Salut, Ferré!

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L’animatrice de Radio-Canada Monique Giroux a donné carte blanche au très bon auteur-compositeur-interprète québécois Moran. Il a choisi de saluer Léo Ferré dans un spectacle présenté ce soir à l’Astral, à Montréal, et qui sera radiodiffusé cet automne.

Il faut d’abord souligner le courage de la démarche. Interpréter Ferré n’est déjà pas une mince affaire, mais en plus Moran a l’intelligence de vouloir vraiment se l’approprier en rhabillant complètement les arrangements d’origine. Il fait ainsi un vrai boulot d’artiste, d’aventurier créateur, quand tant d’autres se contentent d’embaucher un pianiste et de se draper d’un foulard rouge. Sans flafla, sobrement vêtu, Moran ne baigne donc pas dans la caricature, ni la reproduction servile, et c’est une démarche salutaire. Déjà.

On lui lève également notre chapeau pour certains choix surprenants dans une si vaste oeuvre: T’es rock, coco!; Richard; La porte; Je te donne; Des armes (version Noir Désir). Par contre, il n’a rien chanté de Caussimon, Verlaine, Rimbaud ou Baudelaire, on pourra le déplorer. On aurait aimé aussi l’entendre, lui dont la voix et la guitare peuvent être si sensuelles, dans le Flamenco de Paris ou Ça t’va…

Parmi les meilleurs moments  de la soirée, certains classiques ont d’ailleurs été chantés dans des arrangements plus dépouillés: Pépée; Avec le temps; le début de C’est extra… À 20 ans, on a donné un allant pop, qui a allégé agréablement le morceau.

Par contre, C’est extra tourne mal: le groupe pop-rock embarque et ça devient moins prenant. Et c’est là justement un gros bémol qu’il faut apporter: en choisissant une formule pop-rock somme toute assez banale, tous les morceaux finissent un peu par se ressembler. Les personnalités très fortes de certaines chansons sont ainsi affadies ou, au contraire, désincarnées à force de vouloir faire original. La mémoire et la mer, pour ne prendre que l’exemple le plus frappant, est récitée comme un slam sur fond de rock. Bien que chaudement applaudi, l’exercice nous a semblé catastrophique. En cours de route, on a perdu la mélodie, la magie du chant, tout ce qui en faisait un morceau envoûtant et vénéré depuis des décennies. Et quand on ajoute des choeurs dans le refrain de Thank You Satan, on frôle l’absurde.

On a senti un Moran sincère, qui aime vraiment Ferré, mais qui ne disposait pas d’une essentielle direction artistique d’ensemble. Peut-être a-t-il manqué de temps pour se préparer? Il a dû reprendre au moins deux chansons car il n’était pas satisfait du résultat… Pourtant, à nos oreilles d’amateurs, la première prise de Cette blessure a créé son lot de frissons… Est-ce également un manque de temps qui l’aura empêché de préparer suffisamment de titres et a dû en bisser deux au rappel?

Monique Giroux a joué un rôle discret, ponctuant le spectacle de brèves lectures autour de Ferré, décédé il y aura bientôt vingt ans, le 14 juillet.

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