La discothèque idéale # 2

Jean Leloup, L’amour est sans pitié (1990)

Lorsque Jean Leloup publie en 1990 son deuxième album, L’amour est sans pitié, ça déclenche la révolution dans le milieu musical québécois. Leloup, 28 ans, apparaît tel un superbe ovni. Du style jusqu’au bout du chapeau melon, la clope gracieuse comme un instrument de mode, des vestons bariolés. Nombreux seront les ados à l’imiter, une ribambelle de similis Jean Leloup défilera. Tous en quête d’originalité…

Les chansons de L’amour est sans pitié sont à l’image de son look. Explosion de couleurs, provocantes, sexy. Bref, elles ont de la gueule, elles cognent, et se démarquent totalement de la production du Québec de l’époque. À contre-courant, ne ressemblant à rien. Juste à leur créateur. Les succès ne manquent pas, collection de tubes instantanés et durables : Cookie, Rock’n’ roll et pauvreté, Isabelle, L’antiquaire, Barcelone, L’escargot… Nommez-les toutes, à part la faiblarde Rich, ce sont toutes des bombes. Des contes animaliers, des fables délirantes. De l’imagination et de la fantaisie.

Rien à voir avec son premier opus publié l’année précédente et que Leloup reniait pour cause de divergences artistiques. C’est pour ça qu’il l’a appelé «Menteur». Fallait oser. De Menteur, on ne retiendra que Printemps-Été, Alger et Laura lorsqu’elle est chantée en public.

L’amour est sans pitié ne s’use pas. En quinze ans, on a dû se le repasser 200 fois au moins.

Leloup y est admirablement entouré. La pochette psychédélique, dessinée par Anabel Sanchez, a servi d’étendard et de manifeste aux milliers de fans à travers le Québec. Placardée dans leur chambre. Il ne faut pas oublier les membres de son groupe flamboyant, La Sale Affaire, qui fit beaucoup pour Leloup : Alex Cochard, Yves Desrosiers, François Lalonde, Patrick Pelenc.

Ce qu’il y avait d’étonnant aussi, chez Leloup, c’est l’utilisation dans ses chansons d’une langue très française («Dans les WC nickelés», «Tous les paumés») par rapport à l’accent très québécois qu’il avait en entrevue. On remarquera le même phénomène chez Pierre Lapointe, que certains lui reprochent… Mais Leloup comme Lapointe ont sans doute compris qu’on peut, sans se trahir, parler québécois et chanter en français international. Ils ne sont pas les seuls. L’excellent auteur-compositeur-interprète Baudoin partage lui aussi cette conception de la pop sans frontières. Longue vie à eux.

(billet publié le 2 octobre 2006)

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Une Réponse to “La discothèque idéale # 2”

  1. Robert Léger Says:

    Bien vu… et bien écrit!

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