La discothèque idéale # 1

Pourquoi, alors que la reprise musicale, télévisuelle et cinématographique sévit depuis quelques années, je ne m’amuserais pas à mon tour à recycler mes vieux textes? Ils pourront reprendre de la couleur. Mais pas question de les remixer, de les remastériser, d’y inclure des bonus (cette dernière phrase est un hommage à la langue française). Ils ont été publiés sur un précédent blogue, les revoici tels quels.

Il s’agit d’une série de billets consacrée à ma discothèque idéale en matière de chanson. Philippe Manoeuvre l’a fait avant moi pour le rock, mais il ne me semble pas que l’exercice a été fait pour le franco. J’écoute de la chanson de toutes époques et pays confondus. Elle peut même remonter à quelques siècles.

Pourquoi ne pas ramasser tout ça? Mes indispensables classiques.

pochette originale

Serge Gainsbourg, Percussions (1964)

J’aurais pu choisir les disques cultes de Gainsbourg : Histoire de Melody Nelson (1971) ou L’homme à tête de chou (1976), mais ce sont là deux albums concept qui transcendent le genre de la chanson pour rejoindre le rock littéraire. Sublimes, ils sont indispensables à tous amateurs de rock, toutes langues confondues, mais sur lesquels Gainsbourg ne chante plus, il récite dans un phrasé prodigieusement glauque et sexy. Alain Bashung a suivi cette voie avec L’imprudence.

En 1964, l’immense Gainsbourg est un petit chanteur qui ne se vend pas et qui a une réputation d’auteur littéraire. On le méprise ou on le fuit. Après une série d’albums jazz-variétés, il sort Gainsbourg Confidentiel, son premier chef-d’œuvre, avec pour seul accompagnement la guitare électrique d’Elek Bacsik et la contrebasse de Michel Gaudry. Un 33 tours d’automne, dépouillé, épuré, mélancolique et langoureux.

Puis vint Gainsbourg percussions, quelques mois plus tard. Comme son titre l’indique, ce sont les  percussions africaines qui règnent en maître. À part quelques interludes plus jazz, mais très rythmés, Gainsbourg chante désormais ses textes libidineux, humoristiques ou sombres porté par le feu des tam-tam. On n’entend qu’eux. Ça martèle, incite à la danse, aux déhanchements. Pauvre Lola, Couleur Café, New York USA…

Ça foisonne, ça craque de partout. Après le feutré Confidentiel, Percussions décoiffe, surprend. De la musique du monde avant la lettre, Gainsbourg précurseur.

Que s’est-il passé pour que le beau Serge ait soudain l’idée de génie d’inclure du sang africain dans la chanson française? Il a tout simplement eu la chance d’écouter l’album que Guy Béart, enthousiaste, rapportait des États-Unis et qu’il se faisait un point d’honneur de le faire connaître. Celui du percussionniste d’origine africaine mais installé à New York, Babatunde Olatunji, Drums of Passion (1959). Quiconque a écouté Drums of Passion et connaît Gainsbourg a été sidéré : le Français a littéralement pompé, sur trois ou quatre chansons, l’Africain. Musiques, mélodies, chants, arrangements, tout est copié. Gainsbourg a seulement plaqué des paroles en français sur la musique d’origine. C’est d’autant plus frappant sur son tube New York USA.

Gainsbourg n’a jamais spécifié ses sources sur la pochette. Des décennies plus tard, Olatunji lui intentera un procès. À ma connaissance, ça traîne encore.

Mais qu’importe. À part ses vols inavoués (ainsi que, sur une autre chanson, à Miriam Makeba), l’essentiel demeure : Gainsbourg Percussions est un des disques de chanson française les plus excitants et actuels, quatre décennies plus tard. L’homme savait flairer où soufflerait le vent.

(billet publié le premier septembre 2006)

pochette réédition

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