Posts Tagged ‘Brigitte Fontaine’

Du côté d’Aram

12 mars 2018

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Paris, Place des Abbesses, années 70. Fondée par Pierre Barouh, la maison de disques Saravah s’installe avec des artistes bouillonnants et méconus du grand public : Jacques Higelin, Brigitte Fontaine, Jean-Roger Caussimon, David McNeil, etc. Son slogan fleure bon l’utopie : «Il y a des années où on a envie de ne rien faire.» Aram Sédèfian a fait partie de la bande à Saravah. Sous le simple nom d’Aram, il y publie son premier opus en 1976 : «À la terrasse du café» (hélas jamais réédité en cd). Deux décennies plus tard, Barouh en produit un deuxième : le très beau «Ces moments-là». Entre les deux, Aram a publié ailleurs une petite poignée de vinyles (45 et 33 tours), a quitté la chanson pour travailler dans le domaine du voyage, lui dont les parents sont arméniens mais qui est né à Lyon.

Aram reste discret et pudique. Ceux qui l’ont côtoyé parlent d’une élégance et d’un charme orientaux. C’est ce que l’on peut apprécier dans ses chansons aux effluves exotiques : une beauté, une aura mystérieuse. Elles demandent une approche lente. Elles se dévoilent patiemment. En 2012, Aram a enregistré en auto-production ce qu’il a fait de mieux pour le moment : «Instants volés – ballades». Quatorze chansons dépouillées, aux arrangements gracieux, avec Jean-Pierre Auffredo pour seul complice (guitares; ukulélé ; contrebasse). Deux titres avaient déjà été interprétés en 2007 par Hugues Aufray (Tout passe ; Photos). Maintenant, ils retournent à leur créateur. Et c’est un bonheur à entendre.

Il a un site officiel (c’est ici). Avec son autorisation, voici trois chansons (téléchargeables en cliquant ici) de cet opus qui se retrouvait déjà dans mon palmarès en 2013. Depuis lors, ce billet était dans un coin de ma tête, mais vous connaissez le slogan de Saravah…

 

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La mémoire qui chante

12 mai 2014

canetti

Grand découvreur de talents, Jacques Canetti a lancé sinon contribué aux carrières des Brel, Félix Leclerc, Brassens, Ferré, Béart, Gainsbourg, Mouloudji, Anne Sylvestre, etc. En 1962, il s’émancipe et fonde sa propre maison de productions discographiques. Il y privilégie la chanson dite d’auteurs pour la primauté accordée aux textes, mais les meilleurs soignent aussi les musiques et orchestrations. Et notons qu’on est essentiellement dans le règne des interprètes, alors que Canetti avait surtout découvert, dans la décennie précédente, des auteurs-compositeurs-interprètes (les fameux ACI).

Pour souligner les 50 ans des Productions Jacques Canetti, on réédite une pléiade de 33 tours qui ont fait époque. D’abord, quelques mots des coffrets «Les introuvables» (de quatre cd chacun). Couvrant la période 1964-1981, ils ne sont pas à proprement parler introuvables, disons plutôt qu’ils sont plus difficiles à dégoter depuis quelques années. Presque toutes les chansons de ces rééditions existaient déjà en cd, mais pas toujours dans le même emballage ou le même ordre. Pour qui aime les beaux objets, les pochettes d’origine, les œuvres pensées sous forme de vinyle 30 centimètres (une douzaine de titres, pour environ 35 minutes par opus), c’est déjà une sacrée bonne nouvelle.

Canetti avait du flair. Jugez un peu. Sur le volume 1 des Introuvables, on peut entendre Serge Reggiani qui chante Boris Vian, Jeanne Moreau qui interprète les chansons de Bassiak (l’écrivain Serge Rezvani) avec l’exquis guitariste jazz Elek Bacsik comme accompagnateur et arrangeur, la comédienne Judith Magre donne voix à la jeune auteure inconnue Esther Prestia (une réelle rareté !) et la très chère Catherine Sauvage qui reprend Ferré. Le volume 2 nous propose Magali Noël qui chante Vian, Moreau le poète Norge (son opus le moins intéressant en carrière*), la grande Cora Vaucaire et l’immense Monique Morelli, bouleversante avec des créations personnelles de poèmes d’Aragon (sur des musiques originales de son accompagnateur fidèle, l’accordéoniste Lino Léonardi). C’est d’ailleurs le poète lui-même qui signe une présentation enthousiaste du compositeur et de la chanteuse, reproduite dans la pochette.

Un troisième coffret paraît également, une anthologie de 4 cd de Boris Vian, pour qui Canetti s’est beaucoup démené, proposant à ses artistes de chanter l’auteur de «L’écume des jours». Le 33 tours que Reggiani lui a consacré en 1965 gagne d’ailleurs à être réécouté, avec du recul, en prêtant attention aux jolis arrangements de Louis Bessières et Jimmy Walter.

Parallèlement aux coffrets, plusieurs autres albums sont réédités à l’unité, en cd et/ou en vinyle : Serge Reggiani, Jeanne Moreau (son premier 33 tours avec J’ai la mémoire qui flanche), les premiers pas discographiques de Brigitte Fontaine et Jacques Higelin. On en passe, et si on scrute le catalogue Canetti, on peut espérer que ça ne s’arrêtera pas là. Pour la suite, on espère la remise en circulation des anthologies consacrées à Jacques Prévert (1975) et Jean Cocteau (1985) ou ce André Claveau chante René Fallet dont nous parle le livret…

Les rééditions sont accompagnées de textes de présentation, de photos, de dessins, etc. Tout est très bien fait, sauf la fente pour glisser les compacts dans la pochette (à l’horizontale), avec toujours un risque qu’ils s’égratignent. Quelques précisions sur le Cora Vaucaire chante les grands auteurs. Il s’agit de son récital au Théâtre de la Ville en 1973. La surface de mon exemplaire cd était égratignée alors qu’il n’avait pas encore joué… J’ignore si c’est seulement le mien. Par chance, il joue correctement malgré tout. Notons également que l’indexation des titres a été mal pensée: la présentation du morceau (parfois 30 secondes ou plus et d’un volume plus faible) est incluse au début de chacun, il faut se la taper chaque fois… Par contre, ce Vaucaire contient quantité de classiques qui devraient en ravir plusieurs: La chanson de Prévert ; Comme au théâtre ; J’entends, j’entends ; Frédé ; Trois petites notes de musique ; Les feuilles mortes… Mais on peut préférer, dans le catalogue Canetti, les chansons créées spécialement pour l’occasion, des textes de Vian, du Jacques Higelin ou Serge Reggiani, et ce Judith Magre (1976) avec du matériel entièrement neuf !

Ces trésors plus ou moins cachés sont reparus en France en 2012, les voici au Québec. L’heure est aux réjouissances pour les amoureux de la chanson française d’une autre époque, tour à tour jazzy, moqueuse, canaille, théâtrale, ou simplement majestueuse, mitonnée de piano et d’accordéon.

*Sur cette nouvelle réédition de Moreau chante Norge (2012), les titres des chansons sont parfois erronés, dans la mesure où ils ne correspondent pas aux bons morceaux (par exemple pour Peuplades et Chanson à tuer). Aussi, l’ordre des titres n’est pas le même que sur l’édition de 2002 de Polydor/Canetti.

P.-S. Sur le site officiel des Productions Canetti, on propose aux artistes d’envoyer leurs maquettes. Si certains veulent tenter leur chance, c’est ici.

P.P.-S. J’ai trouvé le titre de ce billet en hommage à la chanson de Jeanne Moreau, puis je me suis rappelé qu’un autre blogue en utilisait également une forme.

Le meilleur de 2011

10 décembre 2011

Daphné

Depuis quelques années, il s’agit de ne rien oublier des coups de cœur musicaux. Alors, tout noter, au fur à mesure. Revisiter à l’occasion les mêmes albums, pour savoir si notre avis tient toujours la route, l’usure. La plupart du temps, ça tient encore, sauf pour le dernier opus de Martin Léon qui, passé l’enthousiasme de la découverte, ne laisse pas un grand souvenir malgré toute notre bonne volonté.

Une année 2011 en chanson assez décevante, avec beaucoup de ratés pour de grands artistes (Daniel Darc, Dick Rivers, etc.).

Meilleurs disques

1) Philippe B, Variations fantômes

Chanson métissée. Il fait l’unanimité chez les journalistes, toutes allégeances confondues, mais ne gagne rien au minable gala de l’ADISQ ni au plus indépendant GAMIQ? Qu’importe. Philippe B est un des plus grands artistes québécois actuels et Variations fantômes est immense, d’une richesse réjouissante. Seul hic, une pochette assez quelconque.

2) Daphné, Bleu Venise

Chanson élégante pour piano fragile. Après deux disques assez maniérés et agaçants, on n’attendait rien du troisième Daphné. Et pourtant, quelle claque! Comme une Benjamin Biolay première époque, elle signe des chansons délicates, somptueuses.

3) Richard Séguin, Appalaches

Chansons pour durer toujours, si on veut rendre hommage au titre d’un morceau signé par la récemment décédée Louky Bersianik que chantait Richard Séguin. Voilà un artiste qui ne cesse de grandir avec le temps, avec une maîtrise sidérante de l’art de fabriquer des chansons artisanales. Cet homme, avec plus de quatre décennies au compteur artistique, est un trésor national.

4) Wladimir Anselme, Les heures courtes

Pop de haute volée. Encore un qu’on n’attendait pas, plus de dix ans après un premier album éparpillé. Avec Les heures courtes, Anselme nage dans le romantisme, le foisonnant.

5) Pierre Lapointe, Seul au piano – en concert

Chansons noires pour temps gris. Du piano, rien que du piano. Une voix. Des morceaux crève-cœur. Le deuxième meilleur album de Pierre Lapointe, après La forêt des mal-aimés.

Ça tourne régulièrement

Alex Beaupain, Les bien-aimés

Certes, il y a trois ou quatre chansons, voire cinq, à jeter sur cette trame sonore. Mais on est comme aimanté par elle, le CD revient se lover dans le lecteur fréquemment. Et dire qu’on n’a pas encore vu le film qui vient avec. La sortie DVD est prévue en France pour janvier 2012. Sur les écrans québécois, on ne saurait dire.

Révélation / espoir

Antoine Corriveau / Salomé Leclerc

Deux artistes québécois qui ont lancé un premier disque qui augure du meilleur pour la suite de leur carrière. L’un en indépendant, l’autre soutenue par la grosse machine d’Audiogram.

Révélations un peu trop tard

De Calm, Le film définitif…

Bande originale chantée d’un film imaginaire. Quelques semaines après la sortie de son premier disque, le chanteur de De Calm m’écrit un courriel. Machinalement, je vais écouter des extraits sur Internet. Une chanson hyper accrocheuse attire mon attention : L’envie d’écouter Miossec. Dans la foulée, le désir de tout entendre, d’y revenir, d’aimer, parfois ébloui.

Philémon Chante, Les sessions cubaines

Pour une fois, vous pouvez vous fier aux branchouilles, aux snobs et aux plumitifs de la scène locale. Ils encensent cet album qui le mérite grandement. Sorti une première fois en indépendant en 2010, repris par Audiogram quelques mois plus tard, ce sont de superbes chansons mélancoliques fabriquées par un Québécois, d’une langueur nourrie par les musiciens cubains. À noter qu’on peut trouver en téléchargement payant un maxi de 6 titres titré «EP 2008» qui contient quelques-unes des chansons de l’album, enregistrées cette fois au Québec.

Les plus surévalués

Richard Desjardins, L’existoire

Brigitte Fontaine, L’un n’empêche pas l’autre

Daniel Darc, La taille de mon âme

La pire reprise

Juliette et François Morel, Parachutiste (album hommage à Maxime Le Forestier, La maison bleue)

Plus discrète et belle collaboration

Daniel Lavoie et Louis-Jean Cormier sur J’ai quitté mon île (album de réenregistrements J’écoute la radio de Lavoie)


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