Posts Tagged ‘Catherine Durand’

Traversées (2)

1 novembre 2012

Certains albums demandent du temps, des réécoutes, afin de les apprivoiser. Surtout quand on attend autre chose d’eux. C’est le cas des nouveaux Catherine Durand et Louis-Jean Cormier.

Pour être franc, quand on a appris que Durand s’apprêtait à changer de style, on a eu peur. Elle avait attendu son troisième opus (le joli Diaporama en 2005) pour se débarrasser de sa variété molle tendance FM pour nous plonger dans le folk délicat, doux et acoustique. On y était heureux. Bonheur prolongé avec le cd suivant, tout aussi réussi (Coeurs migratoires, 2008). Et là, on annonçait qu’elle ferait dans la pop atmosphérique, délaissant les guitares en bois pour les claviers. Sur scène, cet été aux Francofolies de Montréal, la différence choquait entre nouveau et vieux répertoire. Sur son cinquième, Les murs blancs du nord, fort heureusement, ça passe beaucoup mieux. Ça commence d’ailleurs par L’aube t’attendra, une chanson qu’on aurait pu retrouver sur les deux disques précédents. Puis Catherine installe une espèce de folk un peu planant, mais pas trop. Elle n’a pas ajouté de force des guitares électriques, des batteries et des claviers, à la dure, ça reste globalement tranquille. Ça ne frappe pas d’emblée le coeur comme avant, mais ça instaure un climat bien à elle.

Le projet «solo» de Louis-Jean Cormier était attendu depuis longtemps. Ce gars-là, on l’aime depuis des lustres. Karkwa est peut-être le groupe rock le plus littéraire, excitant et européen au Québec. Cormier pourrait chanter n’importe quoi, avec la voix qu’il a, ça crée instantanément des frissons. Mais il est aussi un artiste éclectique, d’immense talent. Jadis, il a joué sur scène pour Chloé Sainte-Marie. Il a fait un duo avec Marie-Claire Séguin sur une chanson de Gilles Vigneault, un autre avec Marie-Pierre Arthur sur un morceau de Jim Corcoran, un autre avec Daran, un autre avec Catherine Durand, sans oublier une collaboration discrète et remarquable le temps d’un titre de Daniel Lavoie… Et sa grande oeuvre, l’hommage discographique et scénique au poète québécois Gaston Miron, 12 hommes rapaillés.

D’un projet sans ses amis et musiciens de Karkwa, on aurait pu attendre un opus fébrile, dépouillé, presque nu et brut d’émotion, avec des textes plus directs et personnels. On aurait pris du folk acoustique, sa voix chaude. Mais il a choisi de nous surprendre, nous déstabiliser. Pour une partie des paroles et de la direction artistique, Louis-Jean a demandé de l’aide à Daniel Beaumont, l’excellent et singulier parolier de Tricot Machine et Renée Martel (sur le crève-coeur La fin est triste). Et il a convié des musiciens et choristes. Ça donne une pop-rock, parfois un peu trop échevelée (J’haïs les happy ends), mais bien accrocheuse dans ses moments plus calmes ou dénudés. Avec un refrain qui reste au coeur: «Je veux qu’on fasse le tour de la planète à vélo»…

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