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Alexandre Varlet parle aux internautes

28 février 2013

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Dans les épisodes précédents, l’auteur-compositeur-interprète français Alexandre Varlet balançait sa pop-folk directement en vinyle pour son quatrième opus, Soleil noir. Il nous présente ici son cinquième, toujours de la belle ouvrage, des textes intimistes, sensualité d’une voix et d’une guitare.

Quinze ans après son premier cd, l’homme est encore là, et on a toujours envie de suivre son parcours, d’écouter ses chansons fines, qui résonnent en profondeur en nous.

Voici notre échange électronique.

Entrevue avec Alexandre Varlet

1) Vous revenez avec cet album au format cd et mp3, alors que le précédent était sorti en vinyle. Pourquoi ce retour au cd? Que retirez-vous de cette expérience vinyle?

AV: Ce 5e album studio sort aussi en format vinyle ! Je ne puis bouder ce plaisir, en qualité de féru de ce format et parce que Soleil Noir a été très bien accueilli par le public malgré son format unique 33T. Ce format semble être en phase avec une tendance mondiale, et tant mieux. Cela incite à retourner chez les vrais disquaires, ceux qui ont toujours défendu les alternatives, les niches, le vinyle …Comme toujours les majors suivent le pli, elles n’auraient jamais eu le courage de prendre l’initiative.

Ce format vinyle m’est cher. Mais j’admets aussi qu’une sortie CD et digitale sont indispensables.

2) Vous avez publié en version numérique uniquement un très bel opus en public à la Maroquinerie qui datait de 2008. Peut-on envisager qu’il ressortira en cd, par exemple en doublé avec Soleil noir? Détenez-vous les droits sur vos précédents disques?

AV: Je suis propriétaire de tous mes disques oui. Le live à la Maroquinerie uniquement en digital sur alexandrevarlet.bandcamp.com remporte un franc succès et l’idée de le sortir en physique pourrait être envisageable. Mon public a majoritairement entre 30 et 40 ans, il est attaché je crois à tenir un disque entre les mains, lire et relire le livret, le retourner, le manipuler.

3) Qu’est-ce qui a motivé votre envie d’enregistrer les nouvelles chansons en Suisse avec Arnaud Yvan Sponar ? Qui est-il ? Pourquoi là-bas?

AV: Arnaud est le démiurge de Goodbye Ivan, projet abrité par Shayo Records à Genève, tout comme SOLEIL NOIR mon 4ème disque. La rencontre est artistique puis humaine. J’ai ressenti le besoin de faire ce disque avec un réalisateur, j’ai eu envie de le faire avec Arnaud. À l’époque il vivait en Suisse, le studio 603 à Vevey nous a accueillis. Un lieu alternatif, dans une cité magnifique. J’aime l’idée de travailler hors mes murs.

4) Le cd est joliment illustré par Yann Orhan, à partir d’images très anciennes, me disiez-vous… Est-ce que vous lui avez donné carte blanche ? Que cherchiez-vous à dire à travers ces illustrations?

AV: À la suite d’une exposition vue à Dinard où j’habite, l’idée d’une lithographie précise a germé en moi. J’ai soumis plusieurs propositions d’images à Yann Orhan, fidèle compagnon depuis Ciel de Fête. Il a su en tirer la quintessence pour me proposer un visuel sobre, élégant, utopique, intemporel…

Je voulais la mer comme personnage, évoquer la vanité de l’homme, et qui sait.

5) Les paroles de vos chansons sont intimistes, collant parfaitement avec votre musique, mais est-ce qu’une écriture plus sociale pourrait également vous intéresser un jour?

AV: Je ne peux pas dire non catégoriquement. Mon engagement est à ce jour strictement émotionnel, ce qui n’empêche pas la possibilité de s’identifier à mes textes, ni au fond d’évoquer des thèmes d’actualité, je pense à l’amour épinglé par exemple sur Dragueuse de fond, ou L’hôtel aux étoiles nombreuses.

Mais force est de reconnaître que ce n’est pas probant dans mon univers. Je me permets de citer Montaigne qui avouait ne parler que de lui car au fond il était un homme comme les autres, donc en parlant de lui, il parlait aux/des autres.

Je me situe plutôt là.

6) Deux morceaux (Umovedown; et Mille vache, composé par Sponar) créent une rupture de ton, avec un son synthétique qui rappelle celui du Bashung des années 80. Était-ce délibéré, pour casser l’acoustique folk? Bashung a-t-il été une influence pour vous, un jour ou l’autre?

AV: Un disque est un monde, un film. Pour que la sauce prenne, il faut du relief, des accidents. Ces titres-là ont été délibérément écrits dans cette optique. La guitare folk est mon instrument de prédilection mais je reste profondément marqué et consommateur de musique synthétique des années 70 et début 80.

Si Bashung est une influence c’est clairement pour 2 disques: Play blessures et Novice.

7) Si vous pouviez réaliser l’album de vos rêves, sans limite de temps ou d’argent, et même avec des musiciens morts, ça ressemblerait à quoi?

AV: Scott Walker «3»

****

Alexandre Varlet, éponyme (Les Disques du 7e Ciel)

Site de sa maison de disques

Site du chanteur

La chance aux chansons (2)

29 janvier 2013

9782841678129

C’est un bouquin fascinant que signe ici l’auteur français Baptiste Vignol. Un ouvrage de référence pour les amoureux de la chanson francophone, qui aura mis des années avant de voir le jour : «Le top 100 des chansons que l’on devrait tous connaître par cœur».

Vignol a demandé à 276 artistes de la variété française quelles étaient leurs dix chansons préférées. Ceux qui ont répondu sont de différentes générations, de styles variés, principalement de France mais aussi de Suisse ou du Québec.

Ainsi, on a la bonne surprise de voir Pierre Lapointe citer Renaud, Michel Faubert qui désigne Émilie Proulx, l’incrédulité devant les choix de Bertrand Burgalat (de Gainsbourg à… Ginette Reno). On a le plaisir de ne pas être seul à vénérer certaines chansons moins connues (Ouverture de Daho, Le dégoût de Souchon) et qui sont des chefs-d’œuvre.

Naturellement, les 100 titres choisis sont souvent les plus évidents et causeront bien peu de surprise au lecteur averti (La javanaise, Avec le temps, Ne me quitte pas, etc.). Mais les amateurs plus pointus prendront leur pied à lire chacune des listes reçues par Vignol, qui les publie toutes : celles des artistes mais aussi celles des 69 «spécialistes» sollicités (journalistes, blogueurs, etc., dont moi, je le reprécise). Là, il y a des découvertes à faire…

Les 100 lauréates (et quelques autres en prime) ont droit à une présentation historique ou esthétique. Ici, la rigueur et l’érudition priment. Vignol a consulté pas mal d’ouvrages, d’entrevues sur la musique. Les citations d’artistes sont nombreuses. Malheureusement, certaines erreurs se faufilent quand même : notamment dans la notice qui accompagne La vie d’artiste de Léo Ferré, certains titres de chansons (fournis par les artistes eux-mêmes) sont erronés ou Suzanne Vega dont le nom est écorché. Mais ce sont des points de détail.

En survolant ces listes, on peut constater que certains font preuve d’ethnocentrisme (les Français citent les Français, les Québécois les Québécois), que les choix sont souvent générationnels avant d’être esthétiques (sinon, que viendraient faire les Rita Mitsouko dans ce palmarès ?). La chanson est un art qui mise beaucoup sur les sentiments, les souvenirs, ça explique d’autres bizarreries comme ce triomphe fait à C’était bien – le petit bal perdu, une bluette sympathique mais qui ne mérite pas du tout sa 19e place !

Chouette idée aussi que celle de reproduire telles quelles certaines réponses reçues (par courriels ou lettres). Ce témoignage de la grande Michèle Bernard est particulièrement judicieux. À la fin de sa liste, elle ajoute : «Celles qui restent, bien sûr, ne sont jamais les plus légères…».

Parmi mes choix, une chanson de Michèle Bernard aurait pu y figurer pour sa puissance poétique, sa perfection : Je t’attendais ainsi qu’on attend un navire, sur un poème de René-Guy Cadou.

L’essai de Vignol est un indispensable témoignage, que l’on consultera encore pendant des années avec intérêt. Toutes ces chansons que l’on connaît, toutes celles à découvrir, on a envie des les aimer encore plus fort.

Voici la deuxième partie de mon entretien avec Baptiste Vignol.

1) Est-ce que ça a été difficile de sélectionner les personnes sondées, en écarter certains, et obtenir leurs listes ? Travail de longue haleine ?

BV: Je n’ai sollicité que des auteurs et/ou compositeurs et me suis efforcé de contacter les artistes dont des chansons apparaissaient dans les Top 10 que je recevais au fur et à mesure. Ainsi ai-je commencé ma collecte en approchant quelques figures majeures (Anne Sylvestre, Renaud, Georges Moustaki, Charles Aznavour, Françoise Hardy, Lynda Lemay, Juliette, Kent, Pierre Lapointe, Allain Leprest, etc) puis j’ai contacté les chanteuses et chanteurs qui figuraient dans leurs préférences, ce qui a peu à peu élargi l’éventail.

2) Certains artistes majeurs n’ont pas fourni leur liste (Julien Clerc, Maxime Le Forestier, Jacques Higelin…). Pourquoi?

BV: Ces trois-là n’ont pas souhaité répondre à cette question pourtant toute enfantine, «quelles sont vos dix chansons préférées?», comme les gamins se demandent: «C’est qui tes copains préférés.» Dommage. Mais au final, leurs partitions n’auraient rien changé au classement. Notons d’ailleurs que Julien Clerc ne figure pas dans le Top 100, pas plus que Pierre Perret par exemple, ce qui est étonnant, mais c’est aussi l’intérêt de ce bouquin.

3) Quel est l’artiste, mort ou vif, dont vous auriez voulu la liste à tout prix ?

BV: Charles Trenet.

4) Est-ce que seul le vote des artistes comptait pour le palmarès des 100 chansons, sauf dans les cas d’égalité, où les spécialistes tranchaient ?

BV: Il s’agit du classement des chansons préférées des chanteurs francophones. Forcément, certains titres arrivaient à égalité de voix, j’ai alors décidé, pour affiner autant que possible ce palmarès, de demander à des «spécialistes» la liste de leurs dix chansons préférées. Il reste néanmoins encore des égalités!

5) On constate un certain conformisme dans les listes des artistes… Toujours les mêmes chansons qui reviennent, les morceaux les plus connus. Sauf exceptions. Ne voyez-vous pas un paradoxe dans le fait que ce sont les créateurs qui semblent le moins connaître la chanson?

BV: Je ne suis pas d’accord avec vous. Les chansons citées, en tout cas la grande majorité, passent très rarement sur les radios françaises! Brassens n’y passe plus, Trenet non plus, ni Barbara, encore moins Ferré ou Anne Sylvestre. «La mémoire et la mer» n’est jamais diffusée sur les ondes en France, pas plus que «La Folle complainte» de Trenet, «Syracuse» de Salvador, «Pierre» de Barbara, «Saturne» de Brassens ou tant d’autres chansons qui figurent en bonnes places dans cette anthologie.*

6) Dans le palmarès, on trouve beaucoup d’auteur-compositeur-interprète et peu d’interprètes… Pourquoi selon vous?

BV: On y trouve pas mal de chansons immortalisées par Yves Montand tout de même, ou Édith Piaf, même si Piaf signait également certaines de ses chansons. Mais c’est vrai qu’il s’agit essentiellement de chansons d’ACI, peut-être parce que j’ai sollicité beaucoup d’ACI!

7) Avez-vous eu des surprises, des déceptions dans le choix de certaines personnes ? Ou des artistes que vous aimez beaucoup personnellement et que presque personne ne cite?

BV: J’aurais beaucoup aimé que Guy Béart, Véronique Sanson ou Allain Leprest figurent dans le Top 100. Cela m’aurait semblé justice, mais voilà, aucune de leurs chansons n’ont recueilli 4 suffrages. Remarquez, il s’en ait fallu de peu pour «La Retraite» de Leprest qui a obtenu trois votes.

8) Quelqu’un m’a déjà dit que «Ne me quitte pas» de Brel était à l’origine une parodie et que, voyant le succès qu’elle obtenait «au premier degré», il a laissé les gens croire ça… Ce n’est pas fou, ça expliquerait la démesure, la grandiloquence du texte et de l’interprétation… Et si Ne me quitte pas était une moquerie qui a «mal tourné»… Avez-vous déjà entendu parler de cette explication?

BV: Je n’ai jamais entendu parler de ça et je n’y crois pas une seconde. Ricet Barrier, qui connaissait Brel pour avoir chanté avec lui dans la tournée 109 de Jacques Canetti, m’a clairement dit que cette chanson avait été écrite après la rupture de Brel avec Suzanne Gabriello.

9) Les meilleures chansons, c’est bien, mais est-ce qu’un livre sur les meilleurs albums francophones ne pourrait-il pas être envisagé ? Pour ma part, certains disques de Gainsbourg, Brassens ou Brel sont des oeuvres que je ne voudrais pas sectionner… Qu’est-ce que vous mettriez dans votre palmarès des albums?

BV: Ouh la la… À la volée, je dirais Les Marquises, Fantaisie Militaire, n’importe quel album de Brassens, Morgane de toi, le live de Lynda Lemay à l’Olympia que j’adore, Histoire de Melody Nelson, Jaune de Ferland, Mustango de Murat, Ferrat 80…

10) Dans le quotidien montréalais La Presse, il y a peut-être dix ans, ils avaient fait paraître un palmarès des meilleurs disques québécois de tous les temps. Le problème c’est que certains artistes avaient trop d’albums différents cités… Ce qui les empêchait d’être au sommet du palmarès car le vote était dilué… J’ai l’impression qu’il est arrivé la même chose avec votre ouvrage. Parmi les 100 chansons, on ne retrouve pas Attention fragile de Bernard Lavilliers, c’est assez étonnant, non?

BV: 276 chanteurs ont été sollicités, ça n’est pas rien! Qu’«Attention fragile» n’y figure pas peut vous étonner, mais c’est probablement parce que vous l’appréciez davantage que la moyenne des chanteurs. Il est certain que si Georges Brassens avait écrit moins de chefs-d’œuvre, sa «Supplique pour être enterré à la plage de Sète» figurerait un peu plus haut dans le Top. Mais nous avons tous ou presque notre chanson préférée de Brassens…

11) Quels sont vos prochains projets de livres ?

BV: Je n’en ai pour le moment pas la moindre idée. Le Flop 100 des chansons que les chanteurs détestent? Ce serait drôle.

****

*Précision: personnellement, je ne me réfère pas à ce qui passe ou non sur les ondes, contrairement à Baptiste Vignol, qui mentionne régulièrement la place qu’occupait telle ou telle chanson à la radio. Par exemple, La mémoire et la mer n’est peut-être jamais passée sur les ondes, mais tous les vrais amateurs de Léo Ferré citent cette chanson en exemple, en permanence, que l’on demande à un chanteur réaliste ou rock. Idem pour L’orage de Brassens: c’est un morceau chouchou, adoré de tous. Je ne parle pas du grand public, mais des amateurs, des musiciens.

A contrario, personne (ou presque) ne cite jamais La saison des pluies de Gainsbourg qui est pour moi beaucoup plus captivante que La javanaise ou Je t’aime moi non plus… Ou pour Anne Sylvestre: ok Une sorcière comme les autres, ok Les gens qui doutent, mais connaissez-vous cette merveille qu’est Il s’appelait Richard?

C’est ce que je voulais dire par des titres rabâchés. Les choses plus rares y sont aussi, mais jamais en tête de classement. Ce qui fait que si un badaud feuillette le livre en librairie et qu’il tombe sur toutes ces chansons archi ressassées, il faut lui dire d’aller voir les palmarès persos en fin d’ouvrage…

Baptiste Vignol, Le top des 100 chansons que l’on devrait tous connaître par coeur, aux éditions Didier Carpentier

La première partie de notre entretien, c’est .

Ma liste des 10 chansons de chevet, c’est ici.

La chance aux chansons (1)

18 janvier 2013

9782841678129

L’auteur français Baptiste Vignol fait paraître l’intriguant ouvrage «Le top des 100 chansons que l’on devrait tous connaître par cœur» – choisies par 276 artistes de la variété francophone. Nous l’avons donc convié à une petite causerie virtuelle en deux parties.

De Vignol, on connaissait le pamphlet «Cette chanson que la télé assassine» (2001, chez le regretté Christian Pirot) où il dénonçait l’étroitesse d’esprit de certains fabricants des médias nés sous le triste signe de l’Hexagone.

Blogueur et éditeur, il a aussi signé un essai littéraire et sensible, malheureusement plus disponible sur le marché : «Tatatssin, parole de Renaud !» (en 2006, chez La Mascara, moins regrettée). Ça ressemble à un plaidoyer amoureux sur le chanteur énervant, qu’il défend avec acharnement et parfois mauvaise foi ou complaisance. Parce qu’on a beau être morgane du p’tit gavroche depuis toujours, l’artiste n’est pas sans reproche et n’a pas écrit que des perles. Mais c’est une autre histoire.

Pour l’instant, rencontrons Baptiste Vignol, dingue de chansons, avec la belle ferveur qui l’anime. Après ses propos, je réponds moi-même à certaines questions sans lui dire, pour ne pas influencer ses réponses… Et il va sans dire que j’avais répondu avant de lire les siennes. Goûts et dégoûts en commun, mais quelquefois de sérieux désaccords…

Entrevue avec Baptiste Vignol (1)

1) La chanson francophone est votre passion. Juste pour vous situer esthétiquement, citez-moi vos cinq chanteurs essentiels, résistant au temps et aux périodes de votre vie. Ceux que vous écouterez encore dans 30 ans et que vous aimez depuis longtemps.*

BV: Charles Trenet, Georges Brassens, Renaud, Christophe, Gilbert Bécaud et Jean-Louis Murat. Je sais, ça fait 6. Et j’aurais volontiers ajouté Diane Dufresne ou Richard Desjardins!

2) Existe-il pour vous un âge d’or de la chanson française et quel serait-il ?

BV: Probablement l’époque des cabarets, de Félix Leclerc qui débarque à Paris en décembre 1950 en début des années 70 quand on pouvait applaudir Renaud à la Pizza du Marais. Entre temps, Brassens, Béart, Brel, Barbara, Léo Ferré, Anne Sylvestre, Serge Gainsbourg, Ricet Barrier, Boris Vian créaient chaque soir leurs chansons devant quelques dizaines de passionnés. Ça devait avoir de l’allure, non?

3) Qui est le plus grand chanteur et/ou album francophone(s) méconnu(s) ?**

BV: L’Américain David McNeil.

4) Le chanteur ou auteur-compositeur le plus surestimé?***

BV: Impossible de répondre à cette question. Mais remarquons que les auteurs-compositeurs un temps surestimés, type Obispo, finissent toujours par retomber le cul par terre.

5) Vous avez travaillé sur l’émission de télévision «La chance aux chansons» de Pascal Sevran. Racontez-nous brièvement comment vous vous êtes retrouvé à ce poste et ce que vous y faisiez précisément. Vous n’avez pas tenu plus d’un an, non?

BV: Je venais de terminer mes études et j’avais six mois à tuer avant de commencer un stage à la Commission européenne à Bruxelles. Je voulais travailler deux ou trois mois, gagner des sous et partir deux mois en vacances. J’ai envoyé une demande de stage à Pascal Sevran qui m’a reçu. Nous avons parlé chanson, Leny Escudero (qu’il recevait ce jour-là), Charles Trenet qu’il adorait et connaissait bien, ce qui m’impressionnait. Il m’a donc proposé un stage bien rémunéré à l’époque (8000 francs par mois en 1996). Les figurantes de l’émission étaient jolies, Sevran m’avait à la bonne… Voyant que j’adorais la chanson, il m’a rapidement demandé de devenir l’un de ses programmateurs, avec le salaire qui va avec! Je recevais une dizaine de disques tous les matins par la Poste, j’étais invité à tous les concerts que je voulais voir, j’avais 27-28 ans, c’était plaisant, j’y suis resté trois ans. En tant qu’animateur, Sevran pouvait être agaçant, mais il y avait  chez lui beaucoup d’enthousiasme, cet enthousiasme qui manque tant à Daniela Lumbrose par exemple qui a tellement l’air de s’ennuyer en présentant son émission Chabada. En tant que producteur, Sevran était très exigeant, j’ai beaucoup appris à ses côtés. En tant qu’individu, au quotidien, il n’était pas fréquentable. J’ai donc un jour décidé de partir.

6) Quel écho a eu votre pamphlet «Cette chanson que la télé assassine» dans les médias ? Des représailles, des louanges ?

BV: J’ai reçu un prix de l’Académie Charles-Cros pour ce bouquin, j’ai fait quelques émissions de télé invité par Thierry Ardisson, Laurent Ruquier… C’était drôle.

7) Dans cet ouvrage, vous citez des dizaines de noms de chanteurs francophones que le grand public gagnerait à connaître et qui ne passent pratiquement pas à la télé. La situation s’est-elle améliorée aujourd’hui ? Pensez-vous, par exemple, qu’une chaîne publique comme France Inter devrait diffuser des Allain Leprest à heures de grande écoute, est-ce que les auditeurs s’y intéresseraient ou tourneraient le bouton pour éteindre ?

BV: Quand on voit que fin décembre 2012, les meilleurs vendeurs de disques en France étaient Céline Dion, M Pokora et Johnny Hallyday, on ne peut pas dire que la situation se soit vraiment améliorée. Il y a sur France Inter un homme qui fait remarquablement son boulot, il s’agit de Serge Le Vaillant qui reçoit dans son émission des artistes de qualité qui ne passent nulle part ailleurs hélas. Didier Varrod, le nouveau responsable de la programmation de l’antenne, connaît très bien la variété. Ce matin par exemple, j’entendais avec bonheur sur Inter le nouveau single d’Albin de la Simone!

8) Actuellement, comment vous partagez-vous les tâches entre vos rôles d’éditeur, auteur et blogueur ?

BV: J’essaie de ne pas trop perdre mon temps! L’ouvrage qui paraît ces jours-ci, «Le Top 100 des chansons que l’on devrait tous connaître par cœur», cela faisait quatre ans que j’étais dessus! Bon, c’est vrai, il se base sur une collecte de Top 10, et j’ai sollicité 345 figures du monde de la chanson. Quant à mon blog, je l’alimente de temps en temps… Et il me reste les bouquins de ma petite maison d’édition sur l’île de La Réunion à écrire, fabriquer et distribuer…

9) Selon vous, qui est actuellement l’auteur-compositeur-interprète le plus talentueux parmi les «jeunes» générations (disons les moins de 45 ans)?****

BV: Impossible de n’en citer qu’un. Chez les moins de 45 ans? Par ordre alphabétique: Barbara Carlotti, Jeanne Cherhal, Ariane Moffatt, Thomas Pitiot et Lisa Leblanc. Elle, je l’adore!
(à suivre)
*****
* Question cruelle? J’en conviens. Pour moi, ce serait Renaud, Georges Brassens, Jean-Roger Caussimon, Serge Gainsbourg et Alain Souchon.
** Mes mésestimés: Jean Vasca, Gilbert Laffaille, David McNeil.
*** Mon surestimé: Charles Trenet.
**** Le plus grand ACI, actuellement, chez les plus jeunes: Philippe B.

Toute la musique qui bouge vient d’Afrique

7 novembre 2012

Photo: Anouk Lessard

C’est Bernard Lavilliers qui le dit, ça doit être vrai. Au cours d’une de ses fameuses «improvisations» des années 70, il lance ça, «toute la musique qui bouge vient d’Afrique». Il serait mal aisé de le contredire, mais chose certaine la couleur africaine se marie parfois à merveille à la chanson francophone. Pensez à «Gainsbourg percussions», un classique de 1964. On en passe, pour s’attarder au troisième album du Montréalais Sébastien Lacombe. La meilleure surprise de l’automne. Un disque accrocheur, tantôt rythmé, tantôt folk-pop, qu’on a envie de se repasser, avec un plaisir immédiat.

Lacombe a puisé une partie de son inspiration dans un séjour de neuf mois au Sénégal avec sa petite famille. On a tellement aimé le résultat, un des opus les plus singuliers de l’année, qu’on lui a posé quelques questions par courriel, histoire de saluer sa démarche.

Q : À quel endroit et pour qui as-tu été chroniqueur et vidéaste?

R : J’ai été vidéaste et chroniqueur pour mon blogue que je tenais sur le site de Radio-Canada (extraits).

Aussi, je viens du milieu de la vidéo ayant pratiqué le métier de producteur de clips et publicités.

Q : Étais-tu friand de musiques du monde avant ton séjour en Afrique?

R : Oui, j’ai toujours été friand de la musique du monde avant mon séjour en Afrique, je suis un fan de longue date d’artistes tels Tiken Jah Fakoly, Habib Koite et Rokia Traore. Je suis aussi fan d’instruments authentiques et anciens tels la cora et le balafon et des sonorités qui riment avec voyage. J’aime beaucoup la musique du film Babel du compositeur Gustavo Santaolalla pour l’habillage organique et juste de la bande sonore.

Q : Qu’est-ce que ce séjour en particulier ou les voyages en général t’ont apporté sur le plan humain et artistique?

R : Sur le plan humain, ce voyage m’a apporté beaucoup. Il m’a ouvert à une autre culture , à des nouveaux amis, je me suis débarrassé de pleins de préjugés et d’idées préconçues que je m’étais faits sur l’Afrique ! J’ai un peu délaissé mon ordinateur (il y avait beaucoup de coupures d’électricité) pour redécouvrir les joies de la discussion et de prendre le temps de serrer des mains, de vivre une vie moins stressante et boire le thé avec des amis pendant quelques heures.

Sur le plan artistique, ce voyage m’a permis de redécouvrir l’auteur et le musicien en moi qui s’étaient égarés et essoufflés avec le temps. J’ai retrouvé le plaisir de jouer de la musique là-bas grâce à plusieurs rencontres, je pense à mon ami Oumar Sall, guitariste et joueur de xalam, à mes répétitions avec l’orchestre national du Sénégal dans le quartier populaire de la Médina en plein centre-ville de Dakar. Au niveau du texte, j’ai retrouvé l’inspiration de parler des choses importantes pour moi. Des sujets m’ont réellement touché comme celui des enfants de la rue (les talibés) qui a donné ma chanson «P’tit gars». Ma chanson Je ne suis plus comme avant explique bien, je crois,  les changements qui se sont effectués en moi, grâce à ce voyage.

En étant éloigné de mon pays pendant plusieurs mois, j’ai pris le recul nécessaire et réalisé l’importance de mes racines québécoises dans mon cheminement artistique.

Q : Tu as enregistré là-bas avec musiciens ou instruments africains sur place? Comment c’était? L’écriture des chansons a-t-elle été transformée ou tout était déjà prêt avant d’entrer en studio?

R : J’ai apporté mon studio maison là-bas et même visité quelques studios et effectué des enregistrements là-bas. Je n’ai pas gardé beaucoup de choses pour mon disque, disons que j’ai beaucoup expérimenté.

On a fait beaucoup de ménage dans le studio ici avec Pilou, le co-réalisateur de l’album. On a gardé que l’essentiel : le xalam sur certaines chansons («Les maîtres du temps» ; «Adouna» et «Mr taximan»). Le xalam est un instrument peul , ancêtre probable du banjo. Aussi l’enregistrement intégral d’une répétition de «La batuka de la isla»* sur l’île de Tarafal au Cap-Vert. «Adouna» est chantée par mon ami Oumar Sall qui me l’a offerte en cadeau pour notre amitié. Oumar est un peul, peuple berger.

À force de jouer avec des musiciens africains qui ne sont pas très scolaires pour la plupart mais très instinctifs, je me suis plus fié à mon instinct dans la composition de mes morceaux et on peut voir aussi l’influence de la musique africaine au niveau de la composition de mes morceaux; peu de changements d’accords guidés par des mélodies fortes.

Q : Est-ce que cet apport «musique du monde» à tes chansons peut les conduire vers un nouveau public,  a priori moins adepte de chanson francophone?

R : Cet apport musique du monde à mon cd peut certainement me conduire vers un nouveau public, mais je ne voulais pas faire un disque africain mais bel et bien un disque québécois reflétant une influence world, en fait, j’espère que j’ai réussi ! Au contraire, je crois que les adeptes de la chanson francophone vont aimer plus ce disque que mes précédents car ayant gardé le texte en avant, je crois que j"apporte un petit quelque chose d’exotique, une plus-value!

Q : Pourquoi ne pas avoir inclus de livret dans ton cd?

R : Je n’ai pas inclus de livret de paroles pour plusieurs raisons; la première étant d’ordre écologique; mes paroles étant téléchargeables sur mon site Internet.

L’autre était d’ordre esthétique, je voulais présenter un disque épuré au niveau du design de la pochette.

Q : Parle-nous de ta prochaine tournée, sera-t-elle différente?

R : Je pense que la prochaine tournée sera effectivement différente, je travaille à l’heure actuelle à la préparation du spectacle. Ce sera un spectacle/documentaire où la vidéo et les images seront de mise. J’aimerais que ce spectacle fasse voyager et réfléchir les gens qui vont y assister!

Sébastien Lacombe, Territoires (Productions Labombe)

(* le morceau caché de l’album)

Rencontre exceptionnelle à Québec

28 mars 2012

Amis montréalais, il va falloir faire quelques heures de route si vous voulez assister au nouveau spectacle d’Albin de la Simone qu’il donne en compagnie du pianiste de musique classique Alexandre Tharaud (Satie, Chopin, etc.). L’unique représentation québécoise aura lieu au Grand Théâtre de Québec mardi 3 avril.

Si on en croit la présentation officielle sur le site de la salle, on ne va pas s’ennuyer:

«L’excellent pianiste français Alexandre Tharaud et le chanteur Albin de la Simone unissent leurs talents pour faire partager leur amour de la chanson française. Se promenant très librement entre grandes œuvres du répertoire classique, chansons incontournables et chansons originales, les deux amis jouent ensemble… au sens littéral.»

On suit Albin de la Simone depuis son premier disque en 2003, sur scène itou c’est un délice. On a voulu en savoir plus sur ce projet spécial. Très occupé par l’enregistrement de son nouvel opus, il nous a quand même envoyé ces quelques mots: «C’est un concert que nous avons déjà donné trois fois, jamais au Québec. Nous sommes tous les deux des amoureux de votre province et on est ravis de venir ensemble cette fois ! On se connaît depuis longtemps tous les deux et sommes toujours ravis de faire ce spectacle ensemble. C’est une "cuisine" autour de la chanson. Alexandre y raconte notamment son amour pour Barbara, Legrand, nous jouons ensemble des chansons que nous aimons, je chante pas mal de mes chansons qu’il revisite au piano avec beaucoup de personnalité… Mais je ne m’aventure pas dans son monde de la musique classique.»

À suivre…

Daran: entrevue nationaliste

28 février 2012

Le dernier Daran remonte déjà à 2007 avec «Le petit peuple du bitume», un album magnifique de rock fiévreux, planant comme un vieux Pink Floyd, sombre et tranchant. Un disque difficile d’accès, mais capiteux.

Depuis, Daran a offert une compil qui accompagnait la bédé «Couvert de poussière» de Michel Alzéal, un stupéfiant projet poignant (le bédéiste reprenait des extraits des paroles de chansons du chanteur pour créer une histoire originale). Sans oublier une bande originale de film qu’on n’a pas vu passer de ce côté-ci de l’Atlantique.

Pour son septième opus de chansons nouvelles, le Français a décidé de les enregistrer au Québec, sa nouvelle terre d’adoption, avec trois musiciens du crû. C’est rock, ça frappe fort, c’est presque toujours réussi, à part les agaçantes «La machine» et «Une caresse une claque». Un très bon opus, à ranger parmi ses meilleurs.

Il porte un joli titre : «L’homme dont les bras sont des branches» (abrégé en HDBB). Il sort en format normal, une pochette cartonnée (ou un «digipack» si vous préférez causer frenchy) avec un livret dessiné plutôt copieux.

Il existe aussi une version dite deluxe qui prend parfois des allures de journal de la création d’un disque. Un beau livre de 72 pages avec des photographies à Montréal, en tournée ainsi que des témoignages d’Éric Goulet, Pierre-Yves Lebert, Moran ou Yann Perreau qui nous parlent de Daran. Le CD est optionnel : on le glisse à l’intérieur du bouquin. Comme l’édition de luxe ne contient pas les paroles des chansons ni les dessins du livret, il vaut mieux se procurer l’album en format cartonné et acheter le livre séparément, sans CD. On pourra par contre regretter le nombre de fautes d’orthographe au fil des pages du livre.

Plutôt que d’aller une troisième fois à la rencontre du sympathique chanteur, on a préféré lui envoyer des questions par courriel.

Q : Ton départ de la France correspond-t-il avec une certaine routine, un confort qui s’étaient installés? Envie de rajeunir de 25 ans en recommençant à Montréal? Et pourquoi le Québec plutôt qu’un autre pays (le Canada par exemple)?

R : J’ai toujours pensé qu’en tant qu’artiste, mon plus grand ennemi était l’habitude, la routine, voire l’expérience. J’acquiers de l’expérience malgré moi mais j’essaye de l’utiliser avec précaution. Si je ne m’appuyais que sur elle, j’aurais peur de tuer mon regard d’enfant si nécessaire à la créativité. J’ai donc décidé de provoquer du mouvement, de la mise en danger.
Et pour que cette redistribution des cartes ne doive pas tout au hasard, le Québec avec qui je partage tellement de choses depuis si longtemps m’est apparu comme une destination évidente.
C’est une idée que je mûris depuis très longtemps.

Récemment, un certain nombre de conditions ajoutées à ma lassitude vis-à-vis d’une certaine forme de morosité ambiante qui règne en Europe ont rendu la chose possible. J’ai franchi le pas aussi pour ne surtout pas me retrouver à vivre avec le regret de ne pas avoir eu le courage de le faire. :o )

Q : Comment as-tu choisi tes nouveaux musiciens et ton studio d’enregistrement?

R : En arrivant au Québec, je me suis attelé à monter un nouveau band. Pour cela, j’ai parcouru beaucoup d’endroits où ça jouait, histoire de respirer un peu le renouveau musical montréalais.
C’est lors d’un cinq à sept que j’ai croisé la route d’André Papanicolaou (guitariste). En allant le revoir jouer au Vert bouteille (où il accompagnait Éric Goulet, un vieux copain), j’ai fait la connaissance de Marc Chartrain, le batteur.

Quand on s’est mis d’accord pour jouer ensemble, il ne nous manquait plus qu’un bassiste, et c’est tout naturellement que Marc a proposé son frère Guillaume pour le poste.

Q : Tes chansons ont été composées en France, mais elles ont été créées sur les scènes du Québec. Comment ont-elles évolué jusqu’à leur version finale du disque? Liberté totale à tes musiciens de les triturer?

R : Quand j’ai vu la qualité des musiciens qui m’entouraient, j’ai en quelque sorte «désarrangé» mes démos qui étaient assez évoluées pour remettre tout sous forme de guitare / voix. C’est ce matériel qui nous a servi de base pour fabriquer les arrangements en laissant une grande place à leurs idées et à leurs textures sonores. Les morceaux sont partis sur scène pour une quarantaine de concerts avant d’être enregistrés. Ils y ont acquis cette patine que seul le live peut apporter.

J’ai choisi (pour répondre à la fin de la question précédente) le studio Masterkut  parce qu’il permet d’enregistrer un band au complet dans la même pièce un peu dans les conditions du live, justement. En plus, c’est un endroit chaleureux où l’on se sent rapidement comme à la maison!

Q : Ne sort-on pas un peu du climat très sombre du disque «Le petit peuple du bitume»? Besoin d’air?

R : Je dirais qu’il y a quand même beaucoup de climats qui pourraient avoir une filiation directe avec «Le petit peuple du bitume», mais le retour à un format plus «chanson» amène probablement un peu plus d’air à l’ensemble.

Q : On retrouve encore une fois, parmi les paroliers, Miossec et surtout Pierre-Yves Lebert. Par contre, à ma connaissance, c’est la première fois que tu fais appel au chanteur et auteur Jérôme Attal? Comment l’as-tu rencontré? Pourquoi lui?

R : C’est quelqu’un que je connais depuis longtemps. J’ai déjà travaillé avec lui par le passé, mais sur d’autres projets. C’est effectivement la première fois qu’il oeuvre sur un de mes albums. J’ai simplement accroché sur le texte de «Kennedy» et quand je l’ai vu passer, je me le suis mis de côté!  :o )

Q : Pour ton prochain album, envisages-tu d’écrire des chansons avec des auteurs québécois? As-tu des noms en tête?

R : Je n’ai absolument aucun plan de vol pour un prochain album. Je vais laisser la vie m’apporter son lot de surprises…

Q : Tu avais fait quelques spectacles en compagnie du bédéiste Michel Alzéal. Au Québec, mais aussi en France, non? Est-ce une expérience que tu aimerais
reprendre? Peut-être avec un dessinateur québécois cette fois?

R : Des concerts dessinés qui ont laissé de beaux souvenirs puisqu’il arrive qu’on m’en redemande encore aujourd’hui. C’était très agréable à faire et je ne suis pas opposé à renouveler l’expérience mais, pour les prochains mois, je vais d’abord accomplir tout le travail que m’amène mon nouvel album et les tournées qui arrivent avec les boys!

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Daran, L’homme dont les bras sont des branches
http://www.daran.ca

 

Chercher noise, trouver la beauté

23 février 2012

Depuis quelques mois, une rumeur circule sur Internet: le nouveau projet de Domlebo, ex-batteur des Cowboys Fringants et mélomane fou, serait prometteur. Original, assurément. Ça s’appelle «Chercher noise», comme en France pour chercher querelle ou, peut-être dans la langue de Beck, chercher à faire du bruit.

Un vidéo de quelques minutes circulait, pour y goûter. Filmé pendant l’enregistrement. Et là, on découvrait un nouvel artiste, plus lyrique, plus sérieux, qui faisait vibrer l’amateur de chansons adultes avec quelques mots chantés probablement les yeux fermés.

Aujourd’hui que sort la bande originale de ce projet, en attendant le film qui vient avec en mars, on a envie de dire qu’en cherchant noise, Domlebo et ses potes ont trouvé la beauté.

On lui a soumis quelques questions par écrit, en lui suggérant de ne point trop sacrer, en espérant qu’il soit le plus concis possible – sachant l’homme affable et bavard. Va-t-il réussir?

Q: Pourquoi avoir quitté Les Cowboys Fringants en plein succès?

R: Ma réponse officielle, pas trop méchante et qui en même temps laisse place à toutes les interprétations, c’est: pour un paquet de bonnes raisons.

Succès ou non. C’est sûr que quand tu joues toute l’année, que tu peux voyager, que partout où tu passes les gens t’aiment, chantent tes chansons et veulent être tes amis, ça devient une décision moins facile à prendre.

Q: Ton premier cd, «Grand naïf», rapatriait de vieilles chansons que tu avais écrites au fil des années. Avais-tu essayé de placer ces morceaux au sein du groupe? Pourquoi vouloir tout faire en solo?

R: Triple question, triple réponse.

Grand naïf, mon premier cd, comme tu dis, rapatriait effectivement de vielles chansons ainsi que des trucs créés dans les mois précédents.

Je te dirais qu’à part la dernière pièce («Où irons-nous?»), aucune des chansons n’a été écrite pour les Cowboys ou aurait pu selon moi avoir été présentée au groupe.

Pourquoi solo? Je savais qu’au départ j’avais besoin de faire un bout de chemin tout seul, sans trop savoir à partir de quelle étape j’allais commencer à frapper aux portes.

Je n’étais pas sûr de pouvoir jouer toutes les pistes d’instrument et ça a donné ce que ça a donné.

Le déclic de confier le mixage et le matriçage à Ghislain Luc Lavigne s’est fait tout seul à un certain moment donné.

(j’espère que tu trouves mes réponses suffisamment beaucoup trop longues!)

Q: Dans le livret de ce premier opus solo, tu parles déjà que le prochain s’appellera «Chercher noise» et sera radicalement différent. Tu étais déjà passé à autre chose? Pourrait-on dire que «Grand naïf» était un témoignage du passé mais que c’est surtout l’avenir qui t’intéressait?

R: Non. Je n’étais pas passé à autre chose. Je devais rendre public l’album, le fait que ce soit devenu un auteur-compositeur-interprète en développement et défendre les chansons sur scène. Grand naïf témoigne d’où j’étais à ce moment-là et comme on dit, le premier disque prend 10 ans à faire. C’est normal que toutes sortes de plus ou moins vielles affaires aient besoin d’y trouver leur place.

Q: Qu’est-ce que «Chercher noise» exactement? En quoi est-il différent du Domlebo qu’on a connu? Pourquoi demander à Dany Placard pour la réalisation du disque?

R: C’est un film au lieu d’un disque. C’est l’œuvre (les enregistrements de 10 nouvelles chansons) et le documentaire sur l’œuvre (1 an de travail a été documenté).
Le domlebo qui a écrit les chansons, qui les chante et qui a organisé l’ensemble de ce projet complètement démesuré, s’est amélioré de façon globale au point de vue artistique et technique.
Pourquoi Dany Placard?
Parce qu’il m’a dit que ça devait être lui qui devait le faire.
Probablement parce que nous semblons être aux antipodes au niveau musical et qu’en même temps, nous nous estimons profondément.

Q: Les collaborations sont nombreuses dans cette nouvelle aventure. Es-tu allé piocher uniquement dans les gens autour de toi ou as-tu tenté d’agrandir ton cercle?

R: J’entends les gens dire que je connais tout le monde, ok, un peu.
Je suis entré aussi en contact avec beaucoup de gens que je n’avais jamais rencontrés.
Il y a une histoire différente pour chacun des 37 artistes qui ont participé.

Q: Peux-tu nous dire quelques mots sur le choix de Yellowtable pour réaliser le film? Comment ça s’est passé?

Un peu comme pour Dany Placard.
Je devais rencontrer au moins deux autres réalisateurs en haut de ma liste.
Ce sont eux qui avaient fait le clip pour la chanson «On choke» sur mon premier recueil de chansons.
Mon «pitch» de 15 minutes à yellowtable (Daniel Robillard et Stéphan Doe) est devenu une première rencontre de production de 4 heures!
Ils ne m’ont pas donné le choix: ils se sont approprié le projet tout de suite.
Ça fait maintenant 15 mois qu’on travaille là-dessus ensemble…

Q: La diffusion de cette œuvre sera assez particulière, je crois. Tu offres d’abord en téléchargement la bande sonore. Les gens peuvent donner le prix qu’ils souhaitent pour financer le film. Est-ce un constat que les systèmes de diffusion traditionnels sont agonisants?

R: C’est un mélange unique de «on met ça en ligne», de Kickstarter mais après coup et de «nomme ton prix».
Je ne parlerais pas d’agonie. Les systèmes de diffusion traditionnels ne sont déjà vraiment plus tout seul.
Il y a différents modèles et moyens pour différentes propositions artistiques et différents publics.
Tu y vas avec ce qui te ressemble et tu fonces!

Q: Que penses-tu du téléchargement illégal? Ça aide les artistes ou ça leur nuit?

R: Je vais te dire ce qui est illégal: faire beaucoup beaucoup d’argent avec l’art et se laver les mains de distribuer la part qui devrait revenir aux artistes.

Q: Et sinon, la vie est belle à l’aube d’un projet si original?

R: La vie est «crissement» belle, si tu me permets de sacrer.

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Pour écouter, découvrir, acheter ou en savoir plus sur ce projet de Domlebo, consultez le site officiel.

Pop à surveiller

26 janvier 2012

Entrevue avec Thierry Bruyère, jeune auteur-compositeur-interprète québécois.

En vingt ans à suivre la chanson dans les médias, c’est peut-être la troisième fois que je suis d’accord avec Marie-Christine Blais de La Presse. On ne me soupçonnera pas de collusion ici. Dans les disques à surveiller en 2012, Blais a parlé il y a quelques semaines de Thierry Bruyère à la radio de Radio-Canada. Elle a dû citer Dumas en comparaison. Ça m’a mis la puce à l’oreille. Pop? Romantique? Montréal dans le cœur?

Quand j’ai su qu’Émilie Proulx, folkeuse crève-cœur d’immense talent, chantait sur le premier opus de Thierry Bruyère, c’est un troupeau de puces qui m’a sauté aux oreilles. C’est une invasion à la maison. Et j’ai décidé d’interviewer électroniquement le jeune-auteur-compositeur québécois.

L’album «Le sommeil en continu» est sorti en téléchargement légal et payant avant Noël, la copie physique arrive début février. Il contient de belles choses, des mots qu’on a envie de chanter, des promesses.

Q:  Quelles sont tes idoles musicales? Si on te cite Dumas, ça t’énerve?

R: Les premiers noms qui me viennent en tête et qui m’ont profondément marqué sont John Lennon et Neil Young. J’ajouterais ensuite Buffy Sainte-Marie, Indochine, Mickey 3D et Joy Division. Dumas est par ailleurs un artiste pour qui j’ai beaucoup de respect et ça ne me dérange pas du tout comme référent, au contraire, ça me touche ! Je me dis que je fais quelque chose de correct si on y voit un parallèle.

Q:   Quels chemins as-tu pris pour parvenir à ce disque ? Comment voulais-tu qu’il soit ?

R: L’idée de l’album est venue après avoir rencontré Jean-Philippe Fréchette qui était juge à Granby. C’est sur le chemin du retour que j’ai réalisé qu’il s’agissait du gars derrière Navet Confit. Je lui ai donc écrit pour lui dire que sa chanson «Automne» avait été catalytique pour moi en matière de création en français (j’avais un groupe anglophone auparavant).

Lorsque l’idée a émergé qu’il pourrait réaliser mes enregistrements, nous avons regardé le stock que j’avais et avons conclu qu’il y avait matière à album, ce qui tombait bien car mes nouvelles chansons s’articulaient à mes yeux comme les diapositives d’une même présentation de voyage à Montréal.
Par la suite, Navet Confit m’a proposé de travailler avec Vincent Blain. Navet Confit avait bien vu les influences Indochine et british et j’avais vraiment le goût de faire l’album en collaboration avec ces deux individus talentueux qui comprenaient où je voulais me diriger. Des musiciens de mon projet anglophone (Polar Eyes) sont venus m’aider avec certaines chansons, j’ai eu beaucoup d’aide de Francis Do Monte (Nipone) et Navet a recruté Marc Chartrain pour la batterie. Ça a vraiment été «fait maison».

Q:  Pourquoi le sortir d’abord en téléchargement payant, en indépendant? Avais-tu démarché les maisons de disques officielles auparavant?


R: Parce que nous avions essayé à plusieurs étapes d’obtenir de l’aide pour sortir l’album. Nous avons approché les maisons de disques et ce n’est pas qu’on ait eu des réactions négatives, c’est surtout qu’on n’a pas eu de réponses. Comme les vacances d’été approchaient et comme on voulait faire un album d’hiver, on n’a pas voulu attendre davantage.
L’album a donc été financé grâce à une campagne de financement en ligne IndieGoGo et nous avons eu la chance de récolter assez d’aide pour lancer l’album nous-mêmes ! On a par la suite obtenu une distribution chez DEP.

Q:  Comment est née ta collaboration avec Émilie Proulx? Pourquoi elle?

R: J’avais écrit les Chemins Séparés I et II dans l’optique d’avoir une seconde partie chantée par une voix féminine qui répondrait au personnage de la première partie. Comme les chansons traitent d’un sujet qui n’est pas forcément léger, je voulais une voix féminine capable d’amener une sérénité réconfortante tout en ayant du vécu. Comme j’aime beaucoup Émilie Proulx et que Navet Confit l’avait réalisée, c’est Navet qui l’a approchée pour le projet et j’ai eu la chance qu’elle accepte ! Je me compte très chanceux d’avoir pu travailler avec elle. Elle a une voix unique qui sort d’un ailleurs tellement puissant, c’est impressionnant.

Q:  Parle-moi de Montréal, de ton rapport avec elle.

R: Je suis né à Montréal, mais j’ai grandi en grande partie à Longueuil et quand j’ai commencé à vivre à Montréal ces dernières années, j’ai eu l’impression pas très scientifique mais plutôt forte que la ville baignait dans des eaux de malaise existentiel. Je regardais les photos de l’époque d’Expo 67 du père d’un ami et je me disais que des traces de tous ces rêves de grandeur subsistaient ici et là à travers la ville et qu’il fallait relayer ces rêves, même s’il n’y a plus de solution facile. Pour moi, Montréal, c’est autant tous les rêves inachevés que ses laissés-pour-compte, tous ses habitants qui viennent de tout partout et qui méritent d’être racontés.

Montréal, c’est pour moi les repères dont je parle dans «Cette ville qui vieillit» (l’oratoire, le Parc Lafontaine, les balcons, etc.), et c’est aussi les gens auxquels Gérald Godin fait allusion dans ses poèmes et à qui j’ai envie de m’intéresser.

Q:  Jim & Bertand nous avait chanté dans les années 70 la chanson «Comme Chartrand». Ton morceau «Comme Simonne et Chartrand» se veut-elle une suite ? Que représentent ces deux personnages publics, ce couple, pour toi ?

R: Je vais être honnête: je suis allé écouter la chanson sur Youtube car je ne la connaissais pas. Je me rends compte que je ne connais pas très bien Jim & Bertrand, mais j’aimerais croire qu’il s’agit quand même d’une suite, étant donné que j’ai écrit ma chanson en m’interrogeant sur notre capacité, avec le temps qui passe, à s’indigner pour autre chose que pour le style, tout en essayant de rendre hommage à un couple qui est pour moi autant une inspiration que peuvent l’être John & Yoko pour plusieurs.

J’ai découvert les personnages de Simonne et Chartrand au secondaire grâce à la série télévisée et j’ai plus tard eu la chance de rencontrer Chartrand et de m’asseoir à sa table dans un pub à Longueuil et il a même payé ma bière. Pour moi, c’est un moment que je n’oublierai jamais. Chartrand fait partie d’un tandem qui est une référence en matière de passion, de persistance et d’implication pour les bonnes raisons. En fait, je pourrais dire pour LA bonne raison. C’est peut-être quétaine, mais la bonne raison, c’est l’Amour, sous toutes ses formes.

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Thierry Bruyère, Le sommeil en continu

En écoute ici

Chanson métissée classique

13 janvier 2012

Entrevue avec Frédéric Lambert du Quatuor Molinari

Le violoniste Frédéric Lambert, membre du Quatuor Molinari, a collaboré avec Pierre Lapointe et Philippe B. Quand la musique pop et classique se croisent, qu’est-ce que ça donne? Le meilleur disque de 2011 : celui de Philippe B, Variations fantômes.

Le festival Montréal en lumière présente le mois prochain Philippe B en scène avec le Quatuor Molinari. Il s’agit d’une soirée unique, mais qui pourrait se reproduire si d’autres salles ou festivals se montrent intéressés. À voir à quelle vitesse s’envolent les billets, on peut déjà croire à d’autres représentations. Et, qui sait?, un album pour en témoigner!

On a demandé une entrevue par courriel avec Frédéric Lambert. Il a accepté. On commence.

Q : À la sortie de Variations fantômes, Philippe B me confiait que l’idée de départ du disque lui était venue d’une conversation avec toi. Quel rôle as-tu joué? Lui as-tu également fait des suggestions sur les choix d’échantillonnage?

R: J’ai tout simplement pris une bière avec Philippe et discuté de ses chansons. J’ai toujours trouvé que le concept de mélanger des samplings de musique classique avec du folk était génial. Je lui ai fait part qu’un album entier consacré à cette thématique serait probablement beau et touchant. Et c’est le cas! Pour ma part, j’ai donné un échantillonnage à Philippe, la messe en si mineur de Schubert, pour la chanson «Croix de chemin».

Q : La plupart du temps, Philippe joue tout seul avec sa guitare, son harmonica et un ordi pour les effets. Comment ça va se passer cette fois? Le Quatuor participe-t-il au choix des chansons? Pas d’engueulades? Est-ce que vous l’accompagnerez tout au long ou juste sur les morceaux de Variations?

R: Ici, nous allons reproduire en direct les échantillonnages de musique classique. Il y aura le Quatuor Molinari mais aussi une harpe, un hautbois, une flûte, un trombone, une contrebasse, un percussionniste, deux chanteuses d’opéra et autres surprises. Nous allons interpréter l’intégral des Variations fantômes, mais aussi d’autres pièces des albums précédents. Aussi, engueulades avec Philippe B? Impossible à imaginer!

Q : Pierre Lapointe a également chanté avec le Quatuor Molinari. Quel est pour toi l’intérêt de mélanger la musique classique et populaire? Es-tu un friand de ce genre de métissage ou as-tu fait une exception pour eux?

R: À vrai dire, je n’aime pas les choses forcées. Dans le cas de Pierre et de Philippe, leurs chansons se prêtent au jeu. L’espace harmonique et mélodique de leurs oeuvres nous permet de rajouter des couleurs instrumentales originales.

Q : Est-ce qu’il existe certains types musicaux qui se prêtent moins bien à ces mélanges et qui gagnent à rester seuls dans leur coin?

R: Absolument. Les musiques aux tendances traditionnelles ou encore world devraient, selon moi, rester intactes. D’où le mot «tradition».

Q : Tu es aussi chroniqueur musical à la radio de Radio-Canada chez Catherine Perrin. Tu y critiques autant des disques de chanson, que de pop et du classique. Comment vois-tu ce travail? Si on sait que Perrin est également musicienne classique, peut-on conclure qu’il s’agit d’un complot malicieux pour redonner de l’espace médiatique à la musique savante?

R: J’adore ce travail. Il faut dire que je suis un grand consommateur de musique de tous genres. Aussi, grâce à mes longues études en musique, j’ai développé un sens analytique que j’aime bien utiliser ici. Je ne crois pas que Catherine Perrin veuille nécessairement redonner de l’espace médiatique à la musique classique (elle-même s’amuse à mélanger les genres avec son groupe Bataclan). Elle aime tout simplement s’entourer de gens curieux.

Q : Avec qui rêves-tu de collaborer?

R: Disons que je suis très chanceux. Un de mes grands rêves se réalise en septembre. Le Quatuor Molinari et le groupe Timber Timbre vont s’associer pour créer un spectacle multidisciplinaire. Je ne peux pas en dire plus pour l’instant. À suivre…

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Philippe B avec le Quatuor Molinari le 17 février 2012 (une représentation à 20 h, l’autre à 23 h) au conservatoire de musique de Montréal

Pop québécoise à l’honneur

24 novembre 2011

Le chanteur québécois Jean-François Fortier créait la surprise en 2005 avec le magnifique album «Variations sur le vide», de la pop de haute tenue. Son deuxième disque seulement, et déjà une référence. Un CD à se repasser. Quelque part dans la galaxie Daho – Dumas – Beatles.

Il a fallu attendre six ans pour que la suite paraisse. Avec «Le jour où j’ai changé le monde», l’artiste, jeune quarantenaire,  continue à creuser.

On lui a posé quelques questions électroniquement. Réflexions sur l’industrie du disque, la création…

Q : Premier album en 1999, deuxième en 2005 et enfin celui-ci en 2011. Créez-vous lentement ou vous êtes particulièrement méticuleux, tendance maniaque du détail? Ou juste paresseux?

R: À ces 3, j’ajouterais aussi contemplatif. Entre contemplatif et paresseux, la limite est mince. Disons que la contemplation est un état où on ne fait rien, mais de manière active, ce qui peut s’avérer très utile en création. Alors que la paresse, c’est ne rien faire, mais de manière passive. La culpabilité nous suivant partout, c’est la pire des choses car on n’est jamais en paix. Mais bon, je n’ai pas été si paresseux que ça depuis 2005, surtout quand on sait ce qu’implique produire des disques de manière  indépendante, de partir à son compte et devenir papa 2 fois…

Disons que dans le premier intervalle de 1999 à 2005, il m’a fallu beaucoup de temps avant de réaliser que je ferais le 2e tout seul. Ça n’a pas été facile, surtout quand tu es pris avec la vision «romantique» de l’artiste qui croit qu’il se salit les mains à chaque fois qu’il doit dealer avec tout ce qui ne touche pas comme tel à la création des chansons. Se débarrasser de cette optique m’a pris du temps. Puis le faire a aussi pris du temps puisque c’était la première fois que je portais autant de chapeaux…

Pour les 6 années qui ont passé entre le 2e et le 3e, c’est un peu plus compliqué. Des amis m’avaient donné une belle somme à l’époque pour «Variations sur le vide» et j’avais également sollicité Musicaction. Pour «Le jour où j’ai changé le monde», les ressources étaient moins abondantes. On m’a quand même aidé mais pour des raisons qui me regardent, j’ai décidé de ne plus demander aux organismes gouvernementaux de contribuer, et comme l’argent ça achète surtout du temps quand on produit un album…

Mais ces raisons sont probablement secondaires. La vraie raison, je crois, est qu’il m’a fallu du temps pour assumer le propos mystique qui traverse l’album, pour accepter que les chansons sortent de cette façon…

Q : Produire ses albums en «indépendant», sans l’aide d’une maison de disques, est-ce un choix ou une nécessité? A-t-on une plus grande liberté car personne ne vous embête ou au contraire, les possibilités artistiques sont réduites faute de moyens?

R: Aussi géniales que soient tes chansons, si tu n’as pas d’équipe avec toi pour les faire voyager,  les pousser, ton succès sera limité. Alors non, ce n’est pas par choix si je travaille de manière indépendante.

À l’époque de mon premier disque, j’avais une équipe et des ressources immenses à ma disposition mais je n’étais pas prêt, je n’étais pas mûr artistiquement, «identitairement»,  si je peux dire.

Pour le 2e, c’est l’inverse qui s’est produit; j’étais mûr artistiquement, mais je n’avais pas l’équipe. Ce qui ne m’a pas empêché d’en vendre 3 fois plus que le premier! Et ce, avec 10 fois moins de diffusion radio. Je suis pourtant propre et d’agréable compagnie, je devrais avoir autour de moi une équipe dédiée à la promotion de mon oeuvre! Je ne comprends pas…

Blague à part, il est évident qu’on jouit d’une liberté artistique illimitée quand personne nous embête, mais ça peut aussi se transformer en contrainte si cette liberté donne le vertige et que personne n’est là pour fixer des échéances…

À l’époque de mon premier album,  j’étais tellement content d’avoir un deal que forcément, ça déteint sur le rapport de force. Quand tu te sens redevable d’avoir été «choisi», t’es beaucoup plus enclin à écouter les suggestions. Encore là, il n’y a pas eu beaucoup de frictions.  C’est plus ma démarche en général, ou plutôt mon absence de démarche qui a posé problème à l’époque.

Q : Que pensez-vous de la «dématérialisation» de la musique ? Le fait que, de plus en plus, les disques sortent en format numérique uniquement?

R: Je crois que le cd démontre encore un certain engagement, un certain sérieux dans la démarche. Mais même cela ne fera plus de sens à moyen terme. Je crois que ce qui se passe en ce moment avec la musique témoigne d’une évolution chez le genre humain, rien de moins! La musique est une forme de langage, un langage universel avec une énorme force d’attraction parce qu’elle transcende les mots et les langues.

Pour cette raison, je crois qu’il est normal que la technologie favorise la production et la diffusion de la musique, malgré que cela ne s’avère pas profitable monétairement parlant, du moins pour tous ceux qui créent et produisent la musique. C’est quand même paradoxal… Ce paradoxe est possible je crois parce qu’il sert un dessein encore plus grand, celui de communiquer, celui de créer, désirs qui sont profondément liés à la nature humaine. C’est Teilhard de Chardin qui disait qu’après la géosphère et la biosphère, la Terre entrait dans la noosphère, c’est-à-dire la spiritualisation de la matière. Le désir irrépressible de communiquer, d’échanger, de produire de l’information comme nous le faisons de façon exponentielle depuis les 10 dernières années est non seulement symptomatique de cette phase, mais j’ajouterais que la facilité avec laquelle on peut enregistrer et diffuser la musique s’inscrit aussi dans cette mouvance.

Q : Le téléchargement illégal nuit-il à l’artiste ou, au contraire, peut-il lui apporter un nouveau public qu’il n’aurait jamais eu sans ça?

R: Les 2 sont vrais quant à moi. C’est pas tranché. C’est beaucoup générationnel. J’enseigne la guitare et beaucoup de mes étudiants qui sont en bas de 25 ans n’ont jamais acheté un cd de leur vie! Le concept d’acheter de la musique est pour certains archaïque. Je me rappelle ado quand un achetait un vinyle.  On se rassemblait autour de la table tournante pour écouter de la musique. C’était une forme de communion. Est-ce qu’on fait encore ça maintenant, écouter ensemble de la musique? Je sais pas mais j’ai l’impression que c’est plus très populaire comme activité, en groupe on s’entend. C’est pas un jugement que je porte, c’est un constat (juste?).

Mais il y a définitivement un changement qui s’est opéré dans le rôle, la fonction que joue maintenant la musique. Il me semble que quand j’étais ado, il y avait plein de groupes qui remplissaient le Forum au complet. Je pense tout haut là, mais je serais porté à dire que la banalisation de la musique correspond à une certaine désacralisation de la musique. Comme ça a dû se passer, sur d’autres modes et à d’autres échelles, avec la désacralisation du langage, puis bien longtemps après, de l’écriture, lorsque ces façons de communiquer sont devenues universelles, quotidiennes et banales… De bonnes choses en ce qui me concerne soit dit en passant!

Q : Vous êtes un des rares au Québec à faire ce qu’on pourrait appeler de la vraie pop francophone (mélange de rock, de chanson, de variété et de toutes sortes d’affaires). En France, il y aurait Étienne Daho. Les Beatles sont-ils votre modèle ultime, indépassable?

R: J’estime aussi faire de la pop, dans le sens noble du terme. Maintenant, de là à dire que je suis un des rares… je trouve ça gros, mais bon, puisque vous le dites… Étienne Daho, je le connais mal mais j’ai énormément écouté (en cassette) «Paris ailleurs».  Maintenant que j’y pense, cet album était parfait. Si mon souvenir est bon, toutes les chansons s’enchaînaient à merveille. Ce qui est très pratique avec le format cassette…

Pour ce qui est des Beatles, je croyais que j’étais guéri mais je me leurrais. Les Beatles, c’est une maladie mentale. Ça ne s’explique pas. La présence qui émane des enregistrements est… magique.  Et comment peut-on chanter comme Paul? Sans manières, sans efforts? Comment peut-on monter si haut sans forcer? Comment peut-on hurler comme ça, juste pour s’amuser (Oh darlin’! , Helter skelter, Monkberry moon elight)?  Comment peut-on avoir ce caractère si distinctif ET ordinaire dans une même voix, avoir autant de «personnages» différents tout en restant le même? Écoutez bien Paul, il a une voix plutôt banale quand on y pense… Mystère… Et on n’a pas parlé de son album Ram sorti en 1971… Don’t get me started comme qu’on dit…

Q : En chanteurs francophones, qu’est-ce qui vous branche?

R: J’aime beaucoup Jimmy Hunt. On dirait les Kinks en 1966. Très dandy.  Sinon… (j’ouvre iTunes), laisse-moi voir…. Ça faisait longtemps que Jacques Higelin ne m’avait pas remué comme il l’a fait avec son dernier. Mais pour être franc, je n’écoute pas beaucoup de musique ces temps-ci… J’ai hâte d’entendre le nouveau Marie-Pierre Arthur.

Q : Comment décririez-vous l’évolution musicale sur vos trois albums ? Il me semble qu’il y un océan entre le premier et le second…

R: Quand mon premier véritable groupe, Les Moutons Noirs, s’est séparé en 1997, j’ai tout de suite enregistré un démo de 4 chansons qui se sont vite frayées un chemin jusqu’au bureau de Musi-Art.  Mais passer de leader d’un groupe rock à chanteur solo pop, c’est pas évident lorsque tu ne connais pas grand chose aux techniques d’enregistrement, quand tu ne saisis pas à quel point il y a plein de détails qui viennent jouer en partant dans ton son sans que tu t’en aperçoives…  Aussi, avec les Moutons Noirs, je pouvais perdre la voix si on devait faire 3 shows de suite. Je chantais de la gorge et criais pas mal. L’influence rock venait surtout des autres membres, et ça donnait un mélange intéressant. Mais quand l’aventure a été terminée, je me suis dit qu’enfin, je pourrais faire de la pop comme je l’entendais, et que j’arrêterais de crier. Sauf que ça a donné une façon de chanter complètement nouvelle, avec un drôle d’accent, trop maniéré, qui me fait bizarre aujourd’hui. J’étais devenu un peu trop sérieux et coincé. J’étais avec une vraie compagnie de disques, j’allais jouer à la radio, la vraie affaire quoi… Le hic c’est que j’avais juste 4 chansons et aucune idée de qui j’étais artistiquement parlant. Les chansons comme telles sont pas mal, c’est au niveau de la livraison que ça accroche, la voix surtout, et c’est un peu trop poli au niveau du son. Faut dire que comme je n’avais aucune idée de ce qu’était la réalisation, je n’ai pas pu interagir à ce niveau. Guy Tourville a fait un bon travail, c’est juste qu’il y avait pas de ligne claire à suivre.

Alors que pour le deuxième, ce qu’on entend, c’est une gang d’amis qui sont unis par un même amour de la musique, une même façon de jouer et d’enregistrer. Ces sessions-là ont été spéciales, pour plein de raisons qui seraient longues à expliquer. Mais du réalisateur à l’ingénieur de son jusqu’aux musiciens, tous étaient des amis de longue date qui étaient sincèrement contents de faire partie de ce projet, d’enregistrer «live», de jammer spontanément une nouvelle chanson surgie la veille (Là)… Bref, des conditions qui étaient à l’opposé du premier disque où tout se déroulait en vase clos, loin de ceux avec qui j’évoluais habituellement et avec un mandat clair de sonner radiophonique. Il faut dire que contrairement au premier, je savais ce que je voulais, et je savais qu’en travaillant avec Éric Goulet, j’obtiendrais le résultat escompté.

Pour le troisième, ça a été un autre scénario. Un scénario plus solitaire. Mais d’avoir joué récemment live avec de jeunes musiciens complètement déments m’a redonné l’envie de revenir à l’esprit de «Variations sur le vide» pour le prochain. J’ai déjà 3-4 chansons qui trainent. Ce qui est énorme comparé à avant…

Site de Jean-François Fortier


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