Posts Tagged ‘Paul Piché’

Belliard, pour la suite du monde

29 avril 2020

039857

Avec quelques mois de retard, paraît enfin le Tome VI des «Légendes d’un peuple» d’Alexandre Belliard, chez Les Disques Gavroche, conjointement avec Septentrion. Tout est là: gavroche, probablement pour saluer l’importance capitale du chanteur parisien Renaud. Et au verso du livre, on peut lire: «Édité et imprimé au Québec». Le chanteur vit au coeur de ses racines québécoises, et célèbre avec ses Légendes la francophonie de partout.

Dans une volume précédent, Belliard faisait chanter à Paul Piché: «Si l’indépendance n’est pas faite/C’est qu’elle sera toujours à faire». Émouvante confession, rêve frémissant. Dans ce sixième tome, Belliard rend carrément hommage à son aîné en lui consacrant toute une chanson, Enfin le printemps. Et ça nous chauffe la couenne d’entendre une pareille chose. À qui appartient le beau temps? Aux créateurs de cette trempe. Pour la suite du monde, on a besoin d’eux.

Tout au long des onze morceaux de ce disque, Belliard salue Pauline Julien, Leonard Cohen, Serge Bouchard, mais également Simon Bolivar ou Jeanne Mance. Le propos est certes éducatif, mais il en résulte d’abord et avant tout de bonnes chansons. On apprécie encore une fois le travail des musiciens, Hugo Perreault en tête. Parmi les invités spéciaux, notons Richard Séguin, Jorane, Daran et même Jean-Martin Aussant! Par contre, faire chanter des enfants, est-ce indispensable? Heureusement, ils ne sont pas là souvent et restent assez discrets.

Il ne faudrait pas oublier le bouquin, puisque c’est un livre/cd. Bel objet, richement illustré: dessins, manuscrit, photos. Écrit par Belliard avec la collaboration, pour un texte chacune, de Monique Giroux et Catherine Pogonat. On présente les chansons, on remet dans le contexte. Et le plus émouvant, c’est lorsque Belliard se raconte lui-même dans quelques pages autobiographiques. On a envie d’être dans ces scènes qu’il raconte sobrement.

En terminant, je vous propose mon entretien resté inédit avec le chanteur.  Réalisé en juillet 2019,  on y évoque sa nouvelle tournée, ses sources d’inspiration et sa manière de travailler…

Chansons régionales

Le Johannais Alexandre Belliard pose ses valises le temps d’une série de six spectacles thématiques. Avec Légendaires et immortels, il racontera en chansons folks-pop la grande épopée des francophones d’Amérique. Première escale : Les grandes espérances, avec Patrice Michaud en invité spécial.

En 2012, le chanteur lançait un premier album de «Légendes d’un peuple», original projet d’envergure, et qui se poursuivra dans les prochains mois avec un volume 6 (cet automne) et 7 (vers le printemps 2020). «Pour Légendaires et immortels, j’ai décidé de recouper par thématiques les chansons sur lesquelles j’ai travaillé depuis quelques années. Je vais regrouper des personnages. C’est la première fois que je fais ça, ce sera six spectacles différents. Parce que sinon, c’étaient toujours les mêmes chansons qui revenaient dans mes spectacles, avec les personnages plus flamboyants, alors que d’autres passaient sous le radar. Mais là, je voulais faire une fresque avec l’ensemble des personnages. J’habite à Saint-Jean maintenant, je voulais développer une résidence ici. J’avais envie de travailler localement. Je voyage beaucoup, c’est super cool d’aller chanter en Colombie ou au Mexique, mais c’est important aussi de parler au monde à côté, que tu côtoies, rencontrer les jeunes de la région.» Belliard célèbrera les personnalités johannaises avec, entre autres, une chanson sur le joueur de baseball et animateur Claude Raymond!

Pour le coup d’envoi, ce sera Les grandes espérances : «Ça raconte la fondation de la Nouvelle-France, de Montréal, de Saint-Jean… avec Champlain, qui est le premier Européen à avoir remonté la rivière dite aux Iroquois. Je vais parler du développement de la région à travers ces personnages-là, comme Charles Le Moyne, second baron de Longueuil, à qui appartenaient les terres de la Rive-sud et de la Montérégie pratiquement au complet… Parmi mes recherches, j’ai lu le livre « Regard sur 350 ans d’histoire de Saint-Jean-sur-Richelieu », il m’a donné un résumé de l’histoire locale : les nomenclatures différentes de la rivière Richelieu, la fondation des forts… ça va jusqu’à Gerry!», s’amuse-t-il en faisant référence au chanteur d’Offenbach! L’artiste se promène aussi dans la région pour s’inspirer des lieux, apprendre sans cesse : musées, bunker de Lacolle, fort de l’Île-aux-noix, etc.

«Dans la conception du spectacle, je voulais aussi impliquer la population. Alors j’ai donné cinq ateliers d’écriture auxquels j’ai convié les gens d’ici : on écrivait des chansons sur des personnages. Je passais deux heures par semaine avec eux, c’était vraiment cool. Mon objectif secret, c’était qu’un de ces textes-là se rende jusqu’au spectacle. Même si je ne pouvais pas leur dire tel quel, j’espérais avoir un texte, le mettre en musique et le chanter. Et c’est arrivé ! Il y en aura une ! Écrite par une citoyenne d’ici !» Mais on avance trop vite, car cette chanson sera interprétée seulement en mars, dans le cinquième et avant-dernier concert.

Au téléphone avec Alexandre Belliard, pas facile de garder une route bien balisée par des questions préparées d’avance : on bifurque, on revient, et on s’éloigne… Lorsqu’on lui recommande le bouquin «Apparence» d’un autre écrivain du coin, Jacques Boulerice, il se dit content qu’on le sorte un peu de ses obsessions historiques. Le chanteur ne se plaint pas, il en est heureux, mais il reçoit quand même beaucoup de suggestions de chansons, des biographies, etc. Des appels à témoigner. On le sait, mais on ne pourra pas s’empêcher d’y aller avec notre propre suggestion: Pierre Foglia. Notre immortel chroniqueur.

Pour Les grandes espérances, Belliard a convié Patrice Michaud à venir chanter Paul Chomedey de Maisonneuve, comme il l’avait fait sur Légendes d’un peuple – le collectif (2014). Michaud aura aussi l’occasion d’interpréter une chanson personnelle. On n’a pas demandé laquelle, ce sera une surprise.

Francis Hébert

Québécitude

15 novembre 2012

Encore une très belle réédition qui souligne cette fois le 35e anniversaire du premier album de Paul Piché, qui nous plonge dans notre joyeuse québécitude, à une époque où la chanson sociale pouvait se pratiquer sur des airs de musique traditionnelle. Pas certain qu’un amateur de chanson francophone qui écouterait, en 2012, pour la première fois ce disque à l’âge adulte y trouverait son compte, mais nous sommes des milliers, de tous âges, à avoir adoré les chansons de À qui appartient l’beau temps? Et on est en présence d’une série de vrais classiques québécois, de ceux qui rassemblent les générations autour de morceaux contagieux: Heureux d’un printemps, Y’a pas grand- chose dans l’ciel à soir, Mon Joe…

Bonne idée de le rééditer, car l’édition cd datait déjà de 1987. Ici, on a remastérisé l’album orignal. C’est un réel plaisir de retrouver, par exemple, Chu pas mal mal parti, une des plus fortes du répertoire de Paul Piché. Et s’il y a quelqu’un que l’on doit remercier pour ce 33 tours original, c’est Robert Léger, le co-réalisateur (avec Michel Lachance). En 1977, Léger venait de quitter son groupe Beau Dommage et avait désormais envie de se consacrer à la réalisation d’albums. On raconte qu’il aurait mis deux ans à convaincre Piché d’entrer en studio, ce dernier ayant des réticences à le faire car ça faisait trop commercial et ça ne cadrait pas avec ses idées révolutionnaires! C’était une autre époque, l’idéalisme, le rêve y avaient droit de cité.

Non seulement c’est Robert Léger qui a convaincu Piché du bien fondé du projet, mais il a pris les choses en main comme un directeur artistique, sélectionnant avec le chanteur quelles chansons inclure et quelles rejeter (hélas, il ne semble plus rester trace de certaines exclues). Et il a convié pour l’enregistrement ses compagnons de l’entourage de Beau Dommage (Rivard, Bertrand) et d’Harmonium (Serge Fiori joue des guitares sur Réjean Pesant, Neil Chotem du piano Fender Rhodes, Liebert Subirana du saxophone), sans oublier l’harmoniciste et tapeux d’pieds Alain Lamontagne sur l’extraordinaire Y’a pas grand-chose dans l’ciel à soir…

C’est toute cette effervescence qui revit ici sur ce double compact à la présentation soignée, à la pochette dûment cartonnée, avec les paroles des chansons (sauf pour Réjean Pesant, oubliée). Un deuxième cd propose une relecture d’Heureux d’un printemps par Loco Locass et deux documentaires audio. Le premier, très intéressant, raconte en 40 minutes la genèse de l’album avec les témoignages de Piché, son attaché de presse de l’époque Jacques Ouimet et bien sûr le maître d’oeuvre, Robert Léger. Dans le deuxième document sonore (33 minutes), le chanteur revient sur chacune des chansons du disque, en y allant d’anecdotes et de propos sociaux. On aurait préféré que le premier soit plus long, plus complet (avec par exemple des explications sur le choix de la pochette, des photos, etc.) et le deuxième, plus court, mais ce deuxième compact est instructif et l’ensemble de cette réédition très réussie redonne envie de plonger dans notre québécitude, à une ère bénie où on rêvait encore d’un pays.

Paul Piché, À qui appartient l’beau temps? (remastérisé; 2 cd; Audiogram)


%d blogueurs aiment cette page :