Lavilliers, prosaïquement

032013

En 2010, Bernard Lavilliers lançait «Causes perdues et musiques tropicales», et ça faisait trente ans («Ô gringo») qu’il n’avait pas fait un aussi grand disque. Deux jalons fondamentaux dans un parcours déjà riche.

Voici la suite avec «Baron Samedi» – dont une petite recherche Internet nous apprend qu’il s’agit du nom d’un «esprit dans la culture vaudou» ! Sur la deuxième galette, on peut entendre une curiosité du chanteur qui réalise enfin un vieux rêve : reprendre le long poème de Blaise Cendrars, «Prose du transsibérien et de la petite Jeanne de France» qui a justement cent ans cette année ! On se rappellera que Lavilliers voulait titrer son 33 tours «Ô gringo» du nom du recueil «Du monde entier» du poète. Pour des raisons de droits, il a dû se raviser. Ça ne l’a pas empêché de citer Cendrars dans son excellente chanson Le clan mongol et dire son poème Tu es plus belle que le ciel et la mer sur un album : «Quand tu aimes, il faut partir…»

Lavilliers a pas mal bourlingué, même quand c’était juste dans son imagination… Il est franchement mytho, le chanteur, et ce n’est pas pour rien qu’il mettait en exergue de sa compil thématique «Gentilshommes de fortune : rêves et voyages» cette citation de Cendrars : «Qu’importe si j’ai pris ce train, puisque je l’ai fait prendre à des milliers de gens.»

2013 s’achève, et Lavilliers – sur près de 27 minutes – récite intégralement cette prose du transsibérien, en collant au rythme effréné, hachuré, du long poème original. La musique, jazzy, parfois expérimentale, se juxtapose bien aux vers libres. Notons pour mémoire que ce texte de Cendrars avait déjà été repris en 2003 dans la collection Poètes & chansons par Le Cirage Acoustique.

Sur le cd 1 de «Baron Samedi», on retrouve un Lavilliers plus ou moins en forme. Le pire (Y’a pas qu’à New York ; Vague à l’âme ; Tête chargée) côtoie la beauté émouvante (Villa Noailles, futur classique de son répertoire?). Quelques titres réussis : Vivre encore ; Sans fleurs ni couronnes… Pour Scorpion, il met en musique et chante avec conviction, en chaloupant, un poème de Nazim Hikmet (des vers déjà dits sur scène par Yves Montand). Au final, un opus qui n’emballe qu’à moitié, l’artiste paraissant un peu essoufflé.

Il vaut peut-être mieux s’attarder aux albums précédents, comme «Le Stéphanois» (1975 ; arrangements de Karl-Heinz Schäfer), par exemple, dont les richesses se dévoilent au fil des écoutes, et des années…

On se reparle de «Baron Samedi» dans 38 ans.

Publicités

Étiquettes : ,

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s


%d blogueurs aiment cette page :