L’ami des chanteurs

Il y a des artistes à qui une seule tribune ne suffit pas: il faut les multiplier. Au risque de se perdre. Par exemple, Stéphanie Lapointe, jeune, talentueuse chanteuse. Deux albums sous son nom, dont le deuxième était vraiment très beau. Pour la suite, elle aurait pu travailler encore plus, continuer ses recherches de chansons de bonne qualité ou poursuivre à en écrire elle-même. Elle sait y faire. Et elle a une démarche singulière dans la pop québécoise.

A-t-elle besoin, en plus, de faire l’actrice? On l’a pourtant aimée dans la série Le négociateur, dans le nouveau film Liverpool et beaucoup moins dans La peur de l’eau. Mais est-ce bien nécessaire? Pourquoi se perdre dans une comédie musicale, même signée Michel Rivard? Mademoiselle Lapointe a beaucoup de ressources comme chanteuse, et on trouve ça infiniment dommage de la voir s’éparpiller ainsi.

Le cas de David McNeil est également un peu triste. On l’a qualifié de «chanteur pour chanteurs» pour excuser son peu de succès. Et lui-même a suspendu sa carrière de chanteur au début des années 80 pour se consacrer à l’écriture de chansons (pour Julien Clerc, Yves Montand, Robert Charlebois, etc.) et de livres (romans, récits, etc.). Le dernier vient de paraître dans la fameuse collection blanche de la NRF: «28 boulevard des Capucines». C’était l’adresse du mythique Olympia de Paris où McNeil a chanté un soir de janvier 1997.

Avec un titre pareil, on aurait pu s’attendre à un récit détaillé, en 166 pages, des coulisses et des événements autour du spectacle. C’est en partie ce que nous avons, et c’est la meilleure part du bouquin. L’auteur y raconte les amis chanteurs qu’il invite ce soir-là pour chanter avec lui. Et il en connaît le monsieur: Renaud, Julien Clerc, Robert Charlebois, Laurent Voulzy, Alain Souchon, etc. Ça donne quelques pages émouvantes, mais un peu gâchées par les autres, nombreuses, où il se perd dans des digressions sans intérêt, des souvenirs d’enfance dont on se fiche éperdument. Pire, McNeil se paie une petite attaque injuste et méchante contre le premier parolier de Julien Clerc, Étienne Roda-Gil! Un peu de jalousie, peut-être? Car pour les incandescents couplets signés Roda-Gil et inteprétés par Clerc depuis les années 60, on donnerait tout ce que le parolier McNeil a griffonné depuis 30 ans…

Il faut s’y résoudre: David McNeil est un fantastique auteur de chansons pour lui-même (six fabuleux albums en studio et un Olympia plutôt convaincant) et un rimailleur pour les autres, pour gagner sa croûte.

Ce n’est pas avec ses livres qu’il passera à l’Histoire, mais avec ses disques folk, blues, d’une merveilleuse richesse. D’ailleurs, on attend toujours que Saravah réédite intégralement les trois qui lui appartiennent.

Pour le moment, les amateurs de chanson française métissée de folk américain devraient commencer par la compil cd, Les années Saravah.

«Il y a des années où l’on a envie de ne rien faire», clamait la devise Saravah. Sauf réécouter McNeil, pourrait-on ajouter.

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