Dans la tête de Pierre Lapointe

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L’automne dernier, Pierre Lapointe publiait «La science du cœur», un magnifique album aux arrangements orchestraux raffinés. Pour sa nouvelle tournée, il présente une singulière formule à trois têtes : piano, marimba et voix.

Passer une demi-heure au téléphone avec Pierre Lapointe, ça a son charme. Entre le badinage et les explications sérieuses, on a droit aussi à une balade dans l’histoire de l’art. Le chanteur parle de peintres, de cinéastes, de photographes. Loquace, il est également méticuleux, prenant la peine parfois d’épeler le nom des artistes qu’il cite! Il n’oublie pas les pays qu’il visite (le Japon, la France) ni ses amis chanteurs (Albin de la Simone ou Jeanne Cherhal avec qui il avait rendez-vous Place des Abbesses à Paris, comme dans sa chanson). Après le très chargé «Punkt» (2013), on le retrouve plus dénudé, avec des lignes claires et des confidences fébriles. Ne vous fiez pas à la pochette délibérément kitsch : «La science du cœur» est un des disques les plus envoûtants de son auteur, qui a justement le désir de «créer de la beauté», nous confie-t-il.

«Les chansons sont comme des vêtements. Il faut que ça t’aille», dit-il lorsqu’on lui parle des reprises des morceaux des autres qui égrènent son répertoire, de Brigitte Fontaine à Barbara, de Claude Léveillée à Léo Ferré. Lapointe aime la chanson française depuis toujours et il le clame fièrement. «Lorsqu’on me propose de participer à un projet hommage, il faut que je puisse y apporter quelque chose, que ça ait un rapport avec moi. Sinon, je refuse, car je ne suis pas à la remorque de ce genre d’événements-là. Mais par exemple, pour Les plaisirs démodés d’Aznavour ou Dans les yeux d’Émilie de Joe Dassin, c’étaient des chansons que j’aimais énormément.»

«La science du cœur» rappelle le travail orchestral effectué par Alexandre Désilets sur le somptueux «Windigo», paru en 2016. Du bout des lèvres, Lapointe admet la parenté : «Mouais… disons que les deux, nous avons une volonté de travailler avec une orchestration qui est peut-être un peu démodée. Il y a un certain retour à ce genre d’orchestrations-là, avec beaucoup de cordes. Ce qui est contradictoire car on n’a jamais eu si peu d’argent pour faire des disques! Mais j’y tiens car pour moi l’arrangement est un outil pour faire exploser une chanson dans une direction plutôt qu’une autre.»

Et pour cela, il lui faut le bon partenaire. Cette fois-ci, il est allé le chercher en France avec le compositeur, réalisateur et arrangeur David François Moreau qui a œuvré dans la chanson (auprès de son frère Patrick Bruel ou de Cali) ainsi que dans la musique de film et la danse contemporaine! «David, c’est une tête très brillante : classique, jazz, expérimentation… Il était venu me voir en spectacle piano/voix. Il a eu un gros coup de cœur et m’a écrit un long message, mais moi je suis toujours très méfiant quand on me dit qu’on aime mes affaires», raconte-il d’un rire nerveux. Je l’ai rencontré, puis je suis allé sur son site Internet et j’ai tout écouté ce qu’il a fait. Ça fait longtemps que je voulais faire un album qui ferait le pont entre la grande tradition de la chanson française et la musique contemporaine, mais je n’avais pas nécessairement ces connaissances-là. J’aime la collaboration parce que ça nous oblige à aller ailleurs.» Avec Moreau, Lapointe avait trouvé la personne idéale. «C’est devenu NOTRE album. On a mis six mois à faire les arrangements.» Et ils sont stupéfiants.

Francis Hébert

(pour L’Entracte de mai 2018)

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