Posts Tagged ‘Philémon Chante’

Murmurer

3 novembre 2014

recto

Récemment, Vincent Delerm nous avait offert «Les amants parallèles» et Albin de la Simone, «Un homme». Pour son troisième album, Stéphanie Lapointe emprunte la couleur sépia de la pochette à son ami Albin et signe le splendide «Les amours parallèles».

Le dernier opus de la demoiselle Lapointe remontait déjà à 2009 et figurait parmi les meilleurs crus de l’année. Depuis, elle a fait l’actrice, un peu de ciné, de télé, participation à la comédie musicale «Les filles de Caleb», mais c’est en murmureuse de chansons qu’elle fait merveille. On parlerait d’enchantement si le mot n’était pas usé. Elle, a contrario, semble toute fraîche et épanouie.

Voici une interprète qui transcende tout ce qu’elle chante, mais de manière discrète. Aucun flafla dans sa démarche, tout est dans la retenue. Elle effleure les textes, vaporeuse, délicate, troublante. Une chanteuse de l’intime, pour oreilles attentives, un peu comme Élisa Point en France.

Contrairement au cd précédent, où elle signait presque toutes les paroles, Stéphanie Lapointe s’est mis à la bouche les chansons des autres. On retrouve une reprise de Gainsbourg (Un jour comme un autre), une autre de 2008 signée Jane Birkin (Pourquoi). Puis des auteurs-compositeurs plus jeunes : les talentueux Philippe B et Philémon Cimon (qui fait un duo avec elle), des saveurs à la mode (Jimmy Hunt, Stéphane Lafleur), une parenthèse anglo avec Leif Vollebekk, ainsi que, par deux fois, Kim Doré sur une musique de Forêt.

C’est justement à Forêt, combo québécois composé de Joseph Marchand et Émilie Laforest, que l’on doit la réalisation sobre et racée. Un disque comme une bulle hors du temps, jamais démodée.

Au bout du court voyage, on se rappelle que Stéphanie Lapointe sait nous emmener là où elle veut, mine de rien. Sensuel périple, même si on espère qu’elle se remette à l’écriture la prochaine fois.

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En attendant l’été

25 février 2014

philemon

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Parmi les nouveautés de 2014, certaines valent le détour. D’abord, pour ceux qui aiment la nouvelle pop à la française, il faut souligner le retour en forme du vétéran Dominique Dalcan et de Ludéal. J’ai pour ce dernier un faible particulier depuis son premier album, il vient de publier son troisième.

Sinon, vous avez peut-être lu tous les éloges pour le Québécois Philémon Cimon, c’est amplement mérité. Déjà, avec «Les sessions cubaines», enregistrées en quelques jours avec des musiciens de et à Cuba, l’auteur-compositeur-interprète signait un objet unique, rafraîchissant de fausse naïveté et de vraie mélancolie, des chansons en apesanteur, superbes. Son nouveau cd, «L’été», est moins original (ou moins exotique), mais c’est une belle offre pop québécoise de cet hiver. À souligner qu’il inclut un pdf à télécharger sur Internet, c’est un recueil de textes d’auteurs d’ici inspirés par les morceaux de l’album… Riche idée! Dans le lot, soulignons une émouvante Chanson pour Philémon (Avant de repartir au nord) signée Élise Turcotte, en parfaite osmose avec le chanteur, et qui commence ainsi:

«Au parce México je me suis assise
et j’ai planté mes poèmes
dans l’allée des chiens endormis
un désespoir est apparu entre deux arbres vieux
une sculpture de sons
des lierres vivants dans une forêt de nuages
un peu de mousse sur le toit de la mort»

La séance cubaine

29 août 2012

Photo: Jacques Grenier – Le Devoir

En 2010, le jeune auteur-compositeur-interprète québécois Philémon Chante  lançait son premier opus, Les sessions cubaines. Première sortie discrète en indépendant, le CD fut pris en charge et relancé par l’importante étiquette Audiogram. Les spécialistes de la scène locale s’enthousiasmaient ainsi que certains journalistes plus rock. La rumeur enfla, les palmarès de fin d’année célébraient le phénomène.

Et de fait, c’est un disque unique et magnifique, porté par un souffle créatif, une ferveur et une mélancolie imparables. Philémon avait fui le Québec en 2009 pour s’aérer un peu la tête à Cuba. Au fil des rencontres avec des musiciens cubains, il décida d’enregistrer sur place les chansons qu’il voulait mettre en boîte chez lui. L’alliance entre le son cubain et les morceaux du jeune artiste est phénoménal. Une chimie parfaite, tout ça en deux ou trois jours. Avec Vaincre l’automne, il est bouleversant.

Deux ans passent. Philémon décide de retourner à Cuba et de filmer ses retrouvailles avec les amis de là-bas. Ça donne le documentaire de Pedro Ruiz, Philémon Chante Habana. Les images sont très belles, on découvre un Philémon à la fois philosophe et hyper émotif, on le jurerait à deux doigts de casser. La mélancolie qu’il draine dans ses chansons semble inscrite en lui, en intraveineuse, malgré les rigolades entre copains. Le seul problème c’est que le doc fait près de 90 minutes, c’est beaucoup trop pour si peu de matière. Une heure aurait été suffisant.

Pas certain que ce film convaincra ceux qui ne connaissent pas déjà le disque, mais il s’agit d’un prolongement de fort bonne facture.

La bande annonce

Ça prend l’affiche à l’Excentris à Montréal la semaine prochaine. Le Festival des films du monde de Montréal l’a eu en avant-première.

Le meilleur de 2011

10 décembre 2011

Daphné

Depuis quelques années, il s’agit de ne rien oublier des coups de cœur musicaux. Alors, tout noter, au fur à mesure. Revisiter à l’occasion les mêmes albums, pour savoir si notre avis tient toujours la route, l’usure. La plupart du temps, ça tient encore, sauf pour le dernier opus de Martin Léon qui, passé l’enthousiasme de la découverte, ne laisse pas un grand souvenir malgré toute notre bonne volonté.

Une année 2011 en chanson assez décevante, avec beaucoup de ratés pour de grands artistes (Daniel Darc, Dick Rivers, etc.).

Meilleurs disques

1) Philippe B, Variations fantômes

Chanson métissée. Il fait l’unanimité chez les journalistes, toutes allégeances confondues, mais ne gagne rien au minable gala de l’ADISQ ni au plus indépendant GAMIQ? Qu’importe. Philippe B est un des plus grands artistes québécois actuels et Variations fantômes est immense, d’une richesse réjouissante. Seul hic, une pochette assez quelconque.

2) Daphné, Bleu Venise

Chanson élégante pour piano fragile. Après deux disques assez maniérés et agaçants, on n’attendait rien du troisième Daphné. Et pourtant, quelle claque! Comme une Benjamin Biolay première époque, elle signe des chansons délicates, somptueuses.

3) Richard Séguin, Appalaches

Chansons pour durer toujours, si on veut rendre hommage au titre d’un morceau signé par la récemment décédée Louky Bersianik que chantait Richard Séguin. Voilà un artiste qui ne cesse de grandir avec le temps, avec une maîtrise sidérante de l’art de fabriquer des chansons artisanales. Cet homme, avec plus de quatre décennies au compteur artistique, est un trésor national.

4) Wladimir Anselme, Les heures courtes

Pop de haute volée. Encore un qu’on n’attendait pas, plus de dix ans après un premier album éparpillé. Avec Les heures courtes, Anselme nage dans le romantisme, le foisonnant.

5) Pierre Lapointe, Seul au piano – en concert

Chansons noires pour temps gris. Du piano, rien que du piano. Une voix. Des morceaux crève-cœur. Le deuxième meilleur album de Pierre Lapointe, après La forêt des mal-aimés.

Ça tourne régulièrement

Alex Beaupain, Les bien-aimés

Certes, il y a trois ou quatre chansons, voire cinq, à jeter sur cette trame sonore. Mais on est comme aimanté par elle, le CD revient se lover dans le lecteur fréquemment. Et dire qu’on n’a pas encore vu le film qui vient avec. La sortie DVD est prévue en France pour janvier 2012. Sur les écrans québécois, on ne saurait dire.

Révélation / espoir

Antoine Corriveau / Salomé Leclerc

Deux artistes québécois qui ont lancé un premier disque qui augure du meilleur pour la suite de leur carrière. L’un en indépendant, l’autre soutenue par la grosse machine d’Audiogram.

Révélations un peu trop tard

De Calm, Le film définitif…

Bande originale chantée d’un film imaginaire. Quelques semaines après la sortie de son premier disque, le chanteur de De Calm m’écrit un courriel. Machinalement, je vais écouter des extraits sur Internet. Une chanson hyper accrocheuse attire mon attention : L’envie d’écouter Miossec. Dans la foulée, le désir de tout entendre, d’y revenir, d’aimer, parfois ébloui.

Philémon Chante, Les sessions cubaines

Pour une fois, vous pouvez vous fier aux branchouilles, aux snobs et aux plumitifs de la scène locale. Ils encensent cet album qui le mérite grandement. Sorti une première fois en indépendant en 2010, repris par Audiogram quelques mois plus tard, ce sont de superbes chansons mélancoliques fabriquées par un Québécois, d’une langueur nourrie par les musiciens cubains. À noter qu’on peut trouver en téléchargement payant un maxi de 6 titres titré «EP 2008» qui contient quelques-unes des chansons de l’album, enregistrées cette fois au Québec.

Les plus surévalués

Richard Desjardins, L’existoire

Brigitte Fontaine, L’un n’empêche pas l’autre

Daniel Darc, La taille de mon âme

La pire reprise

Juliette et François Morel, Parachutiste (album hommage à Maxime Le Forestier, La maison bleue)

Plus discrète et belle collaboration

Daniel Lavoie et Louis-Jean Cormier sur J’ai quitté mon île (album de réenregistrements J’écoute la radio de Lavoie)


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