Posts Tagged ‘Philippe B’

Les soeurs Boulay: la Gaspésie comme si vous y étiez

20 mars 2016

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Photo :  Eli Bissonnette et Jeanne Joly

Les deux Gaspésiennes s’amènent avec un deuxième album sous le bras, le très réussi «4488 de l’Amour». Comme on les aime: pétillantes, tendres, éblouissantes de fraîcheur, rigolotes. Un vent original dans la chanson francophone.

Les soeurs Boulay ont déboulé dans nos vies et nous ont tout de suite séduits avec «Le poids des confettis» en 2013. Stéphanie et Mélanie. Ces guitares folks, avec une touche country, cet enthousiasme contagieux, l’humour, l’accent joual teinté de Gaspésie, avec des expressions, des prononciations bien à elles. On rit, certes, mais on s’émeut aux larmes avec des chansons comme Mappemonde ou Sac d’école. On craque. Impossible de résister. Mélanie, la cadette, revient pour nous sur les débuts du duo: «On chantait ensemble quand on était jeune, Stéph’ pis moi. Ma belle-mère nous disait qu’on devrait vraiment chanter ensemble, que ça marcherait, mais nous autres, on ne voulait rien savoir. On avait besoin de vivre chacune nos expériences.» En 2009, Stéphanie avait déjà fait paraître un maxi solo de cinq chansons, et participe ces jours-ci à un recueil collectif de nouvelles érotiques.

De la Gaspésie, les deux filles débarquent en ville: «Quand on est arrivées à Montréal, Stéph’ et moi avons habité ensemble. Un jour, où on était un peu déprimées toutes les deux, il faisait gris, j’étais couchée en boule dans mon lit. Ma soeur est venue me chercher dans ma chambre pour qu’on fasse une toune, pour nous faire du bien. Ça faisait longtemps qu’on n’avait pas chanté ensemble.» Elles enregistrent une reprise de Simon & Garfunkel, The Boxer, la proposent sur Internet.

Et la vague déferle: ça marche, on parle d’elles. Elles gagnent le concours des Francouvertes en 2012. Lancent avec succès un premier opus. L’an passé, un deuxième disque qui demande quelques écoutes pour l’apprivoiser, mais se révèle fin et accrocheur. Une écriture poétique personnelle qui rappelle Stéphane Lafleur (le cinéaste et chanteur d’Avec pas d’casque) et Tire le coyote. Ces plumes portent un regard en biais sur les choses du quotidien, un style curieux, imaginatif.

L’auteur-compositeur-interprète Philippe B réalise les deux albums des soeurs: «Philippe et nous, on se comprend bien dans la façon d’écrire. Ça a l’air vraiment simple, on part d’un événement banal, mais on essaie d’en faire une chanson qui est poétique. Son album « Variations fantômes », on l’a beaucoup écouté. On ne le connaissait pas personnellement, on se disait que ce serait trop beau qu’il accepte de travailler avec nous. C’est un gars tellement intelligent, qui comprend la musique. Il est arrivé avec quinze façons différentes d’aborder l’album, avec une vision presque plus claire que nous-mêmes de notre musique.» C’est tout naturellement qu’elles vont vers lui pour le deuxième: «On ne voulait pas reproduire exactement la même chose que le premier. De toute façon, avec la tournée, on avait un peu changé. Il y avait des guit’ électriques et des percussions qui s’étaient rajoutées. Les nouvelles chansons étaient un peu plus « couillues » (tu ne voudras sûrement pas écrire ça!), disons qu’elles avaient plus de drive… Mais on a gardé les voix en harmonie, car c’est ce qu’on aime faire, c’est ce qu’on est». Et qui fait une partie de leur charme.

Francis Hébert

(article pour L’entracte d’avril 2016)

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Murmurer

3 novembre 2014

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Récemment, Vincent Delerm nous avait offert «Les amants parallèles» et Albin de la Simone, «Un homme». Pour son troisième album, Stéphanie Lapointe emprunte la couleur sépia de la pochette à son ami Albin et signe le splendide «Les amours parallèles».

Le dernier opus de la demoiselle Lapointe remontait déjà à 2009 et figurait parmi les meilleurs crus de l’année. Depuis, elle a fait l’actrice, un peu de ciné, de télé, participation à la comédie musicale «Les filles de Caleb», mais c’est en murmureuse de chansons qu’elle fait merveille. On parlerait d’enchantement si le mot n’était pas usé. Elle, a contrario, semble toute fraîche et épanouie.

Voici une interprète qui transcende tout ce qu’elle chante, mais de manière discrète. Aucun flafla dans sa démarche, tout est dans la retenue. Elle effleure les textes, vaporeuse, délicate, troublante. Une chanteuse de l’intime, pour oreilles attentives, un peu comme Élisa Point en France.

Contrairement au cd précédent, où elle signait presque toutes les paroles, Stéphanie Lapointe s’est mis à la bouche les chansons des autres. On retrouve une reprise de Gainsbourg (Un jour comme un autre), une autre de 2008 signée Jane Birkin (Pourquoi). Puis des auteurs-compositeurs plus jeunes : les talentueux Philippe B et Philémon Cimon (qui fait un duo avec elle), des saveurs à la mode (Jimmy Hunt, Stéphane Lafleur), une parenthèse anglo avec Leif Vollebekk, ainsi que, par deux fois, Kim Doré sur une musique de Forêt.

C’est justement à Forêt, combo québécois composé de Joseph Marchand et Émilie Laforest, que l’on doit la réalisation sobre et racée. Un disque comme une bulle hors du temps, jamais démodée.

Au bout du court voyage, on se rappelle que Stéphanie Lapointe sait nous emmener là où elle veut, mine de rien. Sensuel périple, même si on espère qu’elle se remette à l’écriture la prochaine fois.

Les chansons du scaphandrier

4 mai 2014

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Tout est possible. Jack Bauer revient demain pour une neuvième saison de 24 et Philippe B se retrouve dans le palmarès des meilleurs vendeurs avec son nouvel opus, «Ornithologie, la nuit». Le chanteur québécois, un des meilleurs de sa génération, se classe en position no 3 d’une grande chaîne de «librairie/disquaire». On croit rêver.

Depuis 2005 que la presse spécialisée l’encense, dès la sortie d’un premier album exceptionnel qui faisait preuve d’une écriture originale, de mélodies entêtantes, d’un ton où la mélancolie et l’autodérision s’entendaient à merveille. En 2011, l’auteur-compositeur-interprète publiait le sublime «Variations fantômes», qui incorporait avec maestria et émotion des échantillonnages de musiques classiques (Vivaldi, Satie, Srauss, Ravel, etc.).

Ce chef-d’œuvre ne fut même pas en nomination au gala de l’ADISQ, ce qui avait provoqué la consternation, entre autres, de Pierre Lapointe, dont Philippe B est justement guitariste depuis longtemps.

C’est dire si ses ventes doivent être confidentielles. Le grand public l’ignore, les radios commerciales aussi. Et pourtant avec «Ornithologie, la nuit», à peine paru, le voilà meilleur vendeur! Doit-on se fier à ces classements et se réjouir pour l’artiste et la santé d’une certaine chanson québécoise?

Le quatrième opus de Philippe B est un album concept avec Montréal pour décor. Ça raconte l’histoire d’un homme qui se relève d’un chagrin, et remonte peu à peu à la surface au fil des morceaux. Pour bien saisir les nuances de cette œuvre puissante, il est recommandé d’en lire les paroles pendant la première écoute. L’écriture est à la fois simple, poétique et dessine un climat étrange. Ses arrangements sont raffinés, créatifs. Sur plusieurs morceaux, le croque-notes délaisse un peu la guitare pour lui préférer le piano. Ça crée un climat feutré, souple. Le narrateur cherche un air plus léger. Mais que ceux qui aiment le chanteur marinant dans son spleen se rassurent : la transition se fait en douceur, avec pudeur. Les chœurs féminins d’Audrey-Michèle Simard et Amélie Mandeville apportent un charme supplémentaire, comme une fragile étincelle dans la pénombre.

On apprécie chez Philippe B cette manière de pratiquer son métier avec un sourire aux coins des lèvres. Il allie une constante recherche artistique avec une allure désinvolte. Sur scène, ce pince-sans-rire est extrêmement drôle et attachant. Et ses quatre albums sont une source constante de plaisir, d’ébahissement.

 

Réjouissantes soeurs Boulay!

8 novembre 2013

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Mappemonde est sans doute une des plus belles chansons de l’année. On la doit à Stéphanie Boulay, paroles et musique. Fraîche, émouvante, originale. À l’image des soeurs Boulay (rien à voir avec l’Isabelle du même nom), qui ouvraient hier le Coup de coeur francophone devant un Club Soda plein à Montréal. Elles ont été réjouissantes d’humour, de chaleur, de charisme. Craquantes.

À la base, sur disque, il y des chansons pleines de saveur, singulières. Ça ne ressemble à rien de ce qui se crée en français, c’est joué mine de rien, l’écriture au service de l’émotion, pas pour faire des prouesses – comme tant d’autres qui aiment se regarder écrire… Mais n’oublions pas une chose.  Sur «Le poids des confettis», le premier cd du duo, il y a un artiste qui a fait un excellent travail à la réalisation et aux co-arrangements: l’auteur-compositeur-interprète Philippe B, un des trésors québécois les moins connus du public, mais les plus respectés du milieu.

Hier soir, au Club Soda, j’ai beaucoup pensé à Philippe B. D’abord, la dernière fois que j’avais ri autant pendant un spectacle, c’était à celui de Philippe B. Les soeurs et lui n’ont pas le même sens de l’humour, mais le résultat demeure: on éclate de rire, complices. Sur le cd, Philippe joue certains instruments en plus de convoquer ses propres musiciens. Sans rien enlever aux soeurs Boulay, «Le poids des confettis» est magnifié par son boulot de réalisateur-musicien-arrangeur.

Ceci dit, c’est sans lui que Les soeurs foulaient les planches du Club Soda et elles ont été épatantes, accompagnées essentiellement d’un guitariste et d’une tromboniste, en plus de leur propre guitare et ukulélé. Quelques nouvelles chansons ont été présentées, en plus de celles du premier opus et Au coeur des filles, tirée du maxi originel. Seuls les deux ou trois morceaux en anglais, qui n’avaient pas le même charme, diluaient l’intérêt. Globalement, c’est une centaine de minutes de plaisir que Les soeurs Boulay ont offerte. Et en sortant, on n’avait qu’une envie: les écouter encore.

En lever de rideau, ça a été autre chose. On espérait beaucoup mieux de la part de Catherine Leduc, elle qui était si pétillante et émouvante avec Tricot Machine. Est-ce la faute de la sono? On entendait très mal ce qu’elle chantait. La faute aux chansons, qui semblaient beaucoup moins originales et diversifiées qu’au temps du duo? On attendra son premier album personnel (prévu pour le printemps 2014) pour mieux juger.

Pour l’instant, la fraîcheur et l’émerveillement sont du côté des soeurs Boulay. Espérons que ça durera plus que le temps d’un disque stupéfiant.

Chanson métissée classique

13 janvier 2012

Entrevue avec Frédéric Lambert du Quatuor Molinari

Le violoniste Frédéric Lambert, membre du Quatuor Molinari, a collaboré avec Pierre Lapointe et Philippe B. Quand la musique pop et classique se croisent, qu’est-ce que ça donne? Le meilleur disque de 2011 : celui de Philippe B, Variations fantômes.

Le festival Montréal en lumière présente le mois prochain Philippe B en scène avec le Quatuor Molinari. Il s’agit d’une soirée unique, mais qui pourrait se reproduire si d’autres salles ou festivals se montrent intéressés. À voir à quelle vitesse s’envolent les billets, on peut déjà croire à d’autres représentations. Et, qui sait?, un album pour en témoigner!

On a demandé une entrevue par courriel avec Frédéric Lambert. Il a accepté. On commence.

Q : À la sortie de Variations fantômes, Philippe B me confiait que l’idée de départ du disque lui était venue d’une conversation avec toi. Quel rôle as-tu joué? Lui as-tu également fait des suggestions sur les choix d’échantillonnage?

R: J’ai tout simplement pris une bière avec Philippe et discuté de ses chansons. J’ai toujours trouvé que le concept de mélanger des samplings de musique classique avec du folk était génial. Je lui ai fait part qu’un album entier consacré à cette thématique serait probablement beau et touchant. Et c’est le cas! Pour ma part, j’ai donné un échantillonnage à Philippe, la messe en si mineur de Schubert, pour la chanson «Croix de chemin».

Q : La plupart du temps, Philippe joue tout seul avec sa guitare, son harmonica et un ordi pour les effets. Comment ça va se passer cette fois? Le Quatuor participe-t-il au choix des chansons? Pas d’engueulades? Est-ce que vous l’accompagnerez tout au long ou juste sur les morceaux de Variations?

R: Ici, nous allons reproduire en direct les échantillonnages de musique classique. Il y aura le Quatuor Molinari mais aussi une harpe, un hautbois, une flûte, un trombone, une contrebasse, un percussionniste, deux chanteuses d’opéra et autres surprises. Nous allons interpréter l’intégral des Variations fantômes, mais aussi d’autres pièces des albums précédents. Aussi, engueulades avec Philippe B? Impossible à imaginer!

Q : Pierre Lapointe a également chanté avec le Quatuor Molinari. Quel est pour toi l’intérêt de mélanger la musique classique et populaire? Es-tu un friand de ce genre de métissage ou as-tu fait une exception pour eux?

R: À vrai dire, je n’aime pas les choses forcées. Dans le cas de Pierre et de Philippe, leurs chansons se prêtent au jeu. L’espace harmonique et mélodique de leurs oeuvres nous permet de rajouter des couleurs instrumentales originales.

Q : Est-ce qu’il existe certains types musicaux qui se prêtent moins bien à ces mélanges et qui gagnent à rester seuls dans leur coin?

R: Absolument. Les musiques aux tendances traditionnelles ou encore world devraient, selon moi, rester intactes. D’où le mot «tradition».

Q : Tu es aussi chroniqueur musical à la radio de Radio-Canada chez Catherine Perrin. Tu y critiques autant des disques de chanson, que de pop et du classique. Comment vois-tu ce travail? Si on sait que Perrin est également musicienne classique, peut-on conclure qu’il s’agit d’un complot malicieux pour redonner de l’espace médiatique à la musique savante?

R: J’adore ce travail. Il faut dire que je suis un grand consommateur de musique de tous genres. Aussi, grâce à mes longues études en musique, j’ai développé un sens analytique que j’aime bien utiliser ici. Je ne crois pas que Catherine Perrin veuille nécessairement redonner de l’espace médiatique à la musique classique (elle-même s’amuse à mélanger les genres avec son groupe Bataclan). Elle aime tout simplement s’entourer de gens curieux.

Q : Avec qui rêves-tu de collaborer?

R: Disons que je suis très chanceux. Un de mes grands rêves se réalise en septembre. Le Quatuor Molinari et le groupe Timber Timbre vont s’associer pour créer un spectacle multidisciplinaire. Je ne peux pas en dire plus pour l’instant. À suivre…

*****

Philippe B avec le Quatuor Molinari le 17 février 2012 (une représentation à 20 h, l’autre à 23 h) au conservatoire de musique de Montréal

Le meilleur de 2011

10 décembre 2011

Daphné

Depuis quelques années, il s’agit de ne rien oublier des coups de cœur musicaux. Alors, tout noter, au fur à mesure. Revisiter à l’occasion les mêmes albums, pour savoir si notre avis tient toujours la route, l’usure. La plupart du temps, ça tient encore, sauf pour le dernier opus de Martin Léon qui, passé l’enthousiasme de la découverte, ne laisse pas un grand souvenir malgré toute notre bonne volonté.

Une année 2011 en chanson assez décevante, avec beaucoup de ratés pour de grands artistes (Daniel Darc, Dick Rivers, etc.).

Meilleurs disques

1) Philippe B, Variations fantômes

Chanson métissée. Il fait l’unanimité chez les journalistes, toutes allégeances confondues, mais ne gagne rien au minable gala de l’ADISQ ni au plus indépendant GAMIQ? Qu’importe. Philippe B est un des plus grands artistes québécois actuels et Variations fantômes est immense, d’une richesse réjouissante. Seul hic, une pochette assez quelconque.

2) Daphné, Bleu Venise

Chanson élégante pour piano fragile. Après deux disques assez maniérés et agaçants, on n’attendait rien du troisième Daphné. Et pourtant, quelle claque! Comme une Benjamin Biolay première époque, elle signe des chansons délicates, somptueuses.

3) Richard Séguin, Appalaches

Chansons pour durer toujours, si on veut rendre hommage au titre d’un morceau signé par la récemment décédée Louky Bersianik que chantait Richard Séguin. Voilà un artiste qui ne cesse de grandir avec le temps, avec une maîtrise sidérante de l’art de fabriquer des chansons artisanales. Cet homme, avec plus de quatre décennies au compteur artistique, est un trésor national.

4) Wladimir Anselme, Les heures courtes

Pop de haute volée. Encore un qu’on n’attendait pas, plus de dix ans après un premier album éparpillé. Avec Les heures courtes, Anselme nage dans le romantisme, le foisonnant.

5) Pierre Lapointe, Seul au piano – en concert

Chansons noires pour temps gris. Du piano, rien que du piano. Une voix. Des morceaux crève-cœur. Le deuxième meilleur album de Pierre Lapointe, après La forêt des mal-aimés.

Ça tourne régulièrement

Alex Beaupain, Les bien-aimés

Certes, il y a trois ou quatre chansons, voire cinq, à jeter sur cette trame sonore. Mais on est comme aimanté par elle, le CD revient se lover dans le lecteur fréquemment. Et dire qu’on n’a pas encore vu le film qui vient avec. La sortie DVD est prévue en France pour janvier 2012. Sur les écrans québécois, on ne saurait dire.

Révélation / espoir

Antoine Corriveau / Salomé Leclerc

Deux artistes québécois qui ont lancé un premier disque qui augure du meilleur pour la suite de leur carrière. L’un en indépendant, l’autre soutenue par la grosse machine d’Audiogram.

Révélations un peu trop tard

De Calm, Le film définitif…

Bande originale chantée d’un film imaginaire. Quelques semaines après la sortie de son premier disque, le chanteur de De Calm m’écrit un courriel. Machinalement, je vais écouter des extraits sur Internet. Une chanson hyper accrocheuse attire mon attention : L’envie d’écouter Miossec. Dans la foulée, le désir de tout entendre, d’y revenir, d’aimer, parfois ébloui.

Philémon Chante, Les sessions cubaines

Pour une fois, vous pouvez vous fier aux branchouilles, aux snobs et aux plumitifs de la scène locale. Ils encensent cet album qui le mérite grandement. Sorti une première fois en indépendant en 2010, repris par Audiogram quelques mois plus tard, ce sont de superbes chansons mélancoliques fabriquées par un Québécois, d’une langueur nourrie par les musiciens cubains. À noter qu’on peut trouver en téléchargement payant un maxi de 6 titres titré «EP 2008» qui contient quelques-unes des chansons de l’album, enregistrées cette fois au Québec.

Les plus surévalués

Richard Desjardins, L’existoire

Brigitte Fontaine, L’un n’empêche pas l’autre

Daniel Darc, La taille de mon âme

La pire reprise

Juliette et François Morel, Parachutiste (album hommage à Maxime Le Forestier, La maison bleue)

Plus discrète et belle collaboration

Daniel Lavoie et Louis-Jean Cormier sur J’ai quitté mon île (album de réenregistrements J’écoute la radio de Lavoie)

La discothèque idéale # 10

23 novembre 2011

La meilleure épreuve pour un disque, c’est souvent le temps. Raison pour laquelle je m’interdis d’inclure dans ma discothèque idéale les albums qui n’ont pas assez vécu.

Mais une autre épreuve, c’est le nombre d’écoutes. Alors si le cd n’a pas 3 ans, mais a été écouté une centaine de fois environ, ça passe. Son entrée est exceptionnelle, tout comme sa qualité.

Philippe B, éponyme (2005)

Je n’attendais pas ce cd. J’ai eu à rencontrer le gars pour une entrevue: allumé, ouvert, curieux. Passionné. Un dingue de chanson capable de disséquer Biolay. Au Québec c’est rare.

J’ai écrit ceci dans la page Disques du Voir, le 8 septembre 2005:

Leader de Gwenwed, Philippe B dégoupille un premier album solo remarquable. La chouette pochette dit tout. Ici, on accumule les influences comme on empile les 33 tours. Mais il va plus loin et s’en libère. De la vraie chanson pop à son meilleur, celle qui métisse les genres musicaux (rock, folk, country), celle qui mêle poésie et humour, celle qui entrecroise un son sale de guitare et un sample de Debussy. On avait déjà remarqué Philippe B aux côtés de Pierre Lapointe (le guitariste, c’était lui), voilà qu’on s’émerveille devant un auteur-compositeur-interprète de tout premier ordre. Des chansons malignes aux airs entêtants, de belles trouvailles textuelles et musicales, une gueule et une personnalité artistique, déjà. La touche repeat est tout indiquée. Vivement une édition vinyle. 4/5

Qu’est-ce que je peux ajouter? sinon que ce cd a tourné comme un fou sur mon lecteur, dans mon iPod (en avion, vélo, promenade, etc.) depuis sa sortie. Il nécessite de se laisser apprivoiser au début, mais ensuite il a la vie dure.

Un des meilleurs albums de toute l’histoire de la chanson québécoise.

(billet publié le 5 juin 2007)

L’humour des chanteurs

25 octobre 2011

Philippe B par Anouk Lessard

Je me rappelle, aux Francofolies de Montréal cet été, la prestation de Philippe B. Non seulement cet artiste bricole des chansons somptueuses, mais en plus il est incroyablement drôle sur scène et dans ses morceaux. Au Club Soda, il racontait qu’un soir, il s’était trompé d’harmonica en jouant. Le résultat n’avait pas été particulièrement heureux, paraît-il, si bien qu’un spectateur était venu le voir à la fin pour lui dire qu’il avait adoré son solo d’harmonica «ironique»! Le chanteur de conclure: «Si vous entendez des fausses notes, des erreurs pendant le spectacle, dites-vous que c’est ironique!»…

C’est le genre d’humour qui me touche, comme une éclaboussure d’esprit au milieu d’un climat mélancolique. Plusieurs artistes me font hurler de rire, qu’ils soient catégorisés humour ou non: Font et Val, David Mc Neil, Georges Brassens, Vincent Delerm, Renaud, Alain Souchon, Brigitte Fontaine…

En littérature, l’écrivain Henri Calet est bien souvent à se rouler par terre.

Humour noir, dérision, salutaires. Rien à voir avec les petits comiques qui se prétendent humoristes de métier ou qui font dans la chanson systématiquement humoristique…


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