Une certaine chanson en deuil

Claude Duneton

Deux décès en peu de semaines pour le monde de la chanson française.

D’abord, la revue Serge a mis la clef sous la porte, après huit numéros seulement. On ne pleurera pas longtemps tant elle était assez conformiste dans ses choix éditoriaux (beaucoup des mêmes têtes qu’on voyait partout), superficielle dans son approche (avec ses rubriques idiotes «Dans le lit de» ou «Dans le frigo de»). Cette disparition rappelle celle, il y a quelques années, de Chorus, la revue dite de référence sur la chanson. Certes, elle couvrait un large panorama. Certes, les entretiens avec des artistes étaient riches. Mais Chorus était également un lieu de copinage, de complaisance, sans fantaisie. À lire leurs «critiques» de disques, on s’endormait ou on voulait tout acheter car tout était, paraît-il, bon…

Que reste-t-il pour couvrir la chanson française? Platine? Avec son approche de la musique digne des magazines à potins? («Christophe, parlez-nous de votre relation avec votre enfant…»)

La plus digne est, encore aujourd’hui, Je chante!, mais hélas elle paraît trop rarement. Faite par des bénévoles passionnés (dont j’étais, soyons francs), elle n’arrive pas à tenir le rythme de l’actualité.

Il reste un média à créer pour la chanson en 2012. Un lieu inspiré par les grands ancêtres d’un certain journalisme joyeux, critique, érudit. Dans l’esprit de Boris Vian. Des colonnes rédigées par des gens qui connaissent à fond leur sujet, du Moyen-Âge à aujourd’hui, des plus obscurs aux plus populaires chanteurs. Des journalistes qui ne craindraient pas de démolir des artistes «cultes» mais souvent ennuyeux (Manset, Murat, Darc, etc.) ni d’encenser les plus populaires quand ils se montrent à une hauteur digne (Marc Lavoine, Isabelle Boulay, Julien Clerc).

Tout ça serait fait avec rigueur mais sans se prendre trop au sérieux soi-même. Allier intelligence, connaissance, vivacité et éclat de rire.

C’est un peu ce que faisait Claude Duneton, qui vient de nous quitter cette semaine, à 77 ans. De quelle maladie? Allez travailler à Platine si vous tenez absolument à le savoir. Disons tout simplement que c’était un vieux monsieur. Mais quel talent on vient de perdre ici! Essayiste hilarant et pertinent («Je suis comme une truie qui doute», réflexion sur l’éducation), écrivain et surtout un immense historien de la chanson. Il a écrit des préfaces remarquables sur des chanteurs comme Renaud, Jacques Serizier, Gilbert Laffaille, ainsi que deux énormes briques d’Histoire de la chanson française.

Un auteur très inspirant pour ceux qui se passionnent vraiment pour la chose chantée, la langue, l’écriture.

Terminons en citant de nouveau la devise de la revue Serge, c’est ce qui nous restera principalement d’elle et qui rappellera monsieur Duneton:

«Là où les chansons se rencontrent»

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