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Miossec, rescapé

13 septembre 2019

miossec

Sur le chanteur breton, il y avait un bouquin de référence, mais il date de 2007: «En quarantaine», de Vincent Brunner. Il était temps d’en remettre une couche. Surtout quand on a tant fait tourner «Boire», «Baiser», «Brûle», «Finistériens» et «Ici-bas, ici même», ses plus puissants opus.

Avec «Miossec, une bonne carcasse», Thierry Jourdain signe non pas une biographie, mais une étude de l’oeuvre: les onze albums de l’artiste sont analysés, remis en contexte. De courts éléments biographiques sont évoqués, mais uniquement pour comprendre le parcours artistique. On fait appel à des témoignages d’artistes, de collaborateurs, de journalistes… On évoque des chanteurs, des auteurs. Une absence étrange: le groupe De Calm qui avait écrit en guise d’hommage la chanson L’envie d’écouter Miossec.

Mais le livre s’appuie surtout sur des entretiens de Jourdain avec Miossec. C’est la vision du Breton  qu’on nous offre ici. Rares sont les passages où Jourdain se permet d’émettre des réserves artistiques. Et pourtant, des disques ratés ou ennuyeux, Miossec en a commis quelques-uns. À lire cet ouvrage, on saisit pourquoi. C’est un bon portrait d’un rescapé de la chanson française. On a toujours vanté le côté incisif et ramassé de la plume de Miossec: Jourdain s’en inspire et va droit au but. En pleine lucarne.

Et puis il y a ce cher Henri Calet, un écrivain qu’admire Miossec. L’ouvrage de Jourdain s’ouvre sur une citation de lui, alors pourquoi ne pas extraire des mots du livre «Le tout sur le tout» pour terminer ce billet? On les puise dans notre répertoire personnel. «Et, pour ma part, il serait trop long de raconter comment j’ai gâché ma vie. Elle tombe déjà en ruine; c’est mon mortier qui ne vaut rien.»

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Tranchant

14 octobre 2014

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Le nouveau Daran est d’une beauté à couper le souffle. Avec ce type d’albums, très rare, il faut presqu’arrêter l’écoute au milieu tellement ça prend à la gorge, tranchantes émotions. Le chanteur français, désormais exilé à Montréal, explique qu’il a attendu 15 ans pour oser un pareil enregistrement: «Les maisons de disques ont toujours été frileuses avec un projet comme celui-là, mais comme aujourd’hui je n’ai plus vraiment à rendre de comptes sur mes choix artistiques, je l’ai fait. Un album tout seul, entièrement acoustique, guitare, voix et harmonica», peut-on lire dans le communiqué.

Enregistré en solo dans son studio montréalais, cet opus folk fait frémir d’entrée de jeu et ne vous lâche plus. Il y a dix chansons inédites, toutes écrites par son fidèle complice Pierre-Yves Lebert, sauf un texte de Miossec et un de l’auteur-compositeur-interprète québécois Moran. En plus de signer les musiques, Daran y réenregistre aussi pour l’occasion son classique Une sorte d’église.

Le seul bémol, c’est que l’opus est un peu trop long. Plus ramassé, il aurait frappé encore plus fort. Mais on serait bien en peine de dire quelles chansons retrancher… On souhaite aussi à Daran de s’ancrer encore davantage en sol québécois et de collaborer plus souvent avec des paroliers d’ici. La prochaine fois?

En attendant, on pourra réécouter l’incontournable album gris: «Le monde perdu».

(Le premier extrait, Gens du voyage, est en écoute ici.)

L’envie d’écouter Miossec?

24 avril 2014

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Le nouvel album de Miossec, «Ici-bas, ici même», n’est pas la merveille annoncée par certains médias. Souvent, la presse est en manque de superlatifs, elle s’excite rapidement. Mais pour qui sait mettre les choses en perspective, il demeure évident que le chanteur brestois s’est assagi depuis les chansons – tranchantes comme les lames de Dexter – de «Boire» et «Baiser». Ces deux premiers opus, un de rock acoustique et l’autre électrique, résonnaient en cavalcade dans le paysage français.

«Boire» (1995) est un incontournable de la chanson. On s’étonne qu’un auteur-compositeur-interprète aussi cultivé et ouvert qu’Albin de la Simone ne le connaissait pas. Du propre aveu de Miossec et d’Albin, avant de travailler ensemble sur  le nouvel album, ils savaient très peu de choses de l’autre… Albin affirmant que ce qu’il avait entendu (à la radio?) de Miossec ne lui plaisait pas toujours. Forcément, si on juge un artiste à ce que passe la radio ou la télé, on risque de louper les meilleures parts.

Ceux qui ont pu apprécier les très beaux mais plus sages disques de Miossec («Brûle» et «Finistériens») ne seront pas surpris outre-mesure de sa collaboration avec le talentueux de la Simone, qui signe les judicieux arrangements et la co-réalisation avec le chanteur et Jean-Baptiste Brunhes. L’astucieux Albin y joue également de la guitare, du piano, de l’orgue, du tambourin, du marimba, etc. Ninon Valder y tient le bandonéon.

Au final, il s’agit d’un joli opus, apaisé, réussi, ce qui n’est pas rien après l’exécrable et bien nommé «Chansons ordinaires» de 2011. Voilà qui redonne l’envie d’écouter Miossec, pour paraphraser le groupe De Calm, que devraient se hâter de découvrir les miossecophiles.

La discothèque idéale # 19

25 juillet 2012

Miossec, Boire (1995)

Un coup de poing, ce n’est pas assez fort pour décrire l’impact créé par le premier album de Miossec. Un coup de tonnerre de Brest, port d’attache de l’auteur. Comme s’il venait d’inventer la chanson rock acoustique. Elles étaient pourtant majoritairement sèches les guitares qui retentissent dans ce disque, mais elles sonnaient formidablement puissantes.

Dans ses chansons, il est question de sexe et d’alcool, de marins et de dérives, de chagrin et de carnages. Le narrateur saigne, au figuré, et est piteusement en colère. Le ton privilégie le sarcasme. On sourit jaune. L’humour se drape dans le noir.

On pensait que Miossec, c’était un groupe formé de Christophe Miossec (chant, textes, etc.), de Guillaume Jouan (guitares, basse; etc.) et de Bruno Leroux (guitare acoustique, harmonica). C’est du moins ainsi que ça se présente sur Boire. Mais au fil des opus suivants, les deux musiciens partiront et Christophe seul restera. Signant toujours de son seul nom : Miossec.

Mais l’œuvre première du trio Miossec demeurera gravée en nous.

(billet publié le 21 avril 2009)

Chansons ordinaires

12 septembre 2011

«Chansons ordinaires», c’est le nouvel album de Miossec qui sort aujourd’hui en France, et il porte bien son titre. Après une première écoute, on n’en retient pas grand-chose: c’est lisse, assez fade, ça tombe à plat. Les guitares électriques énervées singent celles du deuxième disque, «Baiser» (1997). Mais contrairement à ce dernier, les mots n’accrochent pas l’oreille, les refrains ne ressortent pas.

La trouvaille, à part ce titre plein de dérision mais qui finalement sonne peut-être juste, c’est d’appeler tous les morceaux Chanson.

On a Chanson pour les amis, médiocre premier extrait. Le reste est à l’avenant: Chanson dramatique; Chanson du bon vieux temps; Chanson sympathique; etc.

A priori, alors qu’il y a des tonnes de bons disques à se mettre dans les oreilles, ça ne donne pas très envie de se repasser celui-ci. On le sait, Miossec alterne les réussites (Boire; Baiser; Brûle; Finistériens) et les échecs (tous les autres opus, sauf quelques chansons éparses).

C’est un artiste dont on attend autre chose que de l’ordinaire…


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