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Leprest s’éteint de nouveau

24 décembre 2011

Louis Capart

Quelques réflexions en vrac pour terminer 2011, avant de s’enfouir dans les festivités…

On parle de moins en moins de chanson francophone dans les médias. Il n’y a qu’à voir ce qu’écoutent les chanteurs francophones eux-mêmes et les palmarès personnels des journalistes pour se l’expliquer: ils s’intéressent au franco dans une proportion de 15 à 20 % environ. En plus, même les Français se sont mis à chanter en anglais. Karkwa disait grosso modo être le seul groupe à chanter en français dans les festivals européens!

En 2005, le franco avait la cote: Les Inrocks (aussi bien dire la Bible) en parlaient régulièrement avec des papiers autant sur Léo Ferré et Brassens que sur Albin de la Simone et Vincent Delerm. Plus aujourd’hui. L’intérêt s’est émoussé. Il continue à sortir énormément de chanson française, mais elle n’est plus un phénomène branché, regagnant sa ringardise d’autrefois.

Moi-même, j’écoute beaucoup de pop et de nouvelle chanson françaises, délaissant toute une part importante du répertoire: les chanteurs à texte, «poétiques», Rive Gauche… Ces artistes de grande qualité existent encore, mais plus personne n’en parle.

Pourtant, une des plus belles rééditions de la dernière année, on la doit à Louis Capart, un chanteur tout ce qui a de plus traditionnellement poétique, proche de la mi-soixantaine et trente ans de carrière derrière lui. Il a publié le double cd «Premières chansons – L’intégrale» (en fait presqu’intégrale). Les amateurs de Bertin, Caussimon, Brassens, Ferré devraient se ruer là-dessus. La parole et la guitare sont limpides, d’une grande beauté.

Mais il faut également dire que cette chanson-là est difficile à trouver, souvent autoproduite.

Et qu’elle peut aussi être assez peu imaginative.

Allain Leprest est le meilleur exemple.

Ça fait au moins 15 ans que tous les spécialistes de la chanson française à texte (c’est-à-dire les descendants de Brel-Brassens-Ferré) déclarent Leprest le plus génial des méconnus. Génial, c’est vrai, il peut l’être: dans son album «Voce a mano», déjà présenté ici. Excellent parolier pour Francesca Solleville, Romain Didier (Les grilles, par exemple).

Hélas, pendant les dix dernières années de sa vie, car il a choisi de nous quitter cet été, il n’était juste plus à la hauteur, alignant les productions sans grand intérêt. La maladie était passée par là.

Juste avant de partir, il a enregistré, avec un accompagnement de piano pour le soutenir, les voix de son nouvel album: «Leprest symphonique». Son ami et fidèle complice Romain Didier a écrit les arrangements pour orchestre, Leprest ne les a jamais entendus. La formation symphonique est venue après coup pour poser leurs notes sur sa voix très abîmée par une quarantaine d’années de tabagisme, l’alcool…

Ça aurait pu être grandiose, car les arrangements le sont. Didier est un maître. Hélas, le CD déçoit.

Leprest lui-même n’a plus l’expressivité qui faisait sa force. À juste titre, on le comparait à Brel.

Mais le pire, c’est le choix des chansons. Son producteur et lui ont trié ensemble et sélectionné parmi des centaines de textes.

Ce n’est pas très heureux. Des choses faiblardes ou sans intérêt. Des versions nettement moins bonnes que les originales. Pour celles que Leprest n’a pas pu enregistrer lui-même, on a demandé à ses copains de venir donner un coup de voix: Daniel Lavoie (excellent), Enzo Enzo, Christophe, Romain Didier, etc.

Il manque des chansons magnifiques et méconnues, qui auraient donné une valeur supplémentaire pour les déjà amateurs de Leprest qui en ont marre d’entendre sans arrêt le même répertoire de scène. Par exemple, Le dico de grand-mère; Le poing de mon pote; Garde-moi la mer; Chanter des fois; Le Cotentin; etc.

Pour résumer la carrière de Leprest, on préférera se repasser «Il pleut sur la mer», un enregistrement à l’Olympia de 1995…

Le point commun de ce cd en public et la réédition de Louis Capart, outre la belle poésie de l’écriture, la qualité des mélodies?

La richesse du livret. La reproduction des textes. Des photos sobres et évocatrices.

Des chanteurs de paroles à prendre le temps de réécouter.

Pour 2012, on souhaite le retour d’un des meilleurs parmi eux: Gilbert Laffaille.

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