Ode à Chloé Sainte-Marie

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Jadis comédienne légère et muse chez Gilles Carle, Chloé Sainte-Marie est l’exemple parfait d’une reconversion réussie. Pour cela, il a fallu du temps, une volonté de dissimuler son ancienne image. Regardez la couverture du cd «Je pleure, tu pleures», on devine à peine que c’est elle, la silhouette floue. Elle y chantait bellement qu’elle mettait sa «robe heureuse». 1999, année de sa renaissance.

Depuis, elle continue sa route, humble colporteuse de la poésie québécoise. C’est elle qui a créé plusieurs des chansons des 12 hommes rapaillés. Maintenant, elle a passé le flambeau Miron et part vers d’autres sentiers, d’autres poètes. Après une parenthèse en innu, elle revient avec un double album essentiellement en français et consacré aux plumes québécoises. Bel objet que ce «À la croisée des silences». Les deux cd (un chanté, l’autre récité à voix nue) sont glissés à l’intérieur d’un livre qui reprend l’intégralité des poèmes interprétés, incluant les variantes que l’interprète apporte. Le tout accompagné de photos des artistes et des portraits de Chloé dessinés par le cinéaste Carle. L’exergue de Louise Dupré donne le ton:

«On pense s’être accoutumé à l’absence, mais il suffit d’un rêve pour se retrouver devant la nudité de la mort.»

La chanteuse a confié une quinzaine de poèmes aux compositeurs Yves Desrosiers et Sylvie Paquette. Tous deux réussissent à insérer leurs notes sous les mots, de manière à ce qu’ils puissent être portés par l’interprète. Nous restons ici dans le domaine de poésies chantées, elles ne sont pas transformées en chansons comme pouvaient le faire un Léo Ferré ou un Jean Ferrat. Ça demande une écoute plus soutenue, mais c’est d’une telle beauté que ça vaut la peine de s’y attarder. Si on excepte les titres signés par Claude Gauvreau qui jurent avec l’ensemble, on se laisse envoûter avec plaisir, et deux sommets sont ainsi atteints en chemin: Tu aimes les pommiers (Louise Dupré, musique de Réjean Bouchard et David Bergeron) et Il y a certainement quelqu’un, un collage d’Anne Hébert et Hector de Saint-Denys Garneau mis en musique par Sylvie Paquette.

Jorane joue du violoncelle et signe l’arrangement de Lui reste, mais c’est à Réjean Bouchard que l’on doit cette facture musicale classique et bienvenue à la fois, à base de guitare et de clavier généralement sobres.

Le deuxième cd contient 34 poèmes dits simplement par Chloé. Un seul bémol, la plupart des auteurs choisis sont décédés ou assez âgés. Si on pouvait écrire de nouvelles lettres à un jeune poète, on lui conseillerait de s’adresser à Sainte-Marie, et d’attendre qu’elle poursuive son boulot: magnifier nos mots. Et quand ceux-ci sont chantés, plutôt que dits, ils portent encore plus loin.

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