Archives de la catégorie ‘Journalisme’

Dans mon hamac

18 juin 2013

hamac

Troisième jour de suite aux Francofolies de Montréal. On a beau pester contre une programmation pleine de trous, il y a certains artistes qu’on est content de retrouver sur une belle scène extérieure – par un temps doux comme ce soir, c’est idéal. Celle de l’esplanade de la Place des arts est bien agréable, un peu isolée du bruit et des quidams. La foule s’y presse, souvent pour écouter.

Parmi les gens qui s’avancent pour ce récital d’une heure, un monsieur porte un sac du commerce La maison du hamac. Et on repense aussitôt à ce qu’on avait écrit il y a quelques années, alors que le Spectrum était encore debout et qu’on y passait plusieurs de nos soirées francofolles: s’installer un hamac dans le coin afin de ne rien rater et de bouger le moins possible.

Cette foule bigarrée venait retrouver ce soir Sylvie Paquette qui a fait paraître «Jour de chance» il y a quelques mois ce qui est pour l’instant le meilleur disque de chanson québécoise de 2013. On a aimé ses chansons intimistes folk-pop dès le début, et les réécoutes ne nous ont pas déçus.

Aux Francos, la chanteuse a été à la hauteur de ce qu’on espérait: simple, émouvante, magnifiant les textes qu’elle chante. Le genre d’interprètes qui doit réveiller des désirs d’écriture. D’ailleurs, elle n’a pas manqué de saluer le travail de ses paroliers pour Jour de chance: Martine Coupal, Dave Richard, Émilie Andrewes, Jeff Moran et Pierre René de Cotret. Il ne manquait qu’Anne Hébert, qu’elle a mise en musique sur l’album.

En chantant Ma nuit et Soleil d’Espagne, elle nous a aussi rappelé qu’elle savait écrire ses propres paroles avec talent.

Bizarrement, elle était entourée d’une formation musicale assez similaire à celle qui accompagnait Alex Beaupain dimanche: pas de batterie, un guitariste électrique (Rick Haworth), un claviériste et une violoncelliste. Mais contrairement à Beaupain, plus pianistique, elle a donné une ambiance résolument guitaristique à cette heure de plaisir.

Sur ce, en prévision de l’année prochaine, allons acheter un hamac. Mauve. Juste parce que c’est la plus belle couleur au monde. Et parce que Sylvie Paquette donne envie de s’étendre et de l’écouter chanter, encore et toujours,  et de mesurer la chance d’avoir une artisane de ce calibre sous nos cieux.

paquette

crédit photo: Francis Hébert

Jeunisme oblige

18 juin 2013

Lettre ouverte au Devoir
Réponse à Laurent Saulnier

Dans un article récent du Devoir, Sylvain Cormier signait un entretien avec le responsable de la programmation des Francofolies de Montréal Laurent Saulnier. Dans ce texte, qui ressemble à une complaisante causerie d’anciens combattants, Saulnier (jadis  journaliste au Voir) explique que l’organisation des Francofolies de Montréal est allée le chercher pour rajeunir son public.

Saulnier raconte que les «vieux» (pour reprendre son terme si respectueux) devaient peu à peu disparaître pour redynamiser les Francos. C’est donc à cause de lui que, depuis quelques années, on assiste à une lente et sûre disparation de tout un pan important de la chanson française : les chansonniers, les chanteurs poétiques, les gratteurs de guitares. Bref, tous les descendants de Félix Leclerc et Georges Brassens : dehors ! On ne veut plus de vous. Les seules mentions que vous aurez, ce sont les soirées hommage où ce qui compte, c’est la nostalgie compassée. Pas la célébration d’une chanson vivante.

Il en existe pourtant beaucoup des chansonniers très créatifs, avec un répertoire bien à eux, qui continuent à écrire des chansons nouvelles.  Par exemple, l’excellent auteur-compositeur-interprète belge Jofroi est au pays ces temps-ci, pour quelques récitals à Tadoussac, Québec, Sherbrooke, Montréal. Qui en parle ? Comment se fait-il qu’un tel artiste chante dans un petit bistro loin dans Montréal plutôt que dans un festival important ?

Ce type de chansons était défendu par Hélène Pedneault, dès qu’on lui confiait un micro (en remplacement, l’été). Ou Élizabeth Gagnon, à qui on doit la belle et défunte émission Chansons en liberté à la Chaîne culturelle de Radio-Canada, qui faisait de la place à ces chanteurs méconnus mais bouillants de sève. Qui diffuse désormais les Jacques Bertin, Jean-Marie Vivier, Jean Vasca, Morice Bénin ou Louis Capart ?

Notre époque macère dans le jeunisme, et Laurent Saulnier se fait ainsi le fossoyeur d’une certaine chanson française tout en prétendant tenir compte du goût de tous les publics ! C’est d’une incohérence rare !

Ces chansonniers que l’on écarte à Montréal, ils ont pourtant bouleversé plusieurs générations. Le producteur Pierre Jobin en fait encore venir à Québec.  Le festival de Tadoussac y consacre une part de sa programmation. L’Atelier à l’Écart en accueillait encore à Longueuil il y a quelques années.

Mais pas à Montréal. Pas au plus gros festival. Où on dissimule, pour être dans le vent, des artisans importants, avec la complicité des médias. Pourtant, il suffirait de lui redonner un peu d’espace pour que des générations plus jeunes y prennent goût.

La magie Beaupain

16 juin 2013

Il fallait vraiment aimer Alex Beaupain pour braver la pluie et le temps frisquet à Montréal ce soir. Par chance, le spectacle d’une heure était sous une tente. Merci, Francofolies! Et merci à ce magicien des notes et des mots.

C’était son quatrième passage chez nous, et on a dû le voir trois fois. La quatrième, c’était un conflit d’horaire, pas un reniement. Pourtant, cette fois, on hésitait. Son nouvel opus, Après le déluge, était tellement ennuyeux et casse-pieds, avec ses arrangements clinquants, rétro années 80, que ça augurait du pire.

Mais le jeune ACI français est un charmant garçon d’honneur, bien élevé. À la foule nombreuse venue l’écouter, il n’a pas asséné que de nouveaux titres. Une poignée tout au plus et, dans cette version acoustique, ils en devenaient (un peu) meilleurs.

Chiquement vêtu d’une chemise-cravate-veston, avec des bottes noires Doc Martens aux pieds, svelte, il était beau à voir, charismatique, avec toujours cette auto-dérision qui nous est chère chez certains artistes comme Philippe B, Albin de la Simone ou Alain Souchon. De ce dernier, Beaupain a justement repris ce soir L’amour en fuite.

Accompagné sobrement, sans batteur (excellente initiative!), par un claviériste, un guitariste/bassiste et la délicieuse Valentine Duteil au violoncelle et qui chantait parfois avec lui (sur Avant la haine, par exemple). La demoiselle est également chanteuse à ses heures et prépare un premier maxi, sous l’œil de Beaupain…

Le chanteur, pas chien, a interprété quelques-uns des titres des trames sonores Les chansons d’amour et Les bien-aimés, parfois en solo au clavier (Brooklyn Bridge). Hélas, avec seulement une heure de scène, il a dû faire l’impasse sur 33 tours, son deuxième album original, dont fait partie la magnifique Juste ces mots, qui est peut-être la meilleure de son répertoire.

On espère toujours voir un récital complet du sieur Beaupain en nos terres.

Indispensables chansonniers

11 juin 2013

Le récital montréalais qu’a offert ce soir l’auteur-compositeur-interprète belge Jofroi est à l’image du Hoche Café, où il se produisait: beau, chaleureux, intime. Les spectateurs s’étaient réunis autour de lui comme on le fait entre amis ou en famille. Seul avec sa guitare en bois, il a chanté certaines chansons d’un répertoire qui court sur plus de quatre décennies. Et c’était magnifique. Nous étions silencieux, attentifs, enthousiastes.

Parfois, il racontait une histoire, entre tendresse et humour doux. Sa rencontre avec Félix Leclerc, par exemple. Quelquefois, il chantait de vieilles chansons que des spectateurs lui avaient réclamées: L’été la France. On reprenait avec lui le refrain de son classique Si ce n’était manque d’amour.

Aucun artifice. Que du bonheur de présenter des chansons poétiques, où ce qui prime c’est le texte, la mélodie et une interprétation fervente. Les nouvelles créations s’inséraient sans heurt aux anciennes: Cabiac sur terre, du nom d’un petit village du sud de la France où il habite désormais. La pâte à gaufres, qui pourrait symboliser la transmission du savoir entre les générations.

C’était une soirée fraternelle, précieuse.

Ce répertoire chansonnier n’a plus de place dans les médias, ni dans les gros festivals, mais un certain public en aura toujours besoin, et c’est pour ça qu’il faut que continuent des Jofroi, Louis Capart, Gilbert Laffaille, Jean-Marie Vivier, Pierre Delorme, Claude Besson, et d’autres bardes hors du temps, des modes, et essentiels.

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Après un passage en solo à Sherbrooke, Québec et Montréal, Jofroi sera accompagné d’une musicienne pour le festival de Tadoussac. Le 13 juin, il sera en première partie d’Anne Sylvestre. Détails ici.

Salut, Ferré!

10 juin 2013

ferre_biographie

L’animatrice de Radio-Canada Monique Giroux a donné carte blanche au très bon auteur-compositeur-interprète québécois Moran. Il a choisi de saluer Léo Ferré dans un spectacle présenté ce soir à l’Astral, à Montréal, et qui sera radiodiffusé cet automne.

Il faut d’abord souligner le courage de la démarche. Interpréter Ferré n’est déjà pas une mince affaire, mais en plus Moran a l’intelligence de vouloir vraiment se l’approprier en rhabillant complètement les arrangements d’origine. Il fait ainsi un vrai boulot d’artiste, d’aventurier créateur, quand tant d’autres se contentent d’embaucher un pianiste et de se draper d’un foulard rouge. Sans flafla, sobrement vêtu, Moran ne baigne donc pas dans la caricature, ni la reproduction servile, et c’est une démarche salutaire. Déjà.

On lui lève également notre chapeau pour certains choix surprenants dans une si vaste oeuvre: T’es rock, coco!; Richard; La porte; Je te donne; Des armes (version Noir Désir). Par contre, il n’a rien chanté de Caussimon, Verlaine, Rimbaud ou Baudelaire, on pourra le déplorer. On aurait aimé aussi l’entendre, lui dont la voix et la guitare peuvent être si sensuelles, dans le Flamenco de Paris ou Ça t’va…

Parmi les meilleurs moments  de la soirée, certains classiques ont d’ailleurs été chantés dans des arrangements plus dépouillés: Pépée; Avec le temps; le début de C’est extra… À 20 ans, on a donné un allant pop, qui a allégé agréablement le morceau.

Par contre, C’est extra tourne mal: le groupe pop-rock embarque et ça devient moins prenant. Et c’est là justement un gros bémol qu’il faut apporter: en choisissant une formule pop-rock somme toute assez banale, tous les morceaux finissent un peu par se ressembler. Les personnalités très fortes de certaines chansons sont ainsi affadies ou, au contraire, désincarnées à force de vouloir faire original. La mémoire et la mer, pour ne prendre que l’exemple le plus frappant, est récitée comme un slam sur fond de rock. Bien que chaudement applaudi, l’exercice nous a semblé catastrophique. En cours de route, on a perdu la mélodie, la magie du chant, tout ce qui en faisait un morceau envoûtant et vénéré depuis des décennies. Et quand on ajoute des choeurs dans le refrain de Thank You Satan, on frôle l’absurde.

On a senti un Moran sincère, qui aime vraiment Ferré, mais qui ne disposait pas d’une essentielle direction artistique d’ensemble. Peut-être a-t-il manqué de temps pour se préparer? Il a dû reprendre au moins deux chansons car il n’était pas satisfait du résultat… Pourtant, à nos oreilles d’amateurs, la première prise de Cette blessure a créé son lot de frissons… Est-ce également un manque de temps qui l’aura empêché de préparer suffisamment de titres et a dû en bisser deux au rappel?

Monique Giroux a joué un rôle discret, ponctuant le spectacle de brèves lectures autour de Ferré, décédé il y aura bientôt vingt ans, le 14 juillet.

Le freak du Québec

8 juin 2013

francoeur

Je viens de terminer le livre «Francoeur, le rockeur sanctifié», de Charles Messier autour du poète-animateur-professeur rock Lucien Francoeur. Pas vraiment une biographie suivie mais un collage de documents textuels et visuels, de témoignages. Bref, un scrap-book, ce qui rend la lecture souvent étouffante. Zéro fluidité dans cet ouvrage, les idées et les histoires sont confuses. La chronologie itou.

Francoeur, qui s’autoproclamait «Le freak de Montréal», s’y livre longuement, sur ses hauts et ses bas, sa mégalomanie, son obsession de la célébrité et du clinquant qui l’accompagne (les bagnoles, les femmes, la drogue, beaucoup beaucoup de drogues et d’alcool)… Dépendances qui cachaient un mal-être…

Parfois captivant, souvent irritant. L’utilisation de la langue telle qu’elle se parlait il y a un demi-siècle, avec pas mal de joual et de mots anglais, a de quoi surprendre dans la bouche d’un professeur de lettres… Rappelons ce que Michel Tremblay disait en entrevue à la télé il y a trois ou quatre ans: le joual, dans les années 60 et 70, c’était une revendication, maintenant, c’est de la paresse intellectuelle.

Dans sa préface admirative, le chanteur Yann Perreau se désole du peu de place que certains Québécois, depuis toujours, accordent à leur propre culture. Et c’est assez ironique car presque toutes les références culturelles citées par Francoeur sont anglophones! Les livres, les disques, les films, presque toute sa mythologie, jusqu’aux voyages, sont du côté des États-Unis… Seul Rimbaud réussit à s’infiltrer.

Le bouquin de Messier nous montre un Québécois dans des bottes de cow-boy perdu dans la ville moderne. C’est pittoresque et… folklorique.

Un sujet n’est jamais abordé lorsqu’on parle de Francoeur. Et j’en suis stupéfait chaque fois, tant pour moi ce point est central dans son oeuvre. Il se réclame de la contre-culture, de l’américanité, de la poésie de la beat génération, de Jim Morrison, de Kerouac, etc. La panoplie habituelle, quoi. Toute le kit, dirait-il…

À quel degré faut-il prendre ses textes, ses poèmes de ruelles? Il semblerait que ce soit au premier. Que sa démarche n’est surtout pas ironique ou parodique. Or, moi, ça fait des années que je chante ses chansons mais au second degré, pour rire. Je les aime vraiment, elles me prennent aux tripes (d’ailleurs, la réédition des disques d’Aut’Chose et de Francoeur solo, mille fois réclamée, arrive enfin cet automne, et j’en trépigne d’avance!), mais peut-on vraiment les prendre au sérieux?

Un jour, j’ai fait un test avec un journaliste rock, un confrère d’environ 10 ans mon aîné, qui apprécie la contre-culture, les années 60 et 70, un musicien par ailleurs. Je lui ai cité des paroles de Francoeur, celles que j’adore ressasser, mettre en signature de courriel pour rigoler, tant je les trouve absurdes. Pour moi, c’est humoristique… On ne PEUT pas prendre ça au premier degré… Quelques exemples tirés de sa période Aut’Chose:

«T’es la reine du hot-dog steamé»

«Quand t’es pas là, mes toasts brûlent»

Je cite de mémoire. Essayez de dire ça à la femme de votre vie:

«Chus chez nous dans tes ch’veux»

«T’es de l’or en barres/J’te changerais pas pour un gros char»

«Écoute, Mick Jagger a pas dit que t’étais la reine de l’underground, Mick Jagger a dit que tu te prenais pour la reine de l’underground (…). Ça fait que les cadenas que t’as mis sur mon bécyk, j’en veux pas!»

Et enfin, ce délicieux compliment que vous pourriez faire à propos de l’aimée lorsque vous la présentez enfin à votre famille:

«C’t'une vraie plotte, c’est avec elle que je veux prendre ma botte»

Amis de la poésie, bonsoir.

Donc, mon collègue rockeur à la gueule d’ange, il n’a pas su quoi répondre, mais il a souri, l’air de dire: «Ouin, finalement»… Mais cela n’empêchera nullement de continuer à aimer Francoeur, apprécier sa truculence, et de se garrocher sur les rééditions d’Aut’Chose, principalement, «des ailes à nos bretelles»…

Épurée

30 mai 2013

tell

Il y aurait plusieurs raisons de passer à côté du nouvel album de Diane Tell qui sort sur les tablettes ces jours-ci, mais déjà disponible en numérique depuis fin mars. Ce serait une erreur de le louper, car il est d’une grande beauté, même pour ceux qui n’ont, jusqu’à présent, jamais été touchés par son univers. Là, en enregistrant cet opus en solo, avec juste sa guitare et sa voix, elle nous touche plus que jamais.

L’épure convient bien à certains artistes, tel William Sheller ou Jean-Claude Darnal. En solitaire, certains peuvent faire des miracles d’émotion. Diane Tell y parvient ici. Elle reprend plusieurs morceaux de son répertoire dont les classiques Gilberto qui salue la bossa-nova et Si j’étais un homme. Elle chante du Vian, Aznavour ou Françoise Hardy.

C’est d’une justesse, d’une pureté, d’une délicatesse…

Pour le moment, la version cd n’est disponible au Québec que dans la chaîne Renaud-Bray qui jadis était libraire-disquaire mais ressemble de plus en plus à un magasin de jouets et de thé… Autant les chansons de Tell sont belles ainsi dénudées, autant le procédé «marketing» de forcer les mélomanes à acheter dans un magasin exclusif est répugnant. On peut par ailleurs le trouver en numérique sur iTunes, mais celui qui aime le CD est coincé.

On peut espérer que cette exclusivité Renaud-Bray (un peu l’équivalent des éditions FNAC en France) ne sera que temporaire.

Ce Tell-là mérite une diffusion plus large, une place privilégiée dans notre collection.

Mise à jour: Diane Tell explique son choix dans les commentaires.

Moustaki n’est plus

23 mai 2013

gm

Georges Moustaki n’est plus. Il vient de s’éteindre à 79 ans. On le savait malade, ce n’est pas une surprise, il avait même dû arrêter les spectacles ces derniers temps. Pour compenser, il s’était mis plus intensément à l’écriture de livres. Son essai «La sagesse du faiseur de chanson» était une vraie réussite.

C’était un chanteur à la fois discret et très connu à cause d’une poignée de succès.

Une oeuvre belle, métissée, grande. Ici, au lieu de tartiner une nécro qu’on n’a pas envie d’écrire, on va juste se taire et écouter une magnifique chanson de circonstance: Si ce jour-là, où le métèque imagine ses funérailles, captée sur un 33 tours de 1977.

On y pensait déjà depuis quelques mois quand on a découvert une bouleversante réinterprétation du titre par l’auteur-compositeur-interprète français Jean Duino.

Une vidéo pour souligner tout le talent de Georges Moustaki, tout le plaisir qu’il nous offre depuis des décennies, sur disques et sur scène.

 

Fiori, vu de l’intérieur

27 avril 2013

bio_recto

(Sur ce blogue, nous partons du principe que ce que Serge Fiori a offert de mieux à l’histoire musicale, ce sont les trois disques originaux d’Harmonium ainsi que celui de Fiori-Séguin. C’est là l’essentiel – le chanteur et musicien. Nous préférons vous en avertir.)

Depuis longtemps, écrivains et journalistes ont voulu écrire un ouvrage sur Serge Fiori. Celui-ci a toujours refusé. Il traîne depuis une éternité une méfiance envers les médias. Cette fois-ci, c’est la bonne : le meneur d’Harmonium a décidé de se confier et a choisi pour le faire son ancienne amoureuse et amie, Louise Thériault.

Son ouvrage nous présente le chanteur d’un point de vue intérieur et, forcément, biaisé. Toutes les personnes interrogées par la biographe font partie du cercle intime ou de ses adorateurs. Fiori se plaint du culte qu’on lui voue depuis 35 ans, mais ce n’est pas cet ouvrage qui va améliorer son sort de pauvre gourou adulé.

Il y a en effet un malaise à la lecture de ce livre : Fiori est présenté, par l’auteure comme par les intervenants, comme un génie qui va chercher ses créations dans le tréfonds de son âme, en les ressassant comme des mantras… Certains passages s’enfoncent dans l’ésotérisme, ça en devient délirant.

Pas surprenant que ça paraisse chez un éditeur de pop-psychologie, de manuel sur le yoga… Thériault se présente d’ailleurs comme une thérapeute, qui a 20 ans d’expérience en «conseling, en formation et en coaching de gestion»… Ah bon ? Son écriture est parfois malhabile, imprécise, plus émotive que factuelle.  Quelquefois, on ne sait plus en quelle année l’action se déroule, les choses ne sont pas nommées clairement. On aurait voulu des dates, des faits, un index des noms cités. Pour mémoire, on citera trois erreurs faciles qu’une simple vérification de base aurait évitées : le musicien John Martyn (avec un i dans Martin), le spectacle 1 fois 5 en 1976 (et non en 1975) et la chanson de Michel Rivard Le vent du fleuve se retrouve sur le quatrième disque de Beau Dommage, pas sur le Rivard solo. Cette dernière erreur se retrouvait également dans le livret de l’anthologie de Richard Séguin, Thériault l’a sans doute juste reproduite.

Et c’est une partie du problème. On ne sent pas chez la biographe une réelle connaissance de la musique. Ça donne à croire qu’elle s’est simplement contentée de recopier fidèlement les propos de Fiori et de ceux qu’elle a interrogés, mais sans aucune perspective critique.

Le premier livre paru sur le groupe, écrit par leur ancien gérant Yves Ladouceur, avait été renié par les membres d’Harmonium, mais on tombe ici dans un piège similaire : on ne se fie qu’à une seule vision des choses, on ne va pas chercher plus loin.

Ceci dit, la bio représente néanmoins un certain intérêt, celui de nous présenter de l’intérieur un musicien formidable, d’en apprendre plus sur les raisons réelles qui l’ont poussé à se retirer, ses problèmes psychiques et physiques, ses déséquilibres, ses combats contre lui-même. On explique pourquoi Michel Normandeau a été écarté du groupe en plein enregistrement de L’heptade (il paraîtrait qu’il n’était pas à la hauteur, musicalement). Mais on ne dit pas ce qu’est devenu Normandeau, ses disques personnels, son parcours après 1976… Lui qui a quand même co-écrit certaines chansons du groupe, qui en faisait partie dès l’origine. Il est traité un peu à la légère. Les paroles de Pour un instant, c’est lui. Les magnifiques Vieilles courroies, Depuis l’automne et Le corridor, il en co-signe le texte… Est-ce qu’on pourrait lui rendre justice ?

Tout est centré sur Fiori, c’est lui le génie. On survole son travail de compositeur de bandes originales, de pubs, les génériques. Mais ce qui reste l’essentiel et aurait dû être le cœur de l’ouvrage (les années 70, en arts, en politique, en changements de société) ne représente qu’environ 25 % sur près de 400 pages… Par contre, on ne nous épargne pas les détails de sa vie amoureuse…

On souhaite que ce livre sera le point de départ à un essai sérieux, celui qu’espèrent les mélomanes et historiens. L’œuvre musicale de Fiori le mérite. Elle devrait se poursuivre cet automne avec un nouvel album de chansons originales (le premier depuis 1986) signé avec l’étiquette québécoise GSI.

Cette biographie connaîtra sans doute un grand succès et pourrait être le propulseur de futures parutions hautement attendues : l’histoire du groupe en DVD, une intégrale remasterisée avec bonus. Méditons là-dessus.

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Louise Thériault, Serge Fiori: S’enlever du chemin, éditions du CRAM, 2013, 388 pages.

Attention, fragile

2 avril 2013

amelie

Laissons refroidir encore un peu les nouvelles galettes de Murat, Higelin, Bruni et Méliès qui nous arrivent en bloc pour prendre le temps de saluer Amélie-les-crayons dont la dernière parution est un plaisir gourmet, avec des chansons fines, fragiles et poétiques. Sur le fil de la sensibilité. Une chanson française teintée de piano et de rythmes légèrement arabisants, cette petite voix douce qui rappelle nos chères Émilie Simon et Stéphanie Lapointe.

«Jusqu’à la mer» est le troisième opus original d’Amélie-les-crayons depuis 2002. Pour être franc, c’est le premier qu’on remarque, pris dans les avalanches de disques francophones qui s’empilent partout dans les locaux des journaux et les appartements de journalistes. À peine se souvient-on d’avoir aimé sa reprise de Arrose les fleurs sur un album  hommage à Leprest. Pourtant, elle était meilleure que l’originale.

Et puis un jour, on reçoit ce cd par la poste. La beauté de l’objet (une boîte en carton, avec des cartes postales dessinées à l’intérieur). Fraîcheur. Amélie-les-crayons, comme une petite sœur de Clarika. Interprètes parfois sautillantes, souvent émouvantes.

Une fragilité qui nous donnera envie de revenir vers ces chansons aux airs d’Amélie Poulain, au charme désuet et subtil.

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Amélie-les-crayons, Jusqu’à la mer (L’Autre Distribution)


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