complètement nouvelle, avec un drôle d’accent, trop maniéré, qui me fait bizarre aujourd’hui. J’étais devenu un peu trop sérieux et coincé. J’étais avec une vraie compagnie de disques, j’allais jouer à la radio, la vraie affaire quoi… Le hic c’est que j’avais juste 4 chansons et aucune idée de qui j’étais artistiquement parlant. Les chansons comme telles sont pas mal, c’est au niveau de la livraison que ça accroche, la voix surtout, et c’est un peu trop poli au niveau du son. Faut dire que comme je n’avais aucune idée de ce qu’était la réalisation, je n’ai pas pu interagir à ce niveau. Guy Tourville a fait un bon travail, c’est juste qu’il y avait pas de ligne claire à suivre.

Alors que pour le deuxième, ce qu’on entend, c’est une gang d’amis qui sont unis par un même amour de la musique, une même façon de jouer et d’enregistrer. Ces sessions-là ont été spéciales, pour plein de raisons qui seraient longues à expliquer. Mais du réalisateur à l’ingénieur de son jusqu’aux musiciens, tous étaient des amis de longue date qui étaient sincèrement contents de faire partie de ce projet, d’enregistrer «live», de jammer spontanément une nouvelle chanson surgie la veille (Là)… Bref, des conditions qui étaient à l’opposé du premier disque où tout se déroulait en vase clos, loin de ceux avec qui j’évoluais habituellement et avec un mandat clair de sonner radiophonique. Il faut dire que contrairement au premier, je savais ce que je voulais, et je savais qu’en travaillant avec Éric Goulet, j’obtiendrais le résultat escompté.

Pour le troisième, ça a été un autre scénario. Un scénario plus solitaire. Mais d’avoir joué récemment live avec de jeunes musiciens complètement déments m’a redonné l’envie de revenir à l’esprit de «Variations sur le vide» pour le prochain. J’ai déjà 3-4 chansons qui trainent. Ce qui est énorme comparé à avant…

Site de Jean-François Fortier

Pop attitude

11 novembre 2011

La mode, ces temps-ci, est à la réédition deluxe d’albums plus ou moins cultes: Pink Floyd, The Beach Boys, Serge Gainsbourg, Maxime Le Forestier, etc.

Ou alors on rejoue sur scène l’intégralité d’un opus qu’on veut célébrer: Ferland et Jaune, Luc de Larochellière et Un toi dans ma tête, Les Chiens et La nuit dérobée…

Ça a l’intérêt de remettre de l’avant l’album comme un ensemble complet, complexe, logique. Une œuvre artistique cohérente.

Étienne Daho célèbre ses trois décennies de pop à la française avec la réédition de quatre albums en version deluxe double cd et une compilation.

«Monsieur Daho» est une compilation en 2 cd (c’est le chanteur lui-même qui a choisi les chansons). Un peu particulière, elle semble dédiée plus spécialement aux admirateurs pointus qu’au grand public. En effet, on retrouve quantité de versions alternatives ou rares plutôt que les tubes dans leurs versions connues. De plus, elle met de côté certains de ses classiques les plus importants (Les voyages immobiles)… À noter, une version inédite de L’adorer en duo avec Catherine Deneuve, Des heures hindoues avec Vanessa Paradis et un Amoureux solitaires en public nettement meilleur que la prise studio de «Jacno Future».

À ceux qui voudraient une vraie bonne sélection des plus grandes chansons de Daho dans des versions parfaites, il faudrait plutôt se procurer le double «Live» (2001).

«Mythomane» (1982) est son premier album. Le voici en version double. Un ami belge me dit que le mix du vinyle d’origine n’a jamais été repris en CD, et pas plus cette fois-ci. Peut-être quelqu’un aurait une explication? Je serais un peu surpris qu’avec les différentes éditions CD de cet album, le mix original n’existe pas… Ceci dit, cette version 2011 contient les 10 chansons de l’album plus 32 titres bonus (démos, répétitions, en public).

Même traitement délirant pour «Pop Satori» (1986), 39 titres en tout pour cette réédition double déjà parue en 2006 et que l’on ressort  ici pour l’occasion: démos, mixages différents, en public.

Pour être franc, ceux qui ont découvert Daho avec ses années 90 (le disque «Paris ailleurs» en tête) seront un peu perplexes car ses albums des années 80 ont mal vieilli pour nos oreilles contemporaines. La réédition est bien faite, mais elle s’adresse surtout aux nostalgiques.

Par contre, «Corps et armes» devrait ravir les amateurs de Daho, de pop française poétique. Il s’agit ici de son chef-d’oeuvre (j’en parlais dans ma discothèque idéale ici). Pour cette nouvelle impression, on a ajouté 27 titres. On a rapatrié diverses collaborations parues ailleurs: avec Françoise Hardy, Vanessa Paradis, Jane Birkin, Dani ainsi que les morceaux concernés du live 2001 déjà cité. Ça sent un peu le remplissage, mais ceux qui n’avaient pas déjà tout ça seront ravis.

Aussi disponible, son album de 2007 «L’invitation» avec encore plus de bonus que les précédentes éditions… (Je n’ai pas pu consulter celui-ci.)

Les rééditions doubles deluxe sont offertes dans un beau format cartonné, avec à la place d’un vrai livret une affichette avec parfois les paroles et divers témoignages, le tout en caractères minuscules.

La compil «Monsieur Daho» comprend quant à elle un livret normal avec les détails des enregistrements mais sans les paroles.

Globalement, c’est un bon travail, qui sent un peu l’opération commerciale, mais dont on peut espérer une suite, en croisant les doigts pour «Eden» (d’autant que presque rien n’existe sur cet excellent album) et «Paris ailleurs».

La discothèque idéale # 3

17 août 2011

Étienne Daho, Corps et armes (2000)

Après l’album « Paris ailleurs » et sa collection sidérante de tubes (Saudade, Comme un igloo, Des attractions désastre, etc.), Étienne Daho accouchait en 1996 de l’électro « Eden », superbe disque mais qui n’eut pas le succès attendu.

Quatre ans plus tard, c’est un Étienne Daho heureux qui sortait le sublime «Corps et armes », sans doute sa plus grande réussite. Une série de chansons pop parfaites, portées par les somptueux arrangements de cordes, une co-réalisation de Daho et du groupe Les Valentins.

Ça commence par un morceau à couper le souffle (Ouverture) sur la rencontre amoureuse entre deux individus ou entre un chanteur et son public. Au choix de l’auditeur. Les textes de Daho sont ouverts, à l’air libre.

Plus que jamais dans ce disque, on respire. Les chansons baignent dans un climat de félicité, elles demeurent simples en dépit des drapés de velours dont elles sont parées. Elles collent à la mémoire, mais ne lassent pas.

Un précieux chef-d’oeuvre moderne, indémodable.

(billet publié le 6 novembre 2006)


%d blogueurs aiment cette page :