Posts Tagged ‘Richard Séguin’

Du sépia plein la guitare

4 mai 2016

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Les lecteurs les plus attentifs de ce blogue auront remarqué que je ne m’attarde plus aux mauvaises parutions, celles qui sont désespérément à la mode, font frémir la critique l’espace d’une saison. On pourrait toucher deux mots du Renaud fraîchement sorti, et qui n’est pas aussi bon ni mauvais qu’on le prétend. Il faut bien s’y connaître dans l’oeuvre qui renaude, et trier honnêtement. Il contient quelques chansons très belles comme La vie est moche et c’est trop court; Les mots; Héloïse. Quelques mauvaises aussi, comme jadis il avait commis les dérisoires Baltique ou J’ai retrouvé mon flingue, voici Ta batterie; le titre caché slamé ou J’ai embrassé un flic. À propos de celle-ci, la première musique que lui avait offerte son compositeur Michaël Ohayon était plus lente, bien meilleure. Mais Renaud a insisté pour qu’il en change…

On pourrait s’émerveiller du Richard Séguin 2016, «Les horizons nouveaux». Il est excellent. Depuis «Appalaches» en 2011, l’artiste est à son meilleur: mûri, dépouillé, pur. Le folk qu’il pratique désormais lui va à ravir.

C’est un hasard dans mes choix, mais les nouveautés de Renaud et Richard Séguin trônent au sommet des ventes.

Autre retour en force, plus confidentiel celui-là, c’est Guillaume Arsenault. Au moment de la parution de son deuxième cd, j’écrivais ceci dans les pages de l’hebdomadaire Voir le 21 décembre 2006: «Ce second disque du Gaspésien Guillaume Arsenault a des parfums de mer, de marées, des langueurs de contemplatif amoureux de la nature, sans mièvrerie. Ébéniste et voyageur, il rappelle malgré son jeune âge les belles heures des vieux chansonniers québécois ou des chanteurs poétiques français d’une autre époque (Jean-Marie Vivier, Jacques Douai) qui fabriquaient de solides chansons, à l’instar ici de Soldat ou Le nez à la fenêtre. Mais là où se démarque Arsenault, c’est dans l’attention qu’il porte à l’enrobage musical: la rondeur et la chaleur de l’acoustique, avec plein de petites trouvailles. Ces cordes de guitares qui vibrent, en suspension. Ça crée un écrin propice à ses textes «couleur framboise», pour reprendre le titre d’un de ses plus beaux morceaux. Un artiste à suivre de près.» (3, 5 / 5)

Et c’est ce gars-là qu’on retrouve enfin avec son cinquième opus, «De l’autre côté des montagnes», après deux disques qui nous laissaient perplexes dans lesquels il tentait de se «moderniser» du côté de la pop, de l’électro et du… slam.  Mais en 2016, Arsenault revient à ce qu’il sait faire le mieux: du folk intime. Sous une belle pochette sépia, les chansons émouvantes reviennent, et ça fait un bien fou: De l’autre côté des montagnes;  Les jours de pluie; Rappelle-moi; Une guitare, une valise; Dors comme une montagne; etc. Comme chez Renaud, on saute quelques morceaux moins réussis.

Mais comme chez Séguin, on se dit qu’on tient là une pièce majeure de leur répertoire, née loin des métropoles, dans les Cantons-de-l’Est pour l’un, en Gaspésie pour l’autre, là où ils vivent, les pieds dans la terre, peu importe l’air du temps.

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Un extrait du Guillaume Arsenault est en écoute ici

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Chansons pour durer toujours

22 novembre 2012

Un coffret, pour le passionné, c’est une grande joie.  Seuls les voisins ont le droit de se plaindre («Quoi? Encore Barbara? Merde, encore Julien Clerc!» ou «Il va nous lâcher avec son Brassens?»). En cette fin d’année, avec la ribambelle de belles parutions musicales de longue haleine, ça va gueuler dans le voisinage et ça va frémir de bonheur chez le dingue de chansons.

Ainsi, cette anthologie de Richard Séguin est pure joie. Elle couvre quatre décennies de carrière, à partir des albums des Séguin avec sa soeur jumelle Marie-Claire. Et l’auteur-compositeur-interprète est peut-être le seul de sa génération à avoir aussi bien vieilli, à avoir su s’adapter à l’air du temps sans se trahir et surtout avec un talent constant. Car le chanteur sait y faire, avec une solide habilité, de ses premiers morceaux qui sentaient bon le Flower Power des années 70 québécoises, à la pop-rock de ses tubes (Journée d’Amérique; L’ange vagabond; Aux portes du matin; etc.) jusqu’aux albums plus récents, d’un folk plus sobre et mûri. On serait même tenté de croire qu’Appalaches, son dernier opus studio, pourrait être son meilleur à vie.

Le boîtier en gros carton épais, manière artisanale, renferme trois compacts qui couvrent donc de 1972 à 2012. On dit que le choix des titres (remastérisés) a été fait par Séguin lui-même. Globalement, il est judicieux, quoiqu’on peut déplorer l’absence de Illusion (du splendide Fiori-Séguin de 1978) et d’Avec toi. Bonne idée aussi d’inclure un DVD du spectacle de la tournée De colères et d’espoir, capté aux Francofolies de Montréal en 2012. Séguin y était accompagné parfaitement par les guitaristes Hugo Perreault et Simon Godin. Quand tu détiens un tel répertoire, tu n’as pas besoin de plus.

Le format du coffret est celui des DVD, avec un livret luxueux d’une soixantaine de pages  contenant des extraits de propos du chanteur ou articles de presse ainsi qu’un long texte de présentation historique et biographique de Micheline Bleau (avec Élizabeth Gagnon à la recherche et Yves Archambault au graphisme de la pochette). L’oeuvre est bien mise en contexte et on explique les idées de l’homme derrière l’artiste. Louable entreprise. Très beau coffret.

Quelques sérieux bémols quand même: d’abord le côté artisanal de l’objet le rend beau mais souvent illisible. La provenance exacte des chansons n’est pas spécifiée, les crédits sont peu lisibles, sans oublier certaines fautes d’orthographe dans les titres, et l’oubli d’un morceau (Chanson pour Marthe, à la fin du cd 1) au verso du coffret, corrigé par un errata glissé à l’intérieur… On aurait aussi apprécié qu’il y ait plus de raretés (par exemple de son 33 tours jamais réédité en cd, Trace et contraste, 1980) ou même des inédits, qui sait, il doit en posséder dans ses tiroirs.

L’ensemble s’appelle Ma demeure, mais c’est aussi la nôtre. Et on s’y sent bien.

Spectra sort en parallèle une version en un seul cd, Les classiques, qui reproduit les paroles ainsi qu’un texte de Richard Séguin qui explique l’importance qu’a selon lui l’art de la chanson. Deux choses qui ne figurent pas dans Ma demeure, on pourra le regretter.

Richard Séguin, Ma demeure (3 cd, 1 dvd; Spectra) ainsi que Les classiques (1 cd; 17 titres; Spectra)

Richard Séguin, ange vagabond et rassembleur

15 janvier 2012

Richard Séguin sillonne actuellement les routes du Québec avec son spectacle «De colères et d’espoir», un titre que lui a emprunté Françoise David pour son livre. Ça donne le ton: c’est avec un artiste humainement engagé que l’on passe deux belles heures.

Sans lourdeur, avec humour, Séguin foulait hier soir la scène du cabaret-théâtre de Saint-Jean-sur-Richelieu. Deux guitaristes à ses côtés: Hugo Perrault et Simon Godin. Avec parfois quelques ajouts d’instruments. Un bout d’harmonica. Une formule parfaite.

C’était un Séguin intimiste, mais tout aussi rassembleur que vingt ans avant, quand il accueillait en cette même ville de grosses foules pour la St-Jean-Baptiste, en plein air. De cette époque, il a interprété hier quelques morceaux (L’ange vagabond; Journée d’Amérique; Protest Song; Sous les cheminées). Guère plus. Et c’était bien ainsi. Il a préféré nous offrir ses plus récentes chansons.

Joie du mélomane, car Séguin est un peu comme notre Francis Cabrel: un troubadour qui se bonifie avec le temps. Leur dernier album est probablement également leur meilleur. «Des roses & des orties» pour le Français, et «Appalaches» pour le Québécois. L’artisanat à son sommet: mot juste, mélodie qui se déroule, qui se prolonge dans nos têtes.

Séguin, interprète généreux, a chanté deux extraits de Douze hommes rapaillés, hommage à Gaston Miron.

Plus de quatre décennies après ses débuts, Richard Séguin demeure un des chanteurs les plus vibrants et attachants en ce pays.

Richard Séguin, la tournée De colères et d’espoir

P.-S. Les collectionneurs et amateurs passionnés feraient bien, en assistant à cette tournée, de faire un tour à la table de marchandises en vente. On n’a pas vu de t-shirts ou autres babioles, mais des objets autrement plus rares et précieux…

Le meilleur de 2011

10 décembre 2011

Daphné

Depuis quelques années, il s’agit de ne rien oublier des coups de cœur musicaux. Alors, tout noter, au fur à mesure. Revisiter à l’occasion les mêmes albums, pour savoir si notre avis tient toujours la route, l’usure. La plupart du temps, ça tient encore, sauf pour le dernier opus de Martin Léon qui, passé l’enthousiasme de la découverte, ne laisse pas un grand souvenir malgré toute notre bonne volonté.

Une année 2011 en chanson assez décevante, avec beaucoup de ratés pour de grands artistes (Daniel Darc, Dick Rivers, etc.).

Meilleurs disques

1) Philippe B, Variations fantômes

Chanson métissée. Il fait l’unanimité chez les journalistes, toutes allégeances confondues, mais ne gagne rien au minable gala de l’ADISQ ni au plus indépendant GAMIQ? Qu’importe. Philippe B est un des plus grands artistes québécois actuels et Variations fantômes est immense, d’une richesse réjouissante. Seul hic, une pochette assez quelconque.

2) Daphné, Bleu Venise

Chanson élégante pour piano fragile. Après deux disques assez maniérés et agaçants, on n’attendait rien du troisième Daphné. Et pourtant, quelle claque! Comme une Benjamin Biolay première époque, elle signe des chansons délicates, somptueuses.

3) Richard Séguin, Appalaches

Chansons pour durer toujours, si on veut rendre hommage au titre d’un morceau signé par la récemment décédée Louky Bersianik que chantait Richard Séguin. Voilà un artiste qui ne cesse de grandir avec le temps, avec une maîtrise sidérante de l’art de fabriquer des chansons artisanales. Cet homme, avec plus de quatre décennies au compteur artistique, est un trésor national.

4) Wladimir Anselme, Les heures courtes

Pop de haute volée. Encore un qu’on n’attendait pas, plus de dix ans après un premier album éparpillé. Avec Les heures courtes, Anselme nage dans le romantisme, le foisonnant.

5) Pierre Lapointe, Seul au piano – en concert

Chansons noires pour temps gris. Du piano, rien que du piano. Une voix. Des morceaux crève-cœur. Le deuxième meilleur album de Pierre Lapointe, après La forêt des mal-aimés.

Ça tourne régulièrement

Alex Beaupain, Les bien-aimés

Certes, il y a trois ou quatre chansons, voire cinq, à jeter sur cette trame sonore. Mais on est comme aimanté par elle, le CD revient se lover dans le lecteur fréquemment. Et dire qu’on n’a pas encore vu le film qui vient avec. La sortie DVD est prévue en France pour janvier 2012. Sur les écrans québécois, on ne saurait dire.

Révélation / espoir

Antoine Corriveau / Salomé Leclerc

Deux artistes québécois qui ont lancé un premier disque qui augure du meilleur pour la suite de leur carrière. L’un en indépendant, l’autre soutenue par la grosse machine d’Audiogram.

Révélations un peu trop tard

De Calm, Le film définitif…

Bande originale chantée d’un film imaginaire. Quelques semaines après la sortie de son premier disque, le chanteur de De Calm m’écrit un courriel. Machinalement, je vais écouter des extraits sur Internet. Une chanson hyper accrocheuse attire mon attention : L’envie d’écouter Miossec. Dans la foulée, le désir de tout entendre, d’y revenir, d’aimer, parfois ébloui.

Philémon Chante, Les sessions cubaines

Pour une fois, vous pouvez vous fier aux branchouilles, aux snobs et aux plumitifs de la scène locale. Ils encensent cet album qui le mérite grandement. Sorti une première fois en indépendant en 2010, repris par Audiogram quelques mois plus tard, ce sont de superbes chansons mélancoliques fabriquées par un Québécois, d’une langueur nourrie par les musiciens cubains. À noter qu’on peut trouver en téléchargement payant un maxi de 6 titres titré «EP 2008» qui contient quelques-unes des chansons de l’album, enregistrées cette fois au Québec.

Les plus surévalués

Richard Desjardins, L’existoire

Brigitte Fontaine, L’un n’empêche pas l’autre

Daniel Darc, La taille de mon âme

La pire reprise

Juliette et François Morel, Parachutiste (album hommage à Maxime Le Forestier, La maison bleue)

Plus discrète et belle collaboration

Daniel Lavoie et Louis-Jean Cormier sur J’ai quitté mon île (album de réenregistrements J’écoute la radio de Lavoie)


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