J’suis snob

Récemment, le magazine parisien branchouille Les Inrockuptibles provoquait quelque émoi dans le petit et frileux milieu de la chanson: on y descendait d’avance – sans l’avoir écouté – le futur disque de Francis Cabrel, qui ose commettre un album d’adaptation française de morceaux de Bob Dylan. Des confrères plus sanguins que d’autres se sont emportés… Comme si l’opinion qu’avaient Les Inrocks sur Cabrel et la chanson en général avait une quelconque importance… Les vrais amateurs de Cabrel savent tout le talent qu’il a pour adapter des chansons étrangères (Rosie; S’abriter de l’orage; etc.). Ceux-là auraient sans doute préféré un vrai opus original de Cabrel, mais ont hâte d’entendre le résultat.

Faut-il rappeler qu’il y a quelques années Les Inrocks ont sorti un numéro spécial en trois volumes des 150 artistes chanteurs/musiciens français essentiels et qu’ils omettaient Cabrel, Renaud et Lavilliers? À ce point de snobisme, on frôle l’incompétence et la bêtise. «J’suis snob», ironisait Boris Vian… Et Jehan Jonas qui répondait avec «Le snâob», celui qui «aime Gréco – à ses débuts, seulement»…

Le snobisme, en 2012, c’est le festival Pop Montréal qui a l’excellente idée d’inviter Bertrand Burgalat à chanter (enfin, chez nous!) mais le programme à 23 h 30 dans une salle difficilement accessible, sauf pour les gens du quartier…

Parlant de snobisme, il y a la prestigieuse Nouvelle Revue Française, dite NRF, qui publiait en juin un numéro spécial: «Variétés: littérature et chanson» sous la direction de Stéphane Audeguy et Philippe Forest (no 601; juin 2012). À travers le temps, il y a toujours des intellectuels, des écrivains qui se penchent – souvent avec une condescendance à peine dissimulée – sur la chanson dans des numéros spéciaux de leur revue (Liberté jadis, Spirale de nos jours).

On trouve dans ce numéro de la NRF des âneries prétentieuses, obscures… mais heureusement pas mal de bons textes. Des entretiens avec Lavilliers, Aragon (séance de délire assurée, où on se demande s’il faut «condamner» la mauvaise chanson ou non… condamner, parbleu!) et avec Serge Lama, surprenant et enrichissant, où le chanteur que l’on dit populaire et facile fait preuve d’une belle fibre littéraire.

Au sommaire, il y a un essai de Stéphane Hirschi, le maître de la cantologie, cette science qui analyse fort à propos la chanson sous l’angle du texte, de la musique, de l’interprétation et des arrangements. Si on se fie aux travaux d’Hirschi dans son livre sur Jacques Brel, les résultats sont fascinants.

Dans la bienvenue section Studio, dans laquelle on demande à des artistes de raconter leur rapport à la musique, il y a un article extraordinaire, à la fois simple et émouvant, de l’écrivain Arnaud Cathrine (complice de Florent Marchet): «Chronique d’un adultère heureux». Un témoignage dont il faudrait s’inspirer la prochaine fois qu’un littéraire ou un ignare snob voudra écrire sur la chanson…

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Une Réponse to “J’suis snob”

  1. Hirschi Says:

    Merci pour ce gentil commentaire sur mes travaux et la cantologie. Belle vie aussi à votre blogue généreux en chanson. Bien cordialement.SH

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