La chance aux chansons (1)

9782841678129

L’auteur français Baptiste Vignol fait paraître l’intriguant ouvrage «Le top des 100 chansons que l’on devrait tous connaître par cœur» – choisies par 276 artistes de la variété francophone. Nous l’avons donc convié à une petite causerie virtuelle en deux parties.

De Vignol, on connaissait le pamphlet «Cette chanson que la télé assassine» (2001, chez le regretté Christian Pirot) où il dénonçait l’étroitesse d’esprit de certains fabricants des médias nés sous le triste signe de l’Hexagone.

Blogueur et éditeur, il a aussi signé un essai littéraire et sensible, malheureusement plus disponible sur le marché : «Tatatssin, parole de Renaud !» (en 2006, chez La Mascara, moins regrettée). Ça ressemble à un plaidoyer amoureux sur le chanteur énervant, qu’il défend avec acharnement et parfois mauvaise foi ou complaisance. Parce qu’on a beau être morgane du p’tit gavroche depuis toujours, l’artiste n’est pas sans reproche et n’a pas écrit que des perles. Mais c’est une autre histoire.

Pour l’instant, rencontrons Baptiste Vignol, dingue de chansons, avec la belle ferveur qui l’anime. Après ses propos, je réponds moi-même à certaines questions sans lui dire, pour ne pas influencer ses réponses… Et il va sans dire que j’avais répondu avant de lire les siennes. Goûts et dégoûts en commun, mais quelquefois de sérieux désaccords…

Entrevue avec Baptiste Vignol (1)

1) La chanson francophone est votre passion. Juste pour vous situer esthétiquement, citez-moi vos cinq chanteurs essentiels, résistant au temps et aux périodes de votre vie. Ceux que vous écouterez encore dans 30 ans et que vous aimez depuis longtemps.*

BV: Charles Trenet, Georges Brassens, Renaud, Christophe, Gilbert Bécaud et Jean-Louis Murat. Je sais, ça fait 6. Et j’aurais volontiers ajouté Diane Dufresne ou Richard Desjardins!

2) Existe-il pour vous un âge d’or de la chanson française et quel serait-il ?

BV: Probablement l’époque des cabarets, de Félix Leclerc qui débarque à Paris en décembre 1950 en début des années 70 quand on pouvait applaudir Renaud à la Pizza du Marais. Entre temps, Brassens, Béart, Brel, Barbara, Léo Ferré, Anne Sylvestre, Serge Gainsbourg, Ricet Barrier, Boris Vian créaient chaque soir leurs chansons devant quelques dizaines de passionnés. Ça devait avoir de l’allure, non?

3) Qui est le plus grand chanteur et/ou album francophone(s) méconnu(s) ?**

BV: L’Américain David McNeil.

4) Le chanteur ou auteur-compositeur le plus surestimé?***

BV: Impossible de répondre à cette question. Mais remarquons que les auteurs-compositeurs un temps surestimés, type Obispo, finissent toujours par retomber le cul par terre.

5) Vous avez travaillé sur l’émission de télévision «La chance aux chansons» de Pascal Sevran. Racontez-nous brièvement comment vous vous êtes retrouvé à ce poste et ce que vous y faisiez précisément. Vous n’avez pas tenu plus d’un an, non?

BV: Je venais de terminer mes études et j’avais six mois à tuer avant de commencer un stage à la Commission européenne à Bruxelles. Je voulais travailler deux ou trois mois, gagner des sous et partir deux mois en vacances. J’ai envoyé une demande de stage à Pascal Sevran qui m’a reçu. Nous avons parlé chanson, Leny Escudero (qu’il recevait ce jour-là), Charles Trenet qu’il adorait et connaissait bien, ce qui m’impressionnait. Il m’a donc proposé un stage bien rémunéré à l’époque (8000 francs par mois en 1996). Les figurantes de l’émission étaient jolies, Sevran m’avait à la bonne… Voyant que j’adorais la chanson, il m’a rapidement demandé de devenir l’un de ses programmateurs, avec le salaire qui va avec! Je recevais une dizaine de disques tous les matins par la Poste, j’étais invité à tous les concerts que je voulais voir, j’avais 27-28 ans, c’était plaisant, j’y suis resté trois ans. En tant qu’animateur, Sevran pouvait être agaçant, mais il y avait  chez lui beaucoup d’enthousiasme, cet enthousiasme qui manque tant à Daniela Lumbrose par exemple qui a tellement l’air de s’ennuyer en présentant son émission Chabada. En tant que producteur, Sevran était très exigeant, j’ai beaucoup appris à ses côtés. En tant qu’individu, au quotidien, il n’était pas fréquentable. J’ai donc un jour décidé de partir.

6) Quel écho a eu votre pamphlet «Cette chanson que la télé assassine» dans les médias ? Des représailles, des louanges ?

BV: J’ai reçu un prix de l’Académie Charles-Cros pour ce bouquin, j’ai fait quelques émissions de télé invité par Thierry Ardisson, Laurent Ruquier… C’était drôle.

7) Dans cet ouvrage, vous citez des dizaines de noms de chanteurs francophones que le grand public gagnerait à connaître et qui ne passent pratiquement pas à la télé. La situation s’est-elle améliorée aujourd’hui ? Pensez-vous, par exemple, qu’une chaîne publique comme France Inter devrait diffuser des Allain Leprest à heures de grande écoute, est-ce que les auditeurs s’y intéresseraient ou tourneraient le bouton pour éteindre ?

BV: Quand on voit que fin décembre 2012, les meilleurs vendeurs de disques en France étaient Céline Dion, M Pokora et Johnny Hallyday, on ne peut pas dire que la situation se soit vraiment améliorée. Il y a sur France Inter un homme qui fait remarquablement son boulot, il s’agit de Serge Le Vaillant qui reçoit dans son émission des artistes de qualité qui ne passent nulle part ailleurs hélas. Didier Varrod, le nouveau responsable de la programmation de l’antenne, connaît très bien la variété. Ce matin par exemple, j’entendais avec bonheur sur Inter le nouveau single d’Albin de la Simone!

8) Actuellement, comment vous partagez-vous les tâches entre vos rôles d’éditeur, auteur et blogueur ?

BV: J’essaie de ne pas trop perdre mon temps! L’ouvrage qui paraît ces jours-ci, «Le Top 100 des chansons que l’on devrait tous connaître par cœur», cela faisait quatre ans que j’étais dessus! Bon, c’est vrai, il se base sur une collecte de Top 10, et j’ai sollicité 345 figures du monde de la chanson. Quant à mon blog, je l’alimente de temps en temps… Et il me reste les bouquins de ma petite maison d’édition sur l’île de La Réunion à écrire, fabriquer et distribuer…

9) Selon vous, qui est actuellement l’auteur-compositeur-interprète le plus talentueux parmi les «jeunes» générations (disons les moins de 45 ans)?****

BV: Impossible de n’en citer qu’un. Chez les moins de 45 ans? Par ordre alphabétique: Barbara Carlotti, Jeanne Cherhal, Ariane Moffatt, Thomas Pitiot et Lisa Leblanc. Elle, je l’adore!
(à suivre)
*****
* Question cruelle? J’en conviens. Pour moi, ce serait Renaud, Georges Brassens, Jean-Roger Caussimon, Serge Gainsbourg et Alain Souchon.
** Mes mésestimés: Jean Vasca, Gilbert Laffaille, David McNeil.
*** Mon surestimé: Charles Trenet.
**** Le plus grand ACI, actuellement, chez les plus jeunes: Philippe B.
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