Albin et les beaux objets

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L’automne dernier, je disais ici tout le bien que je pensais du nouvel opus de Daphné, et j’en profitais pour dénoncer ces maisons de disques (dont la sienne, Naïve) qui ne prennent même pas la peine d’envoyer de vrais exemplaires du commerce aux médias. Je trouvais ça pingre. Quelqu’un de chez Naïve m’a écrit pour me signifier qu’en fait, comme elle produit moins de copies promo que d’originaux, loin d’économiser, ça coûte plus cher! Et de me parler de stratégies marketing consenties avec les artistes…

Voilà de très mauvais stratèges, pensais-je. On se demande ce qu’ils font là. Parce que pour plusieurs journalistes vraiment mélomanes, rien ne remplacera l’objet. Le disque c’est de la musique mais aussi un emballage qu’on peut tâter, trouver beau, trimballer, voire exposer. Récemment, j’ai reçu le nouveau Amélie-les-crayons (Jusqu’à la mer), et juste par la beauté du boîtier, ça donne envie d’y prêter une attention plus particulière. Une épaisse boîte en carton avec à l’intérieur une série de cartes illustrées pour chacune des chansons du disque, avec la reproduction des paroles.

Le dernier Mathieu Boogaerts était aussi très joliment emballé, avec une pochette cartonnée dessinée. L’auteur-compositeur-interprète y signait d’ailleurs un retour à plus de sobriété, après un précédent cd terriblement mauvais. Boogaerts revenait enfin à de vraies chansons – comme on peut espérer que Katerine le fera un jour, après ses dernières productions.

Pour Pierre Lapointe, c’est le chemin inverse: il sort la semaine prochaine Punkt, dont la pochette et le premier extrait (La sexualité) laissaient craindre le pire. Volontairement kitsch, un suprême mauvais goût. J’imagine que ça l’amuse, pour le moment… Une première écoute nous dit que la moitié est exécrable (à balancer le cd par la fenêtre) et l’autre est pas mal, mais que nous sommes loin des splendeurs passées.

Et voici que ce cher Albin de la Simone publie, des deux côtés de l’Atlantique, un quatrième album très attendu, après l’exaspérant (et kitsch) Bungalow. Sobre, élégant, chic, il s’intitule «Un homme» et on peut croire qu’il réunira tous les publics tant sa qualité est exceptionnelle. La presse rock et branchée a déjà commencé les éloges, espérons que le public amateur de chansons suivra.

Pour sa rentrée sur l’étiquette Tôt ou tard, Albin s’est surpassé, affiné, expurgé des portions énervantes de certains morceaux passés. Car il faut bien le dire, si certaines chansons des deux premiers opus de l’attachant artiste nous émerveillaient par leur finesse, leur humour, leur tendresse, d’autres nous cassaient les pieds. Désormais, il ne garde que le meilleur, avec toujours ce parfum d’étrangeté qu’il sait si bien exhaler. Et cela, essentiellement en acoustique. Parmi ses collaborateurs, signalons Alexandre Tharaud au piano sur La fuite, JP Nataf, une musique de Pascal Colomb (aussi chanteur, dans une autre vie).

Il s’agit certainement du premier grand disque de 2013, peut-être le meilleur d’Albin de la Simone. Même la copie promo envoyée aux médias est soignée, avec paroles et texte de présentation, mais ça ne remplace pas l’original.

Soigné et original, deux mots qui vont bien à Albin de la Simone, un des artistes majeurs de la nouvelle pop française des dix dernières années.

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