Posts Tagged ‘Gilles Bélanger’

Une semaine à la campagne

29 avril 2016

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Sept jours en mai, collectif (Spectra musique)

D’emblée, le mélomane sourit tellement ce nouveau projet est excitant et prometteur. Pour «Sept jours en mai», dont le disque vient juste de paraître, on a réuni sept artistes afin de créer et d’enregistrer un album de nouvelles chansons en une semaine. On y retrouve Michel Rivard, Mara Tremblay, Luc de Larochellière, Éric Goulet, Gilles Bélanger ainsi que le duo Ariane Ouellet et Carl Prévost des Mountain Daisies.

À notre ère moderne, les chanteurs peuvent désormais rester tranquillement chez eux et bidouiller seuls un album de bonne qualité sonore et technique. La technologie a démocratisé l’art de l’enregistrement. Il n’est plus nécessaire d’avoir de gros moyens financiers et le soutien d’une maison de disques. On a ainsi vu une génération d’artistes habitués à tout faire eux-mêmes, en oubliant que la création peut être un joyeux bordel collectif, que l’échange peut être fécond, pousser l’individu plus loin ou simplement ailleurs. Les riches heures de la musique des années 60 et 70 étaient souvent des aventures à plusieurs.

Le producteur québécois Spectra a peut-être senti qu’il était temps d’insuffler un peu de collectif dans notre époque individualiste. Au cours des dernières années, on lui doit les trois volumes des «Douze hommes rapaillés» pour saluer Gaston Miron, un hommage à Jacques Brel qui faisait appel tant à Diane Tell qu’à Paul Piché, sans oublier le réjouissant «Légende d’un peuple – le collectif» autour des chansons historiques d’Alexandre Belliard ou «Fioritudes» autour de Serge Fiori.

Avec «Sept jours en mai», on se rend à la campagne, dans un chalet/studio d’enregistrement de Valcourt. On laisse le hasard s’amuser. Les chanteurs sont invités le matin à piger le nom de leur partenaire de création ainsi qu’un thème ou quelques mots. Chacune des trois équipes ainsi formées disposent de trois heures pour écrire une chanson ensemble. Après le dîner, on remet ça, avec de nouveaux camarades. Trois heures, un morceau. Après trois jours et demi, on a un baluchon de 21 nouvelles chansons, dont 14 se retrouvent aujourd’hui sur le cd. Car pour le reste de la semaine campagnarde de mai 2015, on les enregistre tous ensemble, on fait des chœurs ou on joue sur les œuvres des consoeurs et confrères.

L’environnement sonore est essentiellement acoustique, avec une touche de pop, un peu de folk, un soupçon de country. Il faut souligner la réalisation d’Éric Goulet qui donne à l’ensemble quelque chose de cohérent, une énergie festive qui rappelle parfois Beau Dommage. On doit d’ailleurs à Michel Rivard deux des plus belles réussites de l’opus (Les feuilles mortes ne volent qu’une fois, écrite avec Goulet et Les amoureux de l’urgence avec Mara Tremblay).

La bande parcourra bientôt les routes du Québec pour nous faire entendre ce répertoire encore frais, revitalisant l’esprit communautaire.

Francis Hébert

(pour le mensuel L’entacte; mai 2016)

Court documentaire vidéo pour voir les décors du projet dans ce lien

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Une grande tragédienne

11 juin 2015

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Dans les années 70, le raffiné David McNeil ironisait en chantant qu’il voulait être la grande dame de la chanson française. Probablement songeait-il à ce moment à Juliette Gréco et autres mythes de la scène parisienne. Ça prend une stature, un charisme, une haute tenue poétique. Des artistes respectables, que l’on garde à distance, tant ils semblent lointains avec, parfois, un certain snobisme ou maniérisme.

En 2006, à notre hebdo culturel montréalais plus proche des Inrocks que de Chorus, les cahiers de la chanson, je reçois un cd parmi les piles qui montaient chaque jour et devenaient effrayantes et lassantes. La pochette est ornée d’une toile de Lise Rocher, et je ne sais rien de cette Sandra Le Couteur. Allez, hop, en route pour la découverte. La première chanson, signée Gilles Bélanger, est bouleversante : Absence. Du genre à clouer sur place. Sidéré. Dans la foulée, je publie cette critique le 2 février dans Voir : «Extraordinaire interprète, l’Acadienne Sandra Le Couteur a produit un somptueux album de chansons poétiques comme on n’en entend plus guère, avec une retenue et une simplicité remarquables. Réalisé par Francis Covan, La demoiselle du traversier prend les couleurs du piano, de l’accordéon, du violon. Les chansons nous viennent principalement d’Acadie et du Québec avec les Gilles Bélanger, Sylvie Royer, Calixte Duguay, Michel Marin, etc. Que des grands textes, riches, écrits avec dextérité. On parle d’amour et de mer, de Gauguin et d’embruns, et avec quelle force! Une souplesse et une classe folles chez cette dame, absolument à contre-courant et intemporelle, chanteuse traversière.» (4 étoiles sur 5) L’emballement se poursuit en 2011 avec le deuxième cd, «Terre natale», et je termine ma critique par ces mots : «Un opus beau et apaisant, comme un fleuve qui s’étale au loin.» (3, 5 / 5)

2015 sonne, la grande dame publie la suite : «Le phare». La jolie pochette lui donne des airs de tragédienne de la chanson. On se renseigne sur son parcours, tant Le Couteur semble sortie de nulle part, puisque son premier album était paru alors qu’elle avait près de 50 ans ! Jeune adulte, elle avait une brasserie qui présentait des chansonniers. À Caraquet, elle remporte à 35 ans un concours de chanson en reprenant L’aigle noir de Barbara… Elle monte un spectacle avec du Barbara, du Léo Ferré. Elle reprend sur disques également Brel, Vian et, sur «Le phare» une chanson de Monsieur Mono (Éric Goulet). Mais l’essentiel de son art est ailleurs : dans la création de chansons taillées pour elle, dont elle offre la primeur. Pour ce nouvel opus, Sandra se décide à signer deux textes. Encore une fois, les auteurs et compositeurs font de la belle ouvrage. Signalons que son fils, le poète Valéry Robichaud, ainsi que Gilles Bélanger sont toujours présents. Tristan Malavoy et Viviane Audet font leur entrée.

On a confié la réalisation à Éric Goulet, artiste aux multiples facettes (rock, romantique, country)… Il modernise un peu le son, le rendant un peu plus pop, mais pas trop. Ça demeure de la chanson française classique, amoureuse du verbe. Goulet tient d’ailleurs lui-même les batterie, basse, guitares et claviers. Malgré tout le respect que l’on a pour lui, on le préfère dans son rôle de Monsieur Mono ou dans le sombre «La nuit dérobée», un incontournable du rock québécois avec son groupe Les Chiens.

La voix de Sandra Le Couteur laisse pantois. Puissante, vibrante, elle rappelle parfois avec bonheur celle de Monique Morelli, immense interprète de chansons poétiques, hélas un peu oubliée. Mais celle de Le Couteur est plus suave. Voilà une dame qui donne envie de lui écrire des aubades. À l’ordinateur. On s’y met?

En attendant, je vous offre sa chanson Absence. Avec la permission de l’interprète, je la propose en téléchargement et/ou écoute intégrale en cliquant sur ce lien.

P.-S. Le livret a été écrit à la main et est illisible. On peut le télécharger ou le lire, sauf les remerciements, sur cette page. Trois extraits de son nouvel album sont disponibles sur ce site.

Gaston Miron «symphonisé»

30 mars 2014

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Pour la troisième fois, on retrouve les poèmes de Gaston Miron chantés par la bande des 12 hommes rapaillés. Les deux premiers cd connurent un étonnant mais mérité succès critique et public. On espérait depuis une suite, pour clore l’aventure d’aussi belle manière.

Il aura fallu attendre quatre ans, histoire de rameuter de nouveau ces chanteurs hétéroclites mais unis par l’amour de l’œuvre «mironienne», dont Chloé Sainte-Marie fut la première interprète populaire. D’ailleurs, quelques chansons des volumes 1 et 2 avaient été créées (sur les mêmes mélodies) par l’actrice-chanteuse. Qu’elle en soit remerciée.

On retrouve donc autour du compositeur de toutes les musiques Gilles Bélanger, les Louis-Jean Cormier, Yann Perreau, Michel Rivard, Vincent Vallières, Jim Corcoran, Martin Léon, Daniel Lavoie, Richard Séguin, Pierre Flynn, Michel Faubert et Yves Lambert.

La nouveauté de ce troisième opus s’annonce dans son titre : «La symphonie rapaillée». Plutôt que d’enregistrer de nouveaux poèmes, on a choisi d’en reprendre une douzaine des deux premiers tomes et de les habiller avec de superbes arrangements symphoniques signés Blair Thomson (à qui l’on devait déjà un Michel Rivard symphonique en 2006). Ce n’est jamais pompeux, toujours au plus près des mots du poète. Les chanteurs sont à l’avenant : vibrants d’humanisme. Thomson dirige également l’orchestre de 24 musiciens. Et le résultat est remarquable, régulièrement plus puissant encore que les versions d’origine. Saluons également la réalisation et la direction artistique qui ont été confiées à Thomson, Louis-Jean Cormier et Martin Léon.

On pourrait tout citer tellement l’opus est riche. Même La corneille, exaspérante sur le tome 2, devient une création originale, inventive, dans une interprétation heureusement beaucoup plus sobre. Même si on aurait préféré entendre une vraie version (oublions celle cacophonique de l’intro) de Je t’écris pour te dire que je t’aime. Bien sûr, on peut regretter qu’il n’y ait pas de chansons inédites, mais peut-être que Gilles Bélanger s’en occupera seul, un jour ? Il en a le talent. Espérons-le : l’œuvre de Miron est bonne à y puiser encore au moins le temps d’un opus supplémentaire fait de matériel nouveau.

Pour le moment, l’aventure des hommes rapaillés sera transposée sur scène à la Maison symphonique de Montréal avec l’orchestre du même nom. Gageons que le mot ferveur sera approprié pour la décrire.

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12 hommes rapaillés, La symphonie rapaillée (Spectra)

Le cd sort le mardi premier avril mais on peut en attendant l’écouter intégralement sur le site d’Espace Musique.

En spectacle les 7 et 8 mai 2014 à la Maison symphonique de Montréal

Deux hommes rapaillés

2 septembre 2011

Je fais partie de ceux, nombreux, qui adorent les CD hommage à Gaston Miron, Douze hommes rapaillés.

Je ne connais qu’une seule personne de bon goût qui n’accroche pas trop, mais je lui pardonne, c’est un homme de piano. Moi, je préfère les guitares et elles sont belles sur ces deux disques.

Si c’était une triologie, ce serait parfait. Il ne faudrait pas pousser plus loin, à mon avis. Était-ce Pierre Foglia qui suggérait, à l’avenir, d’explorer d’autres poètes? La grande Chloé Sainte-Marie a beaucoup donné à Miron, et plusieurs des chansons créées par elle se sont ensuite retrouvées chez les douze hommes.

Ça serait très chouette que la belle aventure Miron se termine sur un DVD en spectacle qui réunirait enfin les douze hommes et la femme. Chloé a été la pionnière dans cette histoire, ça ne se dit pas assez… Comme on n’a pas assez dit à quel point le travail de Gilles Bélanger et Louis-Jean Cormier a été essentiel pour faire décoller ces poèmes…

Dimanche dernier, la télé de Radio-Canada a diffusé des extraits du spectacle Miron. Ce dimanche, à 19 h 30, c’est au tour de Jean-Pierre Ferland de saluer les 40 ans de l’album Jaune avec le concert donné cet été aux Francos de Montréal.

Deux beaux dimanches télévisuels.

 


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