L’air était doux hier soir au centre-ville de Montréal pour le spectacle d’ouverture des Francofolies. Temps idéal pour se glisser dans la marée humaine venue essentiellement pour Pierre Lapointe, il faut s’y résoudre. Le jeune homme a clôturé en beauté, en mettant ses chansons singulières à la sauce rock, avec un peu d’électro. Nouveaux habillages très réussis. Son groupe habituel était là, force discrète. Il est assez marrant de voir le panache tranquille des guitaristes rock ou pop. Ils savent que leurs guitares sont essentielles, qu’elles vont porter plus loin les notes du chanteur. Hélas, la pluie a démarré assez tôt pendant la performance de Lapointe, faisant fuir une partie de la foule gigantesque.
Est-ce Daran qui avait attiré l’orage en souhaitant du beau temps à Lapointe en terminant son heure? Le Français désormais installé à Montréal pour notre plus grande joie avait un t-shirt rouge-orangé, peut-être un symbole de soutien aux manifestants? Le rouge était à l’honneur hier soir, dans la foule, sur les vêtements, avec des drapeaux. Les musiciens de Dionysos y sont même allés d’un concert de casseroles, en guise de coup de chapeau aux manifestations en tous genres qui animent le Québec d’une réjouissante ferveur depuis trois mois. Certaines personnes ont profité des Francofolies pour une petite manif rapide: elles traversaient la foule, certaines peu vêtues…
Des collègues l’ont souligné avec raison dans leurs papiers ce matin: Daran aurait été davantage à sa place en salle ou, à tout le moins, en précédant les fougueux rockers de Dionysos. Ces derniers, même si leurs morceaux sont un peu inconsistants, détiennent toujours la palme des meilleures bêtes de scène (de la trempe de Cali). Ils balaient tout sur leur passage. Même Pierre Lapointe faisait un peu pâle figure en comparaison.
Daran a pour lui des chansons magnifiques, un plaisir évident à vivre au Québec et partager avec ses musiciens québécois. Il regardait la foule à perte de vue, il en était tout ému: «Vous êtes beaux à voir!». Par contre, pour une prestation en plein air, ce n’était pas évident. Ça manquait de refrains accrocheurs, seule Dormir dehors pouvait tenir ce rôle, mais il a attendu à la fin pour la chanter. On peut regretter aussi qu’il ait interprété les deux titres les plus faibles de son dernier opus (le très bon L’homme dont les bras sont des branches). Daran tenait une chanson en or pour l’occasion avec Les filles qui font la gueule, qui reste bien en tête, et il n’a pas cru bon de la chanter. Dommage.
Ces bémols mis à part, l’ouverture des Francos a été assez réussie.
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